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© Jean-Luc Bertini |
| Marie
Redonnet est née en 1948.
Elle a fait paraître aux Editions de Minuit :
Splendid Hôtel, roman
1986. 128 p., 11,43 €,
ISBN 2.7073.1075.1
Forever Valley, roman
1987. 128 p., 8,99 €,
ISBN 2.7073.1109.X
Rose Mélie Rose, roman
1987. 144 p., 11,43 €,
ISBN 2.7073.1133.2
Tir & Lir, théâtre
1988. 80 p., 7,47 €,
ISBN 2.7073.1175.8
Mobie-Diq, théâtre
1989. 96 p., 7,47 €,
ISBN 2.7073.1198.7
Seaside, théâtre
1992. 96 p., 7,47 €,
ISBN 2.7073.1407.2
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Présentation
Je ne suis plus en prison, j’ai
quitté Tamza et je viens d’arriver en France. Mais l’angoisse
est toujours au fond de moi. Je me répète : « Je
suis un homme libre ». Je sais bien que ce n’est
pas vrai. Je suis arrivé en France sans visa. Je suis un clandestin.
Je n’ai pas passé la douane. Je ne suis pas enregistré
sur le territoire français. Je suis libre tant que la police
ne me demande pas mes papiers. Je ne peux pas vivre en France normalement.
Je dois y vivre comme un clandestin.
Presse
Dans le grand mouvement de renouvellement des écritures
romanesques, au milieu des années quatre-vingt, Marie Redonnet
s’était signalée par la candeur appuyée
de ses récits. En des endroits improbables, le plus souvent
réduits à quelques traits caractéristiques, des
figures aux noms d’apparence saugrenue se trouvaient lancées
dans des quêtes obsessionnelles. La simplicité affectée
n’était évidemment pas synonyme de superficialité.
A chaque fois remontait dans ces histoires l’ardeur des pulsions
qui commandent l’humain. Marie Redonnet a fait paraître
aussi du théâtre, des contes et de la poésie.
Ses deux plus récents livres remontaient à l’an
2000 : un essai, Jean Genet, le poète travesti,
et un roman, l’Accord de paix, certes encore dans sa
manière, mais qui témoignait d’une ouverture thématique
lors du cratère sulfureux de l’intime. Diego vient aujourd’hui
confirmer cet élargissement du champ narratif.
La romancière y évoque l’itinéraire de
Diego Aki, un clandestin venu du Sud, après des années
de détention dans son propre pays. Fils et neveu de deux couturières
en révolte, les « Rouges », il avait
fait partie d’une organisation révolutionnaire appelée
le Mouvement. Après sa condamnation, sa mère s’était
suicidée et la jeune femme qu’il aimait s’en était
allée voir ailleurs : « elle ne croyait qu’aux
solutions individuelles ». Toutes deux portaient le nom
d’Ama. Il ne lui était resté que sa tante Lili.
Quand il avait été enfin libéré, il avait
pris la direction de la France et accosté, une nuit, sur une
petite crique discrète. Il avait ensuite gagné une localité
de la banlieue parisienne, où un proche l’avait hébergé
avant de le confier à un certain Aigle d’or, qui l’avait
logé dans un wagon désaffecté et lui avait procuré
un travail de veilleur de nuit. Cette première partie de parcours,
en soi relativement commune, prend cependant tout de suite la tournure
singulière propre aux récits de Marie Redonnet. La dureté
du réel s’y donne à voir, mais appréhendée
d’une façon qui métamorphose cette traversée
en une manière d’itinéraire initiatique. Ainsi
Diego loge sur une voie à partir de laquelle, des années
auparavant, des enfants avaient pris la direction de l’Allemagne.
Les damnés changent, mais la damnation perdure. On pourrait
alors tomber dans le pathos ou la pose compassionnelle, sauf que l’écriture
joue ici le rôle de garde-fou. On suit certes Diego dans différentes
démarches. On le voit maintenant venir faire le veilleur de
nuit dans un hôtel de passe pour travestis du « quartier
des Perles », dans le dix-huitième arrondissement
de Paris. On assiste aux manœuvres d’approche du gentil
épicier Ali, ambassadeur avenant des réseaux islamistes.
On le trouve en grande difficulté après le meurtre d’un
locataire de l’hôtel par un client. Sauf qu’aucune
sentimentalité ne vient imprégner ce récit, qui
s’en tient à un relevé des paroles et des gestes
essentiels. Ce que reflète très exactement la phrase
de Marie Redonnet, réduite à quelques éléments
simples, à une structure uniforme, avec un verbe basique, souvent
un simple auxiliaire, toujours au présent, sans possibilité
d’expansion ou de digression. De ce style naît un univers
élémentaire, aux allures de décor théâtral
kitch, habité par des personnages dont l’épaisseur,
comme au demeurant l’histoire, se laisse seulement deviner.
Mais le clandestin n’est pas arrivé complètement
sans bagage : dans son pays, il avait fréquenté l’école
des pères et s’était pris de passion pour le cinéma
et la littérature (« je ne savais pas qu’il
y a dans les livres une nourriture sans laquelle on dépérit ») ;
dans un camp du désert, il avait aussi appris les gestes de
la lutte armée et du terrorisme. Il a maintenant renoncé
à ceux-ci et conçoit l’unique projet de faire
de sa vie un film. On doit y voir Samir, son alter ego dans le scénario,
en train de refaire son propre parcours. C’est ainsi que le
clandestin voit le jour, porté par une inattendue chaîne
d’amitié. Épilogue paradoxal pour celui qui n’a
pas d’existence légale et ne devient visible que par
l’art. Si le périmètre thématique s’est
élargi au contexte contemporain, la logique qui fonde l’œuvre
de Marie Redonnet continue de fonctionner à plein. Absence
d’épanchement de l’écriture, verbes usés
avant d’avoir servi, petites phrases ternes. Tout un art de
dire plus en disant moins.
Jean-Claude Lebrun, L’Humanité,
jeudi 8 décembre 2005
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