Paradoxe


Frédérique Toudoire-Surlapierre

Oui / Non


2013
208 p.
ISBN : 9782707323019
19.50 €


Vidéo réalisée par la librairie Dialogues




Savoir dire non, c’est affirmer sa force de caractère. Le non est un séducteur, il a toujours eu les faveurs intellectuelles de l’Europe. Il permet le débat, la contestation, il met en valeur l’esprit critique. Mais ce mot est dangereux : poussé dans ses retranchements, il peut devenir nihilisme ou négationnisme.
Le oui paraît en revanche beaucoup plus insignifiant. Il est le mot de l’accord, du consentement, de l’assentiment un peu béat. La littérature a stigmatisé cette posture par le oui du mariage, le happy end attendu des comédies. Le oui ne serait donc pas plus qu’un faire-valoir du non, une sorte d’interlocuteur un peu naïf sommé de lui donner la réplique ?
C’est sans compter les chocs de l’Histoire et les traumatismes de la seconde guerre mondiale qui ont redistribué les cartes du oui et du non, relativisant la force de l’un pour postuler la nécessité vitale de l’autre.
Pris entre le oui et le non, le lecteur est pris entre deux feux littéraires. Tout l’avenir de la littérature est ainsi mis en question.
Se libérer des stéréotypes de la langue et des conventions sociales, des affirmations commodes et des refus catégoriques, prendre ses distances avec le non, assumer la légèreté et la sensualité du oui nous permettra-t-il de nous défaire de la négativité et du pessimisme ? C’est tout le pari de cet essai.

TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION 

CHAPITRE I. LES PRÉLIMINAIRES DU NON  
J’ai dit non ?
Le point de vue des philosophes
Des mots, toujours des mots
Ne pas dire, est-ce dire non ?
« La syntaxe renforce l’espoir »
De la contestation au non-sens
Le complexe du non
« Non, deux fois non ! »
Les mots de l’enfance
Le non de la révolte  

CHAPITRE II. UN PAS DE TROP 
Le poids de l’Histoire. Choisir son camp ?
Dialectique négative : « Après Auschwitz »
Une négation de trop
Les effets de la dialectique négative
Le suicide, ou les dérapages du négativisme  

CHAPITRE III. LA PREUVE PAR LE OUI  
Le oui mystique
Oui, mot de l’infini
Le mot du péché
Le double du oui
Le oui, un mot de tous les jours
Happy end ?
Cantiques du oui  

CHAPITRE IV. DANS LE DOUTE  
Le neutre : prudence ou hésitation ?
Les Ni-Ni
Pour un oui ou pour un non  

POUR CONCLURE. LE POIDS DES MOTS ?

ISBN
PDF : 9782707327239
ePub : 9782707327222

Prix : 13.99 €

En savoir plus

Elisabeth Philippe, Les Inrockuptibles, 16 octobre 2013

Oui mais en fait non

Décrypter la littérature contemporaine à l’aide de deux mots simples et courants (oui et non) : c’est le pari osé d’un essai insolite et malin.

Au jeu enfantin du « ni oui ni non », Frédérique Toudoire-Surlapierre n’aurait aucune chance. Professeur de littérature comparée, l’auteur de plusieurs essais sur Hamlet ou l’imaginaire nordique structure entièrement son dernier livre autour de ces deux mots, oui et non. A partir de ce « petit matériel grammatical » élémentaire et en apparence anodin, elle échafaude une grille de lecture audacieuse et convaincante de la littérature européenne contemporaine. La vraie, la « bonne » littérature, démontre Frédérique Toudoire-Surlapierre, serait du côté du non, de la négativité. On crée contre la pensée dominante, contre les générations précédentes. L’histoire, en particulier la Seconde Guerre mondiale, a encore accentué, voire radicalisé, cette suprématie du non, devenu celui de la révolte (Brecht) et de la résistance (l’Antigone d’Anouilh), mais aussi celui d’après-Auschwitz, cette impossibilité d’écrire théorisée par Theodor Adorno. Un non alors proche du néant.
En face, le oui n’a droit qu’au mépris. Oui au mariage, oui au bonheur. Tout comme on n’écrit pas de bons romans avec de bons sentiments, on ne ferait pas de bonne littérature avec le oui. Mièvre et soumis, on le laisse à Marc Levy et au gentil benêt Oui-Oui. Avec une agilité intellectuelle très séduisante, Frédérique Toudoire-Surlapierre établit cet état des lieux à grand renfort d’exemples pertinents, de Marivaux au poète Christophe Tarkos, en passant par Ionesco, Thomas Bernhard, Barthes, Nathalie Sarraute (et sa pièce Pour un oui ou pour un non). Au passage, on réalise à quel point ces simples adverbes envahissent le champ romanesque et poétique. Plus intéressant encore, l’auteur remet en question le postulat de départ et tente de prouver la valeur libératrice et littéraire du oui quand il se fait affirmation de soi (l’autofiction) ou du désir sexuel (le oui sensuel répété par Molly Bloom à la fin d’Ulysse de Joyce). L’exercice pourrait paraître artificiel, mais la démonstration brillante et érudite emporte l’adhésion. On ne peut que lui accorder un grand oui, franc et massif.

 




 

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