|
|
Yves Ravey est né en 1953 à
Besançon où il enseigne les lettres et les arts plastiques.
Il a fait paraître aux Editions de Minuit :
Bureau des illettrés
1992, 160 p., 11,89 €
Le cours classique
1995, 144 p., 11,43 €
Alerte
1996, 128 p., 10,52 €
Moteur
1997, 136 p., 10,52 €
Monparnasse reçoit
1997, 128 p., 8,99 €
La
concession Pilgrim
1999, 64 p., 6,86 €
Le drap
2003, 80 p., 8 €
Pris au piège
2004. 112 p.. 10 €
Dieu est un steward de bonne composition
Théâtre. 2004. 80 p. 6,50 € |
|
|
Présentation
Le dancing Chez Malaga est en émoi. Alfredo, le fils de la patronne est de retour après seize ans passés à l'étranger.
Mais Alfredo ne revient pas dans la seule intention de revoir ses proches. Il doit récupérer un document de la plus haute importance.
Cette pièce sera créée au Théâtre du Rond-Pont, Paris 8e par Jean-Michel Ribes. Voir détail ci-après.
CRÉATION
Salle Renaud Barrault 18 janvier - 12 mars 05
Dieu est un steward de bonne composition
De Yves Ravey
Il ne faut rien dire. Je n'ai jamais rien dit.
J'ai toujours considéré que tout se faisait en silence.
Le dancing chez Malaga est en émoi. Alfredo, le fils de la patronne, steward sur un bateau de luxe, la Ville de Palerme, est de retour après seize ans passés à l'étranger… Tous ces gens baignent dans un drôle de commerce et la mère mourante n'est pas la plus innocente. Trois personnages cruels jusqu'au burlesque se déchirent et s'aiment avec la passion des retrouvailles et des habitudes ranimées. Dans cet hôtel dancing qui tombe en ruine, tout le monde est en danger, et peut-être le monde entier. Yves Ravey se glisse entre Kafka et Bunuel pour dénoncer avec sa langue subversive les violences de l'immigration. J'ai demandé à trois grands acteurs d'interpréter ce grand texte.
Jean-Michel Ribes
Auteur : Yves Ravey - Mise en scène : Jean-Michel Ribes - Décor : Patrick Dutertre - Avec : Michel Aumont - Claude Brasseur - Judith Magre
CRÉATION
Salle Jean Tardieu 22 mars - 30 avril 05
Le Drap
De Yves Ravey
Mon père n'a peur de rien
Le fils raconte ce qu'il voit et ce qu'il entend de la fin de son père.
Après avoir respiré des vapeurs nocives dans l'imprimerie
où il travaille, monsieur Carossa tombe malade. Par crainte d'un
licenciement, il demande au médecin le silence. Et puis un jour,
il ne se lève pas. Comme un animal écrasé sur la
route, il gît, à même le drap.
Yves Ravey
Auteur : Yves Ravey - Mise en espace : Jean-Louis Benoit - Production
Théâtre National de Marseille-La Criée.
A noter que La Concession Pilgrim, d'Yves Ravey sera créée
au Théâtre de La Criée, à Marseille, dans
une mise en scène de Alain Chambon, du 28 avril au 22 mai 2005.
Presse
Dans un hôtel-dancing, les retrouvailles troublées
d’une famille en exil
C’est à un bien étrange spectacle que
nous convie Jean-Michel Ribes en son Théâtre du Rond-Point,
à Paris. Un spectacle aux apparences trompeuses, déroutant,
dont on pressent vite qu’il sera bien autre chose qu’une
de ces comédies de société gentiment grinçantes
comme aime à les monter le directeur du Rond-Point.
Tout pourtant, au départ, laisse entendre que l’on
est bien en terrain connu : trois – grands – comédiens,
Michel Aumont, Claude Brasseur et Judith Magre, se donnent la réplique,
et tout semble indiquer qu’ils mettent leur brillant et leur brio
au service d’une de ces classiques affaires de famille avec retrouvailles
problématiques et psychologiques, etc.
Mais ce serait compter sans l’auteur, Yves
Ravey, qui a déjà publié, depuis une douzaine d’années,
plusieurs romans et pièces de théâtre – mises
en scène par Joël Jouanneau notamment – aux Éditions
de Minuit.
Et cet auteur-là, qui par ailleurs enseigne les
lettres et les arts plastiques au collège Stendhal de Besançon
(Doubs), a un regard bien particulier sur la réalité,
qui fait de lui un digne descendant de Franz Kafka : les lignes du réel,
chez lui, sont toujours à la fois extrêmement précises
et décalées, inscrites dans une dimension fantomatique
et trouble.
Et le lecteur, ou le spectateur, est insidieusement «
pris au piège », pour reprendre le titre de son
dernier roman, paru au début de l’année (Le
Monde des livres du 7 janvier). Sans très bien comprendre
comment, ni pourquoi, tant le sens des mystérieuses fables d’Yves
Ravey toujours échappe. Pris au piège de cette familière,
très familière étrangeté. Dérangeante
parce que familière, justement.
Un hôtel-dancing un peu déglingué,
« Chez Malaga ». Décor baroco-fantastique (Patrick
Dutertre) avec têtes de mouton empaillées, bric-à-brac
d’église, arbres, escaliers. Parfum carpato-balkanique.
Alfredo (Claude Brasseur), le fils de la patronne, revient après
trente ans d’absence. Alfredo est steward sur le Ville-de-Palerme,
un paquebot de luxe qui promène de riches voyageurs sur le lac
de Lugano. Alfredo n’est pas seul : il arrive avec « une
poule », comme l’appelle Potelsnik (Michel Aumont), l’homme
à tout faire de la mère. La « poule », répondant
au nom de Salza, et la mère, grabataire et gardée par
un molosse, n’apparaîtront pas directement dans la pièce.
On verra en revanche Walserina (Judith Magre), la sœur
d’Alfredo, professeur de philologie romane à l’université.
Et rien, donc, ne se passera comme on pourrait l’entendre, avec
explications et grand déballage. Et pourtant, il y a bien ici,
comme le dit Walserina, « quelque chose de malsain qui ne
se montre pas ».
Mais qu’est-il, ce « quelque chose de malsain
» ? Ces réfugiés venus d’on ne sait où
qui, toutes les nuits, atterrissent sur le terrain d’aviation
voisin, et avec lesquels Potelsnik semble se livrer à d’étranges
commerces – et notamment ces femmes, qu’il appelle des «
antilopes » ?
Ces souvenirs, que Walserina voudrait à tout prix
rappeler à Alfredo, ceux du temps où eux aussi fuyaient
on ne sait quelle terreur ? Les souvenirs, encore, de Potelsnik,
lui aussi échoué ici après on ne sait quelle vie
en fuite ? Ces relations pas claires entre Potelsnik et Walserina ?
Potelsnik lui-même, qui prétend avoir été
philosophe, autrefois, dans son pays, et qui dit : « La philosophie,
c’est penser, et puis se taire ». Ou encore ces étranges
relations entre la mère et le fils, qui se solderont par un dénouement
dramatique ?
« Nous sommes obligés de faire avec les ombres
de la nuit », dit Yves Ravey dans un texte de présentation
de sa pièce…
Jean-Michel Ribes met en scène ce Steward…
avec sa manière et son savoir-faire habituels, qui ne sont peut-être
pas, malgré son indéniable talent de directeur d’acteurs,
tout à fait l’idéal pour une écriture aussi
singulière que celle d’Yves Ravey, pour laquelle il aurait
fallu, sans doute, trouver l’exact équivalent stylistique.
Dieu est un steward de bonne composition n’en
demeure pas moins un spectacle intéressant – un de ceux,
rares aujourd’hui, qui bousculent les habitudes et les certitudes
sur la façon dont le théâtre et la vie se regardent
mutuellement.
Ce que dessine Yves Ravey avec ses lignes de fuite, ce
sont des figures de l’effroi, qui s’incrustent dans la conscience
de manière très particulière et profonde. Qui nous
hantent, en un mot.
Fabienne Darge, Le Monde, vendredi 25 février
2005
 |