« Double »


Laurent Mauvignier

Loin d'eux

suivi de Le poids des silences par Michèle Gazier


2002
collection de poche double n°20
128 pages
ISBN : 9782707318015
6.50 €
* Première publication aux Éditions de Minuit en 1999.


Lorsque Luc est parti, ses parents, Jean et Marthe, ont pensé que c’était mieux pour eux trois. Gilbert et Geneviève, son oncle et sa tante, eux aussi ils y ont cru. Mais pas Céline, sa cousine.
Elle, c’est la seule qui n’a pas été surprise, la seule à avoir craint que ce qui en Luc les menaçait tous finisse par s’abattre sur eux.

ISBN
PDF : 9782707324979
ePub : 9782707324962

Prix : 5.99 €

En savoir plus

Marie-Laure Delorme (Le Journal du Dimanche, 1999)

« Comment expliquer l'incompréhension ? Dans Loin d'eux, elle est due à l'écart des générations, des milieux et des vies. De tous ces mots que l'on n'aura jamais en commun. Il sont la pelle qui creuse la fosse. La mère écrit à son fils à la recherche d'un port de rencontre qui n'existe plus. “ On ne pourra jamais se fâcher en vrai, à trop s'aimer comme nous on s'aime on va plus loin que les autres vers les points de rupture, parce que nous on sait les digues solides et qu'on s'aimera toujours. ” Aucun des adultes ne pressent le drame à venir. Ce jour de mai 1995 où la violence de la nouvelle viendra rompre un trop long silence. »

Patrick Kéchichian (Le Monde, 1999)


« Barrière des générations. Difficultés concrètes de la vie. Mal-être des jeunes gens. Ces constats ne sont aptes à dire que leur impuissance. Personne, ni des parents ni des enfants, ne porte la responsabilité de ce silence qui s'est accumulé, de ce langage absent qui, peu à peu, s'est substitué à l'autre langage, celui dans lequel on peut se parler. Tous le subissent, ce silence, comme une fatalité, comme une protection aussi. Tous l'éprouvent, cette solitude à plusieurs que l'image de la famille amplifie, mais qu'elle ne compense jamais. Tous sont condamnés à ne rien partager de ce malaise, de cette douleur. »

Michèle Gazier (Télérama, 14 avril 1999)


Le poids des silences
 
« Comment dire le silence en littérature ? Comment exprimer cette impossibilité à parler qui tue plus sûrement qu'une arme ? Comment faire sentir avec des mots écrits, des phrases ordinaires, les tourments intérieurs de ceux qui, justement, ne trouvent pas les mots ? Il fallait à Laurent Mauvignier, auteur de ce bouleversant premier roman, autant de sensibilité que de maîtrise stylistique pour écrire l'indicible douleur du silence et le vide de la solitude.
Loin d'eux aurait pu n'être qu'une triste et banale histoire de famille. Jean est ouvrier, Marthe, son épouse, est femme au foyer. Ensemble, ils ont un fils, Luc, que ses rêves éloignent chaque jour davantage du foyer provincial étroit de ses parents. Sa seule confidente, son amie, est Céline, sa cousine germaine, qui vit parmi les siens une situation semblable. Mais Céline, mariée à “ un garçon travailleur et solide ”, est “ casée ” et donc perdue pour Luc, qui s'enfonce dans la mélancolie et finit par quitter sa ville et ses parents pour un travail de serveur dans un bar parisien. Le mari de Céline meurt accidentellement. Ses parents aimeraient la récupérer, l'enfermer à nouveau dans le cercle de famille ; mais Céline aime trop la vie. Elle se sauve. Au double sens du verbe sauver, qui dit à la fois la fuite et le salut.
Un jour, les gendarmes viennent prévenir Marthe puis Jean. On a retrouvé le corps de Luc dans sa chambre. Ce solitaire noyé de silence s'est fait à lui-même le seul cadeau qu'il pouvait recevoir : il s'est “ donné la mort ”. Qu'ajouter au drame absolu et total de cette disparition qui laisse ses proches écrasés par une douleur muette ? Seule Céline savait combien Luc était en danger, combien sa tentation d'en finir était grande. Mais à panser ses propres blessures, elle en avait presque oublié celles, inguérissables, de son fragile cousin. Dans ce terrible “ presque ” s'insinue le remords, la culpabilité...
De ce drame ordinaire dont aucun journal ne se ferait l'écho, Laurent Mauvignier fait un livre poignant et rigoureux. Un roman d'écrivain qui sonde avec des mots les abîmes du silence et de la solitude, qui explore les gouffres de l'incommunicabilité. Ce que nous lisons ici, dans le désordre fictif d'un récit éclaté, ce sont les pensées informulables de tous ces gens brûlés par le malheur de n'avoir pas su parler lorsqu'il était encore temps.
Loin d'eux est une suite ininterrompue de monologues intérieurs, un répons silencieux de voix solitaires qui ressassent leur désarroi autour d'une disparition. Jean, Marthe, Gilbert, Geneviève, Céline mais aussi Luc, le disparu, ne sont pas de ceux qui ont le verbe joueur. Leur langage est fait de gestes, de regards. Leurs émotions, ils les enferment à double tour dans leurs poitrines douloureuses. Marthe, la mère, dit son amour à Luc en mettant les petits plats dans les grands. Il ne saura jamais combien de fois elle relit ses lettres pourtant si quelconques et convenues, combien son cœur bat en entendant sa voix au téléphone. II ne saura jamais l'amour muet que lui porte son père, ce “ taiseux ” qui se sait incompris.
Luc, lui, avait tant rêvé de cinéma. Comme si ces images mobiles sur l'écran pouvaient lui tenir lieu de vie de rechange. Il ferait quelque chose dans le septième art... Mais, à Paris, il s'éloigne des salles obscures et ne garde près de lui que quelques affiches de films, images figées, mortes comme ses propres rêves...
Rarement le monologue intérieur – si magistralement employé par Joyce dans Ulysse – avait à ce point trouvé sa légitimité littéraire. Il est ici la voix solitaire qui demeure enfouie et qui, parce qu'elle est silencieuse, inaudible, peut tout exprimer : le malheur, le doute, la honte, le remords, la tristesse. Chez ces gens-là, de milieu modeste, on ne parle pas, on croise ses silences, ses regards brillants de larmes. On étouffe de non-dits. On ignore la violence saine du dialogue, le soulagement des propos échangés. On a si peur de gêner, d'attirer l'attention, de mal faire. Si peur de tout qu'on finit, comme Luc, par disparaître. Mais comment retenir les morts dans le souvenir ? Comment les garder vivants autrement qu'en les réinventant dans le tissu des mots ? Seule l'écriture, lorsqu'elle est créatrice, réconcilie mémoire et silence. »

 




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