« Double »


Laurent Mauvignier

Autour du monde


2016
416 pages
ISBN : 9782707329929
9.80 €
* Première publication aux Editions de Minuit en 2014


Rencontrer une fille tatouée au Japon, sauver la vie d’un homme sur un paquebot en mer du Nord, nager avec les dauphins aux Bahamas, faire l’amour à Moscou, travailler à Dubaï, chasser les lions en Tanzanie, s’offrir une escapade amoureuse à Rome, croiser des pirates dans le Golfe d’Aden, tenter sa chance au casino en Slovénie, se perdre dans la jungle de Thaïlande, faire du stop jusqu’en Floride.

Le seul lien entre les personnages est l’événement vers lequel tous les regards convergent en mars 2011 : le tsunami au Japon, feuilleton médiatique donnant à tous le sentiment et l’illusion de partager le même monde.

Mais si tout se fond dans la vitesse de cette globalisation où nous sommes enchaînés les uns aux autres, si chacun peut partir très loin, il reste d’abord rivé à lui-même et à ses propres histoires, dans l’anonymat.

ISBN
PDF : 9782707329943
ePub : 9782707329936

Prix : 9.49 €

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Marine Landrot, Télérama, 27 août 2014

Ça se passe en Israël, en Russie, à Dubai... le jour de 2011 où le Japon a tremblé. Une suite de récits incarnés, portés par la même onde de choc.

Jusqu'à présent, Laurent Mauvignier écrivait des livres en crevasses avec des phrases longues et stridentes qui accompagnaient la chute de personnages entrés malgré eux dans l'Histoire, victimes effarées de la précipitation tragique des événements : le drame du stade du Heysel pour Dans la foule, la guerre d'Algérie avec Des hommes ou la mise à mort d'un voleur de bière par les vigiles d'un supermarché dans Ce que j'appelle oubli. L'écrivain n'avait pas son pareil pour démêler les fils liant l'intime à l'universel, et peaufinait humblement son oeuvre en apnée, sectionnant ses phrases en milieu de ligne, puis les laissant couler sur des pages et des pages, comme des blessures impossibles à panser.
Il revient aujourd'hui avec un roman sphérique, un roman globe, traversé d'histoires au laser qui fendent la croûte terrestre pour rejaillir de l'autre côté de la planète. La terre tremble, ce 11 mars 2011, et, tout autour du monde, chacun sent sa tectonique intérieure à l'oeuvre. Laurent Mauvignier capte les secousses mentales d'une série de personnes apparemment prises au hasard, ce jour-là, au Japon, en Israël, en Russie, à Dubaï, en Tanzanie ou en Floride. De petites vignettes photographiques en noir et blanc, grandes comme des timbres-poste pour affranchissement grande vitesse, séparent les récits, ou plutôt les unissent, car le passage d'une histoire à l'autre se fait avec une impressionnante fluidité. Ces arrêts sur image semblent tirés de films de Pialat, Resnais, Flaherty, Varda ou Depardon, comme surgis de la profondeur des mémoires, impressions hébétées coupées de leurs racines, figées par un traumatisme secret. Ce sont aussi les traces de la photomania facile et contemporaine, poussières chassées des yeux à chaque clignement, vestiges anonymes de vies vouées à la disparition.
Plus douce, plus accessible sans doute, l'écriture de Laurent Mauvignier n'a plus les brisures ni la rage d'antan. Elle reste convulsive par moments, continue de suivre les mouvements infimes ou brutaux des corps, mais quelque chose a changé dans le ton, la colère s'est calmée pour laisser place à l'acceptation. Pas la soumission, juste la compréhension organique de l'inéluctable insignifiance des choses. Qu'ont en commun cet employé philippin d'un grand hôtel de Dubaï, conscient que « les hommes simples ne sont pas là pour éclairer le monde de leur lumière mais seulement pour le servir », et ce retraité flingué sous les yeux de sa femme par des pirates des temps modernes dans le golfe d'Aden ? Qu'est-ce qui rassemble ce futur papa russe, tenté par une aventure homosexuelle le jour de l'accouchement de sa femme, et ce vieux passager d'une croisière, amnésique et abusif, prenant sa fille pour une infirmière alors qu'elle ferait bien de soigner sa vie de femme ? Tout et rien, et c'est ce grand écart qui intéresse Laurent Mauvignier, ce doute permanent sur les relations de cause à effet, cette absence de certitudes malgré les similitudes flagrantes, les recoupements, les hasards troublants.
Son roman dit la folle contradiction de la globalisation, cette circulation éclair des informations et des hommes dans un univers qui multiplie les solitudes. Il pointe le paradoxe de l'accessibilité qui éloigne, de la communication qui isole, du fourmillement qui finit par faire embouteillage. Et surtout, il montre combien chacun a perdu son centre de gravité, dans un monde où l'on bouge sans cesse, où les voyages font de chaque lieu un chez-soi possible. Le véritable exploit est d'avoir fait un livre aussi solide sur le chancellement. Le secret de sa rotation altière et puissante ? Le point fixe de Laurent Mauvignier reste la littérature. Jamais fabriquée, à la fois instinctive et très maîtrisée, la langue est sa terre d'attache. Et sa nécessité d'écrire, tellement palpable, tellement absolue, fait de chacun de ses romans un kit de survie infaillible.


Emily Barnett, Les Inrockuptibles, 27 août 2014

Le monde en un clic

Laurent Mauvignier édifie une grande toile romanesque où cohabitent les destinées planétaires. Portrait de l’Occident à l’ère du net.

Quatre-vingts jours pour faire le tour du monde : c’est l’exploit de Phileas Fogg, le héros de Jules Verne. Paru en 1872, son roman Le Tour du monde en quatre-vingts jours symbolise la révolution des transports avec l’arrivée du chemin de fer. Un siècle et demi plus tard, Mauvignier signe le roman de l’ère Google Earth, du voyage virtuel, qui permet de changer de pays en un clic, de zoomer sur une rue ou un hôtel, voire en plein océan, le tout sans quitter sa cuisine.
Toutes les vies esquissées dans Autour du monde sont l’œuvre du romancier, dans une sorte de simulation de l’imaginaire de l’internaute captivé par ces régions du monde inconnues, et qui s’empresse de les fantasmer. Une quinzaine d’histoires composent ce gros roman, sans doute le plus ambitieux de l’auteur, dans son vœu d’offrir une vue d’ensemble du monde tout en l’embrassant dans sa pluralité.
c’est cette dimension de carrousel, de manège universel, qui séduit d’abord, dépendant d’une philosophie de l’arbitraire, s’amusant de la simultanéité entres des milliards d’existences, de l’altérité entre elles, tout autour du monde. Sans transition ni ordre logique, on passe d’un lieu à l’autre, sur les traces de personnages déracinés et aussi dissemblables que possible, en voyage d’agrément ou expatriés pour des raisons professionnelles.
Mauvignier déploie un immense talent de dramaturge omniscient à travers une multiplicité d’événements, parmi lesquels une croisière touristique, un attentat à Tel-Aviv, un plan cul à Moscou, un safari en Tanzanie, une attaque de pirates dans le Golfe d’Aden, une idylle clandestine à Rome ou encore le tsunami au Japon, seul ressort logique entre chacune des histoires. Autour du monde étend une toile, hétérogène mais connectée, grâce à la médiatisation des images, à internet et à la radio, et à la stupeur planétaire provoquée par les vidéos du raz-de-marée.
De son écriture véloce, portée par une somptueuse urgence, Mauvignier bâtit un roman-monde où le décloisonnement géographique autorise une promenade plaisante entre les genres, du récit de voyage à la satire et aux clins d’œil à Cortázar, Echenoz ou Houellebecq, alias « Michel » et son « portrait sans concession de leurs contemporains voyageurs ». Quand l’auteur de Plateforme éreinte la classe moyenne et son abrutissant réflexe de consommation, Mauvignier s’attaque aux ultra riches, cette faune rompue à l’art du luxe et de la domination. Palaces et hôtels de charme, yacht et appartement au cœur de Londres établissent une cartograhie de la toute-puissance occidentale – de l’homme d’affaires à la mafia russe et aux multinationales.
La mission du romancier consiste à écrire pour les plus démunis, ceux privés de parole. Au compteur des victimes d’oppressions, nombreuses dans ses romans (SDF passé à tabac par des vigiles de supermarché dans Ce que j’appelle oubli, soldats massacrés en Algérie dans Des hommes…), Mauvignier ajoute une communauté d’esclaves économiques dont il devine admirablement les plaies et les espérances.


Sabine Audrerie, La Croix, 4 septembre 2014

Le narrateur du nouveau roman de Laurent Mauvignier ne se prend pas pour Dieu, mais tout porte à croire qu’il jouit d’une haute position toute stratégique pour contempler et décrire les quatorze histoires individuelles de ses personnages, comme un apiculteur regarderait une ruche grouillante. Ses abeilles se croiseront du Japon à la mer du Nord, de Dubaï à Moscou, de la Tanzanie à Rome, Des Moines ou Orlando. Tous ces personnages sont en voyage, partis de chez eux pour des vacances, une quête personnelle, un déplacement professionnel ou un nouveau départ.
Ils ne le savent pas encore, mais au même moment, alors qu’ils sirotent un cocktail au bar de leur paquebot, qu’ils visitent la vieille ville de Jérusalem, qu’ils se disputent sur fond de safari africain, qu’ils circulent en auto-stop depuis l’Iowa, qu’ils nettoient les chaises longues des touristes friqués loin de leurs Philippines natales, la côte est du Japon vient d’être frappée par un fort séisme.
La plupart d’entre eux seront juste effleurés par la nouvelle aperçue sur un écran de télévision. Un flux d’informations qui ne connaît pas de frontières, mondialisé, médiatisé, accéléré. D’autres seront hypnotisés par les images. Mais tous resteront accaparés par leurs blessures secrètes et leurs urgences, la violence des rapports humains semblant devoir prendre toujours le pas sur celle, pourtant bien plus difficile à combattre, de la nature.
Cet état du monde contemporain fascine par la similitude des désarrois et des joies de chacun partout sur la planète. « Quand on parle de l’autre, on pense spontanément aux différences, jamais à l’archaïsme des ressemblances, alors que nous avons des émotions identiques », souligne Mauvignier, qui a conçu son roman « comme le rouleau de Kerouac », se déroulant à l’image de la vague. « Je voulais qu’il n’y ait pas de centre, et une mise en mouvement. On parle de mondialisation et on est pourtant incapable d’imaginer le monde sans un centre, de ne pas voir là où l’on est, la France, comme le centre de notre vision du monde. Ce que je voulais montrer, c’est cette idée vertigineuse qu’il n’existe pas de centre. »
Il semble tout rétréci, ce monde sans frontières où quelques heures suffisent pour se rendre n’importe où, où l’on prend la mesure des effets pervers du tourisme de masse. À l’image de ses textes précédents, Mauvignier tend son histoire dans un rapport au temps très particulier, à la fois resserré sur un jour et étiré comme les vies entières de ceux qu’il met en scène. Les différents récits de drames (un attentat à Tel-Aviv, une prise d’otages, un rendez-vous manqué, un acte honteux du passé, un regret, une déception…) se situent le plus souvent dans l’avant et l’après. Et qu’ils soient intérieurs, rapportés, télévisés, ils offrent un point d’appui à la relation de ses personnages. Les trajectoires partent de beaucoup plus loin, et, on le sent, continueront de battre, comme les ailes du papillon, bien après et au-delà du temps du récit.
En faisant le tour du monde en 370 pages, Laurent Mauvignier ancre la banalité de chaque voyage dans un itinéraire personnel, comme ce fut le cas pour le poignant Feu de bois dans son roman magistral Des hommes, parti de son village en Algérie faire une guerre dont il ne savait rien, et revenu profondément changé. Dans le temps de la rencontre et de la confrontation, pas forcément inamicale, l’auteur injecte la question de l’apprentissage de l’autre. Elle est peut-être plus présente encore dans ce livre-là, où affleurent des sujets brûlants, telle l’opposition Nord-Sud ou les cendres fumantes de la décolonisation.
Étrange sensation de découvrir ces multiples nationalités ensemble, dans une langue unique, à laquelle on se prend à songer seulement une fois le roman refermé. Quelle est-elle, cette langue babélienne dans laquelle tous, Basques, Australiens, Canadiens, Malaisiens, Français, Chiliens pensent, rêvent, aiment, conversent, débattent, se taisent, crient, tentent de pacifier leurs vies intimes ou leurs passés ? Assurément celle, un peu mystérieuse, de la littérature, plus puissante et expressive qu’un mauvais anglais mondialisé.


Jérôme Garcin, Le Nouvel Observateur, 4 septembre 2014

Le Séisme Mauvignier

Dans un roman choral qui submerge la rentrée littéraire, Laurent Mauvignier parcourt le monde le jour de 2011 où le tsunami a dévasté le Japon

Le 11 mars 2011, sur la côte Pacifique du Japon, un tremblement de terre engendre un tsunami dont les vagues pénètrent jusqu'à dix kilomètres à l'intérieur des terres et qui provoque l'accident nucléaire de Fukushima. Aussitôt, les images de la tragédie déferlent sur le monde et rencontrent, de la mer du Nord à celle des Caraïbes, de la Tanzanie à la Floride, de Tel-Aviv à Moscou, de Dubaï à Paris, des séismes intimes, des cataclysmes privés soudain rattrapés par ces ondes universelles. Comme si le tsunami submergeait le monde entier et réunissait ceux qui, tétanisés, découvrent à la télévision l'étendue du désastre.
Romancier polyphonique de la guerre d'Algérie et de la catastrophe du Heysel, Laurent Mauvignier a eu l'idée prodigieuse de raconter des histoires apparemment anecdotiques qui se sont déroulées le 11 mars 2011 sur tous les continents et dont les personnages sont chaque fois en mouvement, en voyage, en rupture de ban, en transit, en exil. Encadré par deux récits métaphoriques - au début, un Mexicain qui a acheté les services d'une prostituée est emporté par la vague, et, à la fin, une famille japonaise, dont les grands-parents viennent de périr dans un village de pêcheurs, prolonge son séjour touristique à Paris -, Autour du monde  relie entre eux des destins saisis par l'effroi ou le désarroi. Un comptable suisse, en croisière sur l'OdysseA , sauve un vieux sismologue russe de la mort ; deux étrangères font, en Israël, l'apprentissage violent d'un « monde inconciliable et à jamais inséparable » ; un ingénieur malaisien retrouve, dans Moscou sous la neige, l'homme qu'il aime et dont la femme est en train d'accoucher ; un « vieux négro » anglais emmène à Rome, pour une escapade amoureuse, l'ex-fiancée de son fils, de vingt-huit ans sa cadette ; un couple d'Espagnols est attaqué, sur son catamaran, par des pirates somaliens ; un auto-stoppeur raciste et armé quitte Seattle pour rejoindre son frère aîné en Floride... D'étonnants fondus enchaînés et des vignettes photographiques permettent à l'auteur de glisser d'une histoire à l'autre, d'une solitude à l'autre, d'un désamour à l'autre, d'un safari africain à une plongée avec les dauphins aux Bahamas, et toujours dans l'ombre portée de Fukushima. Il faut imaginer, pour mesurer l'ampleur de ce roman choral, la concrétion de La Ronde, la pièce d'Arthur Schnitzler, de Short Cuts, le film de Robert Altman, et de L'Usage du monde, le récit de Nicolas Bouvier.
Grand livre. Grand écrivain, aussi. Le plus discret et le meilleur de sa génération, dont chaque nouveau roman est un séisme de forte magnitude. Jusqu'à maintenant, on reconnaissait ce virtuose du monologue intérieur (masculin ou féminin) à sa faculté de donner la parole aux taiseux, aux victimes, aux suicidés de la société, aux rescapés du stade du Heysel, aux revenants des guerres néocoloniales. Cette fois, le romancier agit en démiurge, à la troisième personne. Il s'effaçait, il règne. Il avait le don d'identification, il a celui d'ubiquité. Son regard caméra était endoscopique, il est devenu télescopique. A 47 ans, Mauvignier prend de la hauteur, il lâche du lest, et on a le vertige.

Bernard Pivot,  Le Journal du Dimanche, 28 septembre 2014

Une imagination sans bornes

Laurent Mauvignier nous entraîne dans un tour du monde le jour de Fukushima : Dubai, Rome, la Floride, Moscou, les Bahamas, la Tanzanie… Attachez vos ceintures. Respirez bien. Ouvrez grands les yeux. Videz votre tête des petits problèmes du moment. Laissez-vous aller. Partez " Autour du monde " avec Laurent Mauvignier.
C'est un roman qui secoue. Dès le début. On est à Tokyo. Le Mexicain Guillermo ne sait pas qu'en montant dans la petite Nissan grise que pilote Yûko, draguée sur un site Internet, il court à sa fin. Elle l'emmène dans une petite ville de pêcheurs. Sur la jambe droite de la jeune Japonaise un serpent tatoué monte du tibia à la cuisse, ses crocs pointés vers le sexe. Aucun homme n'a jamais osé demander à Yûko pourquoi et dans quelles circonstances ce reptile s'est enroulé sur sa jambe. Aurait-il eu cette curiosité que Guillermo n'aurait pas eu le temps de formuler sa question. Car la terre s'est mise à trembler aussitôt qu'ils ont commencé à faire l'amour. Il est 14 heures 46 minutes et 44 secondes, le 11 mars 2011. Nous sommes à Fukushima. Le tsunami emporte tout. Par miracle Yûko et son serpent auront la vie sauve.
Sur quoi, ce même jour, à la même heure, nous voici dans la mer du Nord, à bord du luxueux navire de croisière OdysseA. Le roman permet ce genre d'exploits. La littérature n'est pas entravée par la géographie. Elle se moque des distances. Le romancier est doué d'ubiquité. Laurent Mauvignier en use avec une éclectique générosité. Il nous propose un tour du monde le jour de Fukushima. Dubaï, Rome, la Floride, Moscou, les Bahamas, la Tanzanie, etc. Près d'une vingtaine d'escales simultanées qu'il est quand même obligé de nous raconter les unes après les autres… Aucune de ces histoires n'a de lien avec Fukushima, sauf qu'ici ou là, la télévision ou la radio diffusent des images et des sons de la catastrophe. C'est comme un bruit de fond, une piqûre de rappel, mais chacun vit sa vie, affronte son destin. La globalisation est médiatique. L'individualisme est la règle.
À chaque étape de ce tour du monde de nouveaux personnages, une nouvelle histoire, un nouveau roman. L'imagination de Laurent Mauvignier est réellement sans bornes. Ce peut être très spectaculaire comme l'attaque d'un catamaran par des pirates dans le golfe d'Aden. Ce peut être drôle et émouvant comme la conversation de deux vieux amis italiens, recuits d'égoïsme, qui se sont décidés à devenir riches en allant jouer leurs économies au casino slovène de Nova Gorica. Après un voyage mouvementé en auto-stop, Vince a fini par rejoindre son frère aîné, Mitch, en Floride. Ils ne s'étaient pas vus depuis longtemps. Le cadet est déçu que Mitch ait abandonné son ambition d'écrire et celui-ci découvre que Vince est devenu un abject petit raciste. C'est comme un tsunami familial.
Laurent Mauvignier ne se contente pas de raconter ce qui se passe le jour de Fukushima, il remonte dans le temps, rien ne le presse, il s'installe dans l'histoire, fournit mille détails, confronte les points de vue, décrit les lieux et les personnages, embarque le lecteur dans un roman qui s'arrêtera 15 ou 30 pages plus loin pour se glisser subtilement dans un autre, situé à 10.000 kilomètres de là. Le lecteur ressent alors une certaine frustration : il s'était pris d'intérêt ou de sympathie pour les personnages et voilà qu'il doit les abandonner pour d'autres qui, heureusement, vont assez vite retenir sa curiosité.
Apprendre à finir, Dans la foule, Des hommes, etc., Laurent Mauvignier est considéré depuis plus de dix ans comme un romancier à l'écriture aussi efficace qu'originale. Autour du monde était un défi littéraire et il l'a relevé avec brio. Le livre est ponctué de scènes d'anthologie, à commencer par la relation du tsunami sur la côte japonaise. Mais aussi la balade amoureuse à Rome d'un "vieux négro" avec une jeune femme blanche de 28 ans sa cadette ; comment des écoliers ont été fauchés au petit matin sur un chemin défoncé du Congo par deux touristes australiens ; les retrouvailles sexuelles dans un hôtel de Moscou d'un ingénieur malaisien et d'un Russe dont la femme est en train d'accoucher ; comment Franz, médiocre comptable suisse, l'un des "Heureux Gagnants" d'une croisière, a sauvé d'un froid glacial un vieux savant un peu fou, égaré sur le pont de l'OdysseA, en mer du Nord, au matin d'un certain jour de mars 2011… Mauvignier ne serait-il pas Dieu le Père?

 




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