| Tony Duvert est né
en 1945.
Il a publié 12 ouvrages aux éditions
de Minuit
de 1967 à 1989. Paysage de fantaisie
(1973) a obtenu le Prix Médicis.
Il a fait paraître aux
éditions de Minuit :
Récidive
1967. Nouvelle édition, 1976, 144 p., 14 €,
ISBN 2.7073.0093.4
Portrait d'homme couteau
1969. Nouvelle édition, 1978
Interdit de séjour
1969. Nouvelle édition, 1971
Le Voyageur
1970
Paysage de fantaisie
Prix Médicis 1973
1973. 230 p., 10,21 €, ISBN 2.7073.0341.0
Le Bon sexe illustré
1974
Journal d'un innocent
1976. 276 p., 15,70 €, ISBN 2.7073.0095.0
Quand Mourut Jonathan
1978. 244 p., 10,67 €, ISBN 2.7073.0219.8
L'Enfant au masculin
1980. 184 p., 7,17 €,
ISBN 2.7073.0321.6
Un anneau d'argent à l'oreille
1982. 160 p., 6,56 €,
ISBN 2.7073.0606.1
Abécédaire malveillant
1989. 144 p., 8,99 €,
ISBN 2.7073.1316.5 |
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Présentation
Dans une île de la côte
atlantique, des garçons, âgés de sept à
quatorze ans, vivent clandestinement une existence autonome. Issus
de familles que tout oppose, du fils de maraîcher au fils de
notable, leur bande se livre à des chapardages, puis à
des cambriolages en règle, avec toutes les conséquences
qui s'ensuivent.
C'est énorme, irrespirable et d'un réalisme
à faire peur. Caricature ? Oui, bien sûr, mais outre
que la caricature est légitime, sommes-nous bien certains que
la réalité ne vaille pas la fiction ?
Car Tony Duvert est un étonnant écrivain ! Sur
un fond de langue classique et très « tenue »,
il brode toutes les arabesques de l'invention délirante, de
l'argot, du jeu de mots juvénile de la vulgarité la
plus pâteuse. C'est de la grande virtuosité. Pour l'amateur
de prouesses littéraires, un régal.
De l'écriture à l'état pur,
du langage brûlant comme une lave, une intuition cocasse du
« discours » populaire et petit-bourgeois. Quand
on tombe là-dessus, sur l'invention verbale, le plaisir aigu
de raconter et de donner voix à des personnages, sur une langue,
nul doute : on se trouve devant un écrivain.
François Nourissier de l'Académie Goncourt,
Le Figaro-Magazine, 17 mars 1979
La réimpression en
« Double » de ce roman coïncide avec la
sortie sur Arte le 13 décembre 2005 du film de Gérard
Mordillat.
Lire l'article
du Monde à propos du tournage du film

Presse
Mille neuf cent soixante-dix-neuf. Tony Duvert avait dans les 33 ans et, derrière lui, une demi-douzaine de romans. L’Ile atlantique m’enthousiasma. Un récit d’une familiarité presque canaille et sensuelle, et en même temps innocente, enfantine.
Les personnages : une bande d’ados, en rupture d’école sinon de toute morale. Ils passent l’hiver, pendant lequel les citadins citadinent, au hasard des portes fracturées, dans les « villas » dont ces îles – Ré ? Oléron ? – bourgeoises, sablonneuses, raffolent. Des
voleurs ? Le mot est lourd. Disons chapardages, flemme, goût de trop parler. Le sable des plages d’hiver dégage un parfum de rêve.
J’écrivis une chronique enthousiaste et charmeuse : j’espère qu’elle plut à Duvert. En tout cas elle combla Minuit, l’éditeur, qui fit de mon papier des espèces d’affichettes. Elles régnèrent alors dans les vitrines des libraires. Impression grisante d’être devenu un
tycoon de la littérature à l’estomac. Je donnai un coin de mon cœur au romancier Duvert et le lui gardai fidèlement. Qu’avais-je aimé en lui ? Avant tout : le langage. Et la démonstration qu’un langage, quand il est bien innervé, saignant, peut être jeté à l’assaut
des forteresses passéistes, bavardes, « harmonieuses » et les mettre à mal. Le seul pouvoir à devoir être reconnu était la fête des mots. Et dans cette fête, la trouvaille de Duvert : la vérité langagière ne se trouve pas dans des prouesses folles, mais dans
l’exactitude et le sarcasme. Que chacun parle vrai et voilà qu’un langage s’épanouit. Dans une petite société – fugueurs, voyous, cossards – l’expression, la parole sont (presque) tout. Parmi ces mini hors-la-loi, on trouve d’infatigables morpions, des gens du cru, ou
d’impénitents curieux, comme Gérard Mordillat. Cinéaste populiste (Fucking Fernand, admirateur de Queneau et Vautrin) qui va porter L’Ile atlantique à l’écran : bravo ! Une bonne fée assistera peut-être, pour Noël, à la cérémonie de l’adaptation, voire au
tournage. Au reste, peu de préparation pour ce jeu aux origines subtiles. C’est un roman (même si le mot est volontairement oublié) où comptent surtout les gestes. J’entre à l’Imprimerie nationale : que font les ouvriers imprimeurs ? Ils « mettent au net », ils
inspirent une sorte de terreur encyclopédique. Que vont devenir tous ces mots orphelins ?
L’auteur a dû penser à eux ; il leur a retrouvé du travail dans un foudroyant démarrage en côte.
C’est un grand privilège que de revoir, écouter, guetter les liens sourds, comme deux cœurs qui battent, et qui reprennent vie. Il m’a semblé, relisant L’Ile après un quart de siècle, ne m’être en rien trompé. Je crois aux emballements de lecture, aux coups de
foudre et de cœur. Mon goût est resté aussi vif qu’en 1979 – dents et ongles –, et quel plaisir subtil de se retrouver heureux en se disant qu’on a eu raison. On se rappelle saint Augustin : « J’aime aimer… »
François Nourissier, Le Figaro magazine, 12 novembre 2005

© Les Éditions de Minuit
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