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Présentation
Le concept de causalité continue de faire l'objet
d'un débat riche et controversé.
Dans l'article dont nous publions une traduction remaniée,
Russell donne, en 1912, de nouveaux arguments puissants en faveur
de la thèse selon laquelle la causalité n'a pas sa
place dans une conception du monde qui se veut respectueuse de la
science : il faut l'abandonner au profit des lois de la nature.
À de nombreux penseurs du XXe siècle, le remède
de Russell a semblé pire que le mal qu'il était censé soigner, à savoir
la confusion engendrée par le concept de causalité.
Ils se sont donc employés à justifier son bien-fondé,
en en proposant une analyse compatible avec la pratique de l'explication
dans les sciences. Selon une première approche, la relation
causale est ce qui fait l'objet d'une explication scientifique.
Les articles de Keil, Schaffer et Kistler présentent au lecteur
francophone la richesse d'un débat qui, pour l'essentiel,
est mené en langue anglaise. Le modèle de la réduction
de la causalité à l'explication s'est avéré inadéquat,
dans la mesure où il a des conséquences incompatibles
avec notre intuition.
Les propositions alternatives d'analyse ne manquent pas. Pour les
uns, la causalité peut être ramenée à une " dépendance
contrefactuelle " : si la cause n'avait pas existé,
l'effet n'aurait pas existé non plus. Pour d'autres, la causalité se
réduit à une augmentation de probabilité : l'effet
est plus probable lorsque la cause est présente que lorsqu'elle
est absente. Pour d'autres encore, la causalité est essentiellement
liée à l'action, de telle sorte que son noyau est la
relation d'un moyen à une fin. Finalement, certains analysent
la causalité en termes d'un mécanisme par lequel la
cause transmet quelque chose, notamment de l'énergie, à l'effet.
Keil défend une version de l'analyse contrefactuelle, tout
en expliquant que seule notre capacité d'agir nous permet
d'évaluer les conditionnels contrefactuels pertinents.
Après avoir examiné à la fois les vertus explicatives
et les difficultés rencontrées par les différentes
analyses, Schaffer conclut par une aporie : aucune théorie
ne s'accorde avec l'ensemble de nos jugements causaux intuitifs.
Kistler propose une analyse du concept de causalité à deux
composantes, l'une correspondant à l'aspect mécanique
de transmission, l'autre à la dépendance en vertu de
lois de la nature. Il montre que, à condition de réviser
certains de nos jugements intuitifs notamment dans le cas de la causalité " négative ",
on peut rendre justice à la grande majorité des jugements
causaux.
A partir d'une reconstruction de l'histoire de la réflexion
sur la causalité - notamment chez Hume, Kant et Cassirer -,
Laudisa montre que les empiristes logiques Schlick, Reichenbach et
Carnap partagent avec les néo-kantiens l'idée que la
construction des théories scientifiques nécessite le
recours à des principes non empiriques.
M. K.
Sommaire
Bertrand Russel
Sur la notion de cause
Geert Keil
La cause d’un événement. Eléments d’une
métaphysique descriptive de la causalité entre événements
Jonathan Schaffer
Le trou noir de la causalité
Max Kistler
La causalité comme transfert et dépendance nomique
Federico Laudisa
Le principe de causalité entre empirisme logique et néokantisme
Note de lecture
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