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Présentation
LE TEMOIGNAGE : PERSPECTIVES ANALYTIQUES, BIBLIQUES
ET ONTOLOGIQUES
Ce numéro, consacré au thème du
témoignage, se découpe en deux volets relevant de deux
traditions de pensée fort distinctes.
Adoptant une perspective analytique, le premier versant est centré
sur la question de la validité épistémique de
la connaissance testimoniale. Un témoignage étant un
contenu d'information transmis d'un sujet à un autre par quelque
médiation, la théorie classique examine sa validité
au même titre que celle d'une croyance quelconque, s'interrogeant
sur les preuves qui en étayent la fiabilité. Selon la
conception réductionniste de Hume, la fiabilité d'un
témoignage repose sur la possibilité de régresser
le long de la chaîne des transmissions jusqu'à une source
d'expérience directe à laquelle elle emprunte sa validité ;
selon la conception fiabiliste de Reid, les témoignages sont
en général corrects, et fondés sur des mécanismes
fiables dont nous sommes pourvus par nature. R. Pouivet analyse le
principe de crédulité de Reid - selon lequel nous sommes
disposés à croire nos semblables - pour en interroger
les fondements, qui se trouveraient dans les vertus intellectuelles
des personnes auxquelles nous accordons créance. S'interrogeant
sur les conditions de transmissibilité d'un contenu de savoir,
S. Chauvier distingue la connaissance testimoniale, parasitée
par la foi, de la connaissance par ouï-dire, qui permet davantage
d'évaluer la validité épistémique de sa
source. G. Origgi éclaire la question par l'épistémologie
sociale - qui décrit l'influence des structures sociales de
la transmission des savoirs sur leur diffusion intersubjective, et
précise les conditions de légitimité de la créance
accordée à autrui -, montrant comment une " confiance
primitive " précède toute croyance et toute connaissance.
Enfin, P. Engel relativise l'opposition entre la conception humienne
et les conceptions fiabilistes, en arguant que la confiance accordée
aux témoins repose en général sur la confirmation
des données dont ils disposent.
Si ces analyses entendent le témoignage comme connaissance
et privilégient la figure du sujet récepteur, les suivantes
partent de la signification néo-testamentaire du témoignage
qui, centrée sur la nature de l'objet du témoignage,
comprend le témoin à partir de celui-ci et, privilégiant
la figure du témoin par rapport à celle du récepteur,
ne réduit pas le premier au seul sujet connaissant et n'envisage
pas le témoignage comme une connaissance problématique.
Il s'agit moins de savoir pourquoi un témoignage est valable,
que de savoir de quoi il peut y avoir témoignage et ce qu'implique
l'acte de témoigner pour l'existence du témoin. À
la demande de la rédaction, J.-L. Chrétien a dégagé
quelques propositions fondamentales sur le concept chrétien
de témoignage, partant de l'accusation adressée au Christ
- selon laquelle il ne fait que se rendre témoignage à
lui-même - pour montrer en quoi cette auto-attestation ne souffre
d'aucun cercle vicieux, mais implique l'infériorité
foncière du témoin vis-à-vis de ce dont il témoigne,
la structure trinitaire et générative du témoignage
et la possibilité de renaissance spirituelle. Prolongeant ces
analyses à partir de Hegel, Nabert, Levinas et Husserl, J.-L.
Vieillard-Baron, S. Robilliard, R. Calin et E. Housset interrogent
le rapport entre finitude de l'homme et infinité de l'objet
testimonial, montrant comment c'est précisément l'ouverture
de l'homme à cette infinité qui ouvre à une nouvelle
compréhension de son essence.
D. P.
Sommaire
I. PERSPECTIVES ANALYTIQUES : L'ÉPISTéMOLOGIE
DU TÉMOIGNAGE
ROGER POUIVET, L'épistémologie du témoignage
et les vertus
STÉPHANE CHAUVIER, Le savoir du témoin est-il
transmissible ?
GLORIA ORIGGI, Peut-on être anti-réductionniste
à propos du témoignage ?
PASCAL ENGEL, Faut-il croire ce qu'on nous dit ?
II. PERSPECTIVES BIBLIQUES ET ONTOLOGIQUES : TÉMOIGNER
DE L'INFINI
JEAN-LOUIS CHRÉTIEN, Neuf propositions
sur le concept chrétien de témoignage
JEAN-LOUIS VIEILLARD-BARON, Hegel et le témoignage
de l'Esprit
STÉPHANE ROBILLIARD, Témoignage et attestation
RODOLPHE CALIN, Levinas et le témoignage pur
EMMANUEL HOUSSET, L'objet du témoignage
Presse
Hasard ou convergence, l’autre revue des Editions
de Minuit, Philosophie,
consacre un numéro au « témoignage » [cf. Critique, « Dieu »,
janvier-février 2006, n°704-705]. Pascal Engel et Emmanuel
Housset ont choisi, avec pertinence, de diviser le cahier en deux
parties, « Perspectives analytiques : l’épistémologie
du témoignage » et « Perspectives bibliques :
témoigner de l’infini ».
Cette deuxième section complète, selon l’une
de ses lignes de force, le témoignage, la question posée
de toutes les manières par les auteurs de Critique.
Hegel (Jean-Louis Vieillard-Barron), Levinas (Rodolphe Calin) et
Jean Nabert (Stéphane Robillard) sont convoqués. Jean-Louis
Chrétien et Emmanuel Housset s’interrogent respectivement
sur le concept et l’objet du témoignage. Le premier,
constatant la fréquence, dans le Nouveau Testament, des termes
grecs signifiant « témoin », « témoignage » ou « témoigner »,
avance ainsi neuf propositions destinées à présenter « les
déterminations les plus saillantes de ce concept, en mettant
avant tout l’accent sur ce qui le distingue du concept vulgaire,
c’est-à-dire essentiellement juridique ».
Patrick
Kéchichian, Le Monde des livres, vendredi 17
février 2006
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