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Emmanuel Lévinas

Quatre lectures talmudiques

« Reprise », 192 p., 9,50 €, ISBN 2.7073.1907.4

Les premières pages

Né en Lituanie en 1905, Emmanuel Lévinas est mort en décembre 1995.

Du même auteur
aux Editions de Minuit :

DU SACRE AU SAINT
Cinq nouvelles lectures talmudiques
1977. 184 p., 12,20 €
ISBN 2.7073.0168.X

L'AU-DELA DU VERSET
Lectures et discours talmudiques
1982. 240 p., 15,85 €
ISBN 2.7073.0602.9

A L'HEURE DES NATIONS
1988. 224 p., 18 €
ISBN 2.7073.1192.8

QUATRE LECTURES TALMUDIQUES

2004. « Reprise », 192 p.
9,50 €, ISBN 2.7073.1907.4

NOUVELLES LECTURES TALMUDIQUES

2004. « Reprise »", 96 p.
7,50 €, ISBN 2.7073.1908.2

Présentation

   Ces quatre lectures talmudiques (Envers autrui, La Tentation de la tentation, Terre promise et terre permise, Vieux comme le monde), ont été prononcé de 1963 à 1966 aux colloques d'intellectuels juifs organisés par la section française du Congrès juif mondial.
   Pratiquement ignoré par la culture occidentale, le Talmud est la transcription orale d'Israël. Il régit la vie quotidienne et rituelle ainsi que la pensée des juifs confessant le judaïsme. Il comporte deux versions parallèles : l'une de Jérusalem, l'autre de Babylone, et les textes se classent sous deux rubriques : Halakhah, qui a trait à la vie rituelle et sociale, et Hagadah qui se présente sous forme d'apologues.
   Emmanuel Lévinas commente ici des textes sur le pardon, la révélation, la conquête d'un pays et le rapport entre la justice et la moralité privée qui sont extraits de la Hagadah dans la version babylonienne. Ce faisant, il cherche à faire surgir du texte un sens caché qui fasse comprendre la multiplicité des indications qui peuvent orienter la conscience morale. Ce ne sont donc pas paroles ou lettres mortes qui sont examinées, mais l'on assiste à une interrogation philosophique, celle d'une recherche concrète du sens tendue vers l'essence du religieux et de l'éthique ; celle-là même qui fait d'Emmanuel Lévinas l'un des interlocuteurs les plus avertis dans le débat qui a lieu autour du judaïsme. En se tenant à l'écart de la compétition qui semble animer certains mouvements philosophiques, l'œuvre de Lévinas s'organise au-delà du discours. Elle est pensée avant toute chose, ouverte à l'expérience des autres, ou plutôt de l'autre.

   La première édition de ce livre est parue en 1968. Le Nouvel Observateur écrivait alors : "Dans ses Lectures talmudiques, recueil de " Leçons " faite devant des intellectuels juifs, Lévinas divulgue, en quelque sorte, cette traditionnelle manière juive de lire qui consiste à commenter un documentaire qui se commente déjà lui-même et, le plus souvent, commente un texte biblique. Sans doute faut-il des siècles de la vie d'un peuple, et des années de la vie d'un homme pour permettre le livre de Lévinas, cette jubilation dialectique, cette rigueur sans formalisme, ce mépris de la théologie, ce parti pris de réflexion éthique et politique."

Presse

   La popularité d’Emmanuel Levinas (1905-1995) fut tardive. Mais le respect quasi général qui avait fini par entourer cette pensée avant la mort du philosophe aura été de courte durée. Sa mémoire est en effet aujourd’hui attaquée par ceux qui pensent déceler dans son œuvre les prémices d’un raidissement communautaire ou d’un « judéocentrisme ». Aurait-on mal compris l’auteur de Difficile liberté ? Ses pages recèleraient-elles, sous le masque de l’élévation morale et du culte de l’altérité, une vision du monde étroitement nationaliste revendiquant pour Israël seul le privilège de l’élection ? Levinas serait-il l’architecte souterrain de ce que Jean Daniel qualifie de « prison juive » (Odile Jacob, 2003) ?
   La réédition des Lectures talmudiques vient à point nommé pour savoir si ces réévalutations se vérifient par les propos que le philosophe a délivrés au Colloque des intellectuels juifs de langue française. Le premier volume reprend des conférences prononcées de 1963 à 1966, et le second des leçons prononcées de 1974 à 1989. Les dates ne sont pas ici indifférentes. Elles divisent le temps autour de deux moments importants pour le monde juif. D’une part, la victoire israélienne de 1967, d’autre part, l’émergence d’une conscience publique de la Shoah.
   A relire ces textes dont la composition se répète (une citation d’un passage du Talmud suivie d’un commentaire), on constate, aux remarques ironiques sur les « Parisiens » dont ils sont parsemés, à quel point cette pensée s’est construite contre le modèle de « l’intellectuel de gauche », qui concilierait revendication de pureté politique et désordre privé. Les sources propres à Levinas – mieux connues aujourd’hui – étaient bien éloignées du « structuralisme » en vogue dans les années 1960. Non seulement elles puisent dans la tradition juive mais aussi à ceux qui ont su confronter celle-ci au questionnement moderne, de Franz Rosenzweig à Leo Strauss.
    A Sartre, Foucault ou Lévi-Strauss (jamais nommés mais présents, entre les lignes), Levinas semble opposer une excellence universitaire (plus rêvée que réelle car l’Université ne lui fut guère accueillante) et l’idéal éthique du « saint », la sainteté ne signifiant ici pas plus que la légère distance créée avec le monde. Une distance qui seule permet l’expérience de la solidarité et la pratique de la responsabilité. Citant l’écrivain André Spire « et son poème sur le juif qui s’ennuie “ dans les lieux de plaisir ” », Levinas fait l’éloge d’un rigorisme à mille lieues de la révolution des mœurs dont il était le contemporain malgré lui.
   Le judaïsme, projet de civilisation et non héritage exclusif d’une race, consisterait dans ce temps de réflexion pris sur une « spontanéité naturelle » - où l’on n’a pas de mal à déchiffrer une aversion certaine pour ce que Levinas s’imaginait de la « pensée 68 ».
   Réservé face au naturel, le judaïsme de Levinas l’est aussi devant l’histoire. Sa pensée se construit comme contre-modèle de l’historicisme, cette tendance qui consiste à croire que l’intelligibilité du réel est fonction de la compréhension des processus et surtout des fins de l’histoire, conception dont le système hégélien représente la forme la plus achevée.
   Pour Levinas, l’histoire sainte ne représente ni l’âge d’or, ni l’utopie, ni même ce « messianisme sans Messie » cher à Walter Benjamin. Sa dynamique peut s’épuiser avant tous les termes prescrits et sa pérennité ne dépend que des hommes. C’est ainsi qu’il convient d’interpréter l’éloge que Levinas fait de la pratique religieuse et des commandements (Mitzvoth). Si leur logique survit à leur exercice, dit-il, un temps pourrait bientôt venir où les habitudes de pensée qu’ils induisent se perdront. Et avec elles, craint-il, un certain sens de la responsabilité pour autrui comme de la finitude humaine.

Nicolas Weill, Le Monde, jeudi 4 février 2005

 

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