Romans


Éric Chevillard

Ronce-Rose


2017
144 pages
ISBN : 9782707343161
13.80 €


Si Ronce-Rose prend soin de cadenasser son carnet secret, ce n’est évidemment pas pour étaler au dos tout ce qu’il contient. D’après ce que nous croyons savoir, elle y raconte sa vie heureuse avec Mâchefer jusqu’au jour où, suite à des circonstances impliquant un voisin unijambiste, une sorcière, quatre mésanges et un poisson d’or, ce récit devient le journal d’une quête éperdue.

ISBN
PDF : 9782707343192
ePub : 9782707343185

Prix : 9.99 €

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Patrick Kéchichian, La Croix, 5 janvier 2017

Le roman-fleuve d'Eric Chevillard

Eric Chevillard nous prend la tête. Entrer dans un de ses romans c’est ne pas savoir, jusqu’à la dernière page (et au-delà), où l’on a mis les pieds… D’ailleurs, sous sa plume bien trempée, ces expressions ne resteraient pas longtemps intactes. Il les tournerait et les retournerait jusqu’à leur faire rendre sinon l’âme, du moins le sens. Mais il faut aller plus loin… Ici, rien n’est épargné, laissé intact, ni le langage, ni l’intrigue, ni les personnages, ni (surtout) le genre romanesque lui-même, soumis à l’une de ses plus dures épreuves.
Toute la cohérence imposée ou supposée de ces éléments de base vole en éclats. Non par un mouvement de révolte, mais par l’effet dévastateur d’une certaine conception, on voudrait dire sérieuse, de l’humour. Poussé jusqu’à ses extrêmes limites – jusqu’à épuiser la possibilité même d’en rire –, il a manifestement une fonction quasi métaphysique. « L’humoriste est assez sinistre, au fond. Tous les commerces sont à ses yeux des magasins de farces & attrapes, à l’exception notable des magasins de farces & attrapes… », écrivait Chevillard.
Tiphaine Samoyault avait raison de noter que l’on se sent bête en lisant Chevillard, « ce qui peut être délicieux » ajoutait-elle. Bête mais pas abandonné : « Je t’ai bien eu » est l’exacte phrase que Chevillard ne pense ni ne prononce jamais à l’endroit de son lecteur.
Après ces considérations générales, il est temps de passer au dernier opus de notre auteur. À nos risques et périls, tentons une sorte de résumé… Le titre, Ronce-Rose, c’est le nom de la narratrice. Une enfant ou une jeune fille, on ne sait pas. Il y a Mâchefer, son protecteur, celui qui a ajouté des ronces à la rose et qui considère qu’elle parle beaucoup, trop sans doute, comme un « moulin à paroles », une « raisonneuse ». Ils ont une voisine, une sorcière, Scorbella, et son chat Rascal. Et puis un autre voisin unijambiste, mais qui n’a pas de chat.
Mâchefer travaille, « surtout après le dîner », avec Bruce qui a « une grosse figure pleine de petits trous ». On ne sait pas trop ce qu’ils font, mais assurément rien de très honnête… Ronce-Rose écrit sur un carnet, qu’elle ferme avec un cadenas. Voilà, c’est à peu près tout. Ah non… Durant une bonne partie du livre, Ronce-Rose part à la recherche de Mâchefer, en traçant avec une craie des flèches sur le sol. Ou sur les murs. Pour elle, c’est un peu comme une découverte du monde.
C’est tout ? oui et non. Car si l’intrigue tient à un fil, ce fil est tissé en tous sens. La fiction semble s’enivrer d’elle-même. En fait, l’auteur maîtrise tout ce qui doit l’être. Parfois même – c’est voulu – le lecteur, embarqué dans ce roman-fleuve nouvelle manière, se lasse, perd pied (voir plus haut).
La compulsion à décrire (à dé-crire écrirait l’étroit formaliste) touche à toutes les dimensions du récit, interpelle les animaux et les plantes, les hommes aussi bien que les mots. Tout est histoire d’échelle. Lecteur, n’oublie pas ton microscope !

 




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