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Laurent Mauvignier

Seuls

176 p., 13 €
ISBN 2.7073.1846.9
45 exemplaires numérotés sur Vergé des papeteries de Vizille, 47 €

Les premières pages



© Ulf Andersen/Gamma

Laurent Mauvignier est né en 1967. Il vit à Bordeaux.

Il a fait paraître aux éditions de Minuit :

LOIN D'EUX
1999. 128 p., 9,91 €, ISBN 2.7073.1671.7
2002
Collection de poche "Double"
128 p., volume double, 5,30 €,
ISBN 2.7073.1801.9
APPRENDRE à FINIR
(prix Wepler 2000 et prix du Livre Inter 2001) 2000. 128 p., 9,91 €, ISBN 2.7073.1721.7 2004 Collection " Double " volume double, 5,30 €
CEUX D’À CÔTÉ
2002. 160 p., 12 €
ISBN 2.7073.1766.7
SEULS
2004. 176 p., 13 € ISBN 2.7073.1846.9
LE LIEN
2005. 64 p., 6 €
ISBN 2.7073.1921.X

Présentation

   Pauline est revenue. En attendant de trouver un appartement, elle s'est installée chez Tony, comme quand ils étaient étudiants.
   Tony raconte à son père que rien n'a changé : il fait toujours semblant de n'être pas amoureux d'elle, et elle ne s'aperçoit de rien.
   Mais quand Tony part sans prévenir personne, c'est à Pauline que son père va demander de l'aide. Et cette fois, il faudra bien que tout soit dit.

Portrait

Lire l'article de Christian Sauvage dans Le Journal du Dimanche du 18 janvier 2004.

Presse

   Laurent Mauvignier n’est pas un procureur. Il ne désigne aucun coupable : pour mettre en accusation, sans doute faut-il aller moins loin dans l’intériorité des personnes, moins profond dans le puits de détresse où ils se trouvent plongés. Il n’est pas non plus l’avocat des causes désespérées qui font la trame de ses récits. Il écrit, dirait-on, dans la position du témoin, de celui qui partage, qui souffre avec ses personnages en inventant la parole même de cette souffrance. En la tirant de son propre fond, puis en s’effaçant.
   Le succès public – et critique – rencontré par les trois premiers romans de Laurent Mauvignier démontre qu’il touche juste. Apre, douloureuse, constamment tendue, son écriture n’offre pourtant aucun des agréments et des démagogies qui accompagnent généralement, ou multiplient, les suffrages. Ce qui est juste, qui fait justice, c’est donc cette voix que le romancier construit mot à mot, avec un sens aigu de la respiration et du rythme. Cette voix, Seuls la fait à nouveau entendre avec une grande pureté. Comme si les situations narratives, les circonstances sociales et mentales, tout l’itinéraire des personnages n’étaient destinés qu’à cela : dessiner une ligne blanche, un chemin invisible dans l’épaisseur et l’obscurité des vies afin de témoigner en faveur de celles-ci, de les mettre en lumière – alors même que tout invite à les taire, à les dissimuler, à les noircir. Mais de quelle pureté peut-il s’agir lorsque la fatalité, la misère morale ou matérielle semblent seules dominer et commander les existences ? Citons un passage, volontairement soustrait de son contexte : « c’était la colère et le désordre, comme on parle de la foule pour dire qu’elle est une marée et qu’elle peut déborder, chavirer, eh bien lui, tout seul, sans rien ni personne que ce monde où depuis longtemps il se fabrique des larmes et des couteaux, oui, Pauline, il se prépare. Il vacille et ni les larmes ni le désarroi ne desserreront ses mâchoires. »

Une fatalité malheureuse
   
Si Tony, cet homme qui chavire, parlait lui-même, la « colère » et tout ce qui fait son « désarroi » le déborderaient. S’il était simplement et classiquement mis en situation, dans la distance de l’écriture, rien d’authentique ne pourrait être dit sur ce qui se « fabrique » de « larmes » et de « couteaux » au secret de son cœur. Mauvignier a choisi une solution difficile et risquée, menacée par l’artifice : faire entendre exclusivement la voix des tiers, de ceux qui assistent de l’intérieur, y participant, au drame qui se joue entre Pauline et Tony, non pas seulement dans le temps du récit, mais dans sa préhistoire. Le père de Tony puis un compagnon de Paule vont raconter, passé et présent mêlés, cette fatalité malheureuse faite de silence et d’impuissance qui empêche un être d’en rejoindre un autre pour (se) faire, ensemble, du bien, pour ne plus être « seuls ». Mais, au lieu de cela, il faut constater à nouveau que personne ne peut « donner de l’amour à qui n’est pas capable d’en recevoir ». Et cette double incapacité, au lieu du bien, fera le mal. « … La douceur pour lui c’était le tapage dans sa tête et la patience toujours la même faillite, l’amour pelé, râpé dans des concessions où il faisait tout pour trouver de quoi tenir et se punir aussi de n’être que lui, digne de s’écraser… »
   Ce n’est pas réduire le mérite du romancier que de saluer sa réussite technique, et la parfaite coïncidence de sa manière et de son propos. Le monologue intérieur, ici, est comme voué à sortir de cette intériorité, à se construire en faveur d’autrui. C’est là que réside la pureté de la voix de Mauvignier.

Patrick Kéchichian, Le Monde, 23 janvier 2004

 

   Il ne fait pas de doute que Laurent Mauvignier, au terme déjà de quatre romans, s’affirme comme l’un des talents les plus sûrs de la nouvelle génération. Sa puissance d’écriture, sa façon d’empoigner la langue, de la forger dans des postures inaccoutumées, en effet à chaque page ici éclate. En parfait accord avec la rudesse et la violence contenue du sujet. Si la critique aujourd’hui ne se prêtait pas tant au soupçon de fonctionner sur le mode superlatif – inversé chez tel ou tel en détestation systématique -, l’on n’hésiterait pas à situer Seuls parmi les textes les plus marquants de ces dernières années.
   Il y est question, très communément, d’un jeune homme et d’une jeune femme. Mais aussi du père de celui-là et d’un autre homme dans la vie de celle-ci. Tony Rousset depuis l’âge étudiant s’était énamouré de Pauline, qui ne s’en était jamais avisée. Ou avait peut-être fait comme si. Un jour, elle était partie avec un autre. Il avait arrêté ses études et s’était mis à voyager, parcourant ici et là des villes, pour « réapprendre à vivre ». Il travaille maintenant de nuit au nettoyage des wagons dans un entrepôt ferroviaire. On le devine le regard terne, prématurément désabusé. Une ombre d’humain. La thématique n’est pas nouvelle, on la voit circuler un peu partout aujourd’hui chez les romanciers de la jeune génération. Combien d’attentes qui, à force de se prolonger, débouchent sur une sensation de no future et de néant ? Combien de ces destinées solitaires prises dans les rets médiocres d’une existence prosaïque ? Combien ? dans ce marasme, de violence restée à l’état de latence ? La littérature ne se lit jamais vraiment hors du monde où elle s’écrit. Mais elle n’en est pas davantage la banale transcription. En ces premières années du siècle, le roman tire fortement vers le noir et le glauque. C’est un fait qu’il faut bien admettre et essayer de comprendre. Laurent Mauvignier, sur ce chapitre, s’inscrit dans le courant. Là où commence sa différence, c’est dans la manière, le style. Ce qui constitue assurément le propre de tout véritable créateur.
   Voici donc un premier narrateur évoquant le retour surprise de Pauline dans l’appartement de Tony, après des années d’absence. Et la métamorphose qui s’ensuit. Celui qui avait d’abord fait assaut de cynisme, n’ayant pour vision de la vie que « le mépris et la révolte », puis, la considérant comme « un partage des ratages, des erreurs », se prend à espérer. Mais sans le laisser remarquer : comme auparavant, il stimulera l’indifférence, fera semblant de jouer au gentil frère. De son côté, elle donnera à l’impression de ne rien remarquer de ce qui ne cesse d’agiter le brave Tony. Ces deux-là incontestablement s’apprécient, mais sur la base d’un total malentendu. Comme si, dans une époque encline comme jamais à la pleurnicherie et à la sentimentalité de midinette, les sentiments qui engagent vraiment ne pouvaient plus se dire. Ou alors de façon détournée, par peur peut-être de sortir du personnage qu’on s’est façonné et de s’en trouver ridicule. Lorsque Pauline un jour repart, pour rejoindre l’autre, Tony s’en va ainsi vers son père, confident inattendu, tant ils semblaient jusqu’alors indifférents l’un à l’autre. Mais c’est justement ce père qui tient le rôle du narrateur principal et montre son intelligence de la situation. Laurent Mauvignier excelle à explorer l’incommunicabilité, à la traquer dans ses détails les plus minimes. Il construit peu à peu le véritable tableau clinique d’un temps qui n’hésite pas à pratiquer l’incontinence verbale comme antidote à son aphasie foncière. Qui peut recourir à la violence, faute d’accéder à l’expression de ce qui l’agite. Pauline, retrouvée par Tony, paiera le prix fort pour toute cette passion tue. Quand les mots échouent à sortir du non-dit, c’est toute une primitivité à peine enfouie qui resurgit.
   Adolescent, Tony avait accoutumé de tenir un journal intime. Jusqu’à ce que son père un jour s’en empare et le lise, provoquant entre eux la rupture. La véritable scène primitive du récit. Toujours cette question des mots et de la souffrance, quand ils ne peuvent se dire, mais aussi quand on force leur accès. La finesse d’approche est ici admirable. Liée intimement à la singularité de cette langue, au souffle saccadé de la phrase, lui-même amplifié par la distorsion de la structure classique. Tel Tony, resté jusqu’au bout « droit dans sa déroute », le texte de Laurent Mauvignier se tient continûment sur cette hauteur escarpée et magnifique. Par sa forme, il laisse pressentir un insondable chaos là où ne paraissait péniblement s’écouler qu’une destinée désespérément atone. De l’âme de ce temps, de ses complications et contradictions, il invente tout simplement un style nouveau de représentation littéraire.

Jean-Claude Lebrun, L’Humanité, 15 janvier 2004

  

   Le mot « seuls », au pluriel, qui donne au livre son titre, a de faux airs d’oxymoron, on se dit qu’après tout, à plusieurs, on doit se sentir moins seul. Les titres précédents de Laurent Mauvignier ne laissaient guère espérer un tel goût pour le paradoxe désinvolte, Loin d’eux, Apprendre à finir et Ceux d’à côté, et leurs lecteurs avaient ravalé dès les premières pages tout penchant pour la gaudriole. Les livres de Laurent Mauvignier sont faits de douleur et de littérature, ils s’écoutent autant qu’ils se lisent, l’écriture s’incarne en une voix pressante. Cette voix ne s’adresse qu’au lecteur, il n’y a personne dans le livre pour l’entendre, tout le monde y est le seul, ensemble ou séparément.
   La voix est toujours celle de Laurent Mauvignier, elle pourrait être jetée sur une scène de théâtre, une voix reconnaissable, avec son assurance, sa juste vue des choses, mais aussi ses détours, ses hésitations, des phrases qui, parfois, ne trouvent pas leur fin, qui s’arrêtent un pied en l’air, sans point
   Et retombent au paragraphe suivant avec ou sans majuscule, sur un bon ou un mauvais pied, elles se font mal, on appelle cela un style. C’est aussi chaque fois la voix d’un autre qu’on se figure, d’un personnage auquel on croit. Ici, ils sont deux, ils se relayent dans le mitant du livre,  parce que ce qu’il y aura à dire est trop lourd pour un seul homme, pour le seul homme qui compte ici, Tony, qui, lui, ne dit rien, ne dira rien, qui finira mal comme toutes les histoires d’amour et de solitude en général. Les deux qui se relayent ne se nomment qu’à peine, le premier est le père de Tony, au détour d’une phrase, page 24, « puisque, voilà ce père, c’est moi », et l’autre Guillaume, l’amant de Pauline, qui a pris la parole depuis quelques pages, pour dire, justement, ce qui concerne le père et que le père ne peut pas dire de sa propre voix, laisse filer, page 109, l’aire de rien (alors que c’est toute l’histoire) : « puisque cet homme qui est revenu, c’est moi ». A ces deux petits bouts de phrases, cette symétrie voulue, on voit bien que la voix plurielle est unique, les deux pupitres d’un même chœur.
   Mais peut-être fallait-il commencer par dire l’histoire, on la recopie sur la couverture du livre pour être certain de ne pas en dire trop, surtout la fin, qu’on ne dit pas mais que l’on craint, celle-là ou une autre, tout au long du livre, pour s’en tenir à ce que l’auteur et l’éditeur ont choisi de faire savoir : « Pauline est revenue. En attendant de trouver un appartement, elle s’est installée chez Tony, comme lorsqu’ils étaient étudiants. Tony raconte à son père que rien n’a changé : il fait toujours semblant de n’être pas amoureux d’elle, et elle ne s’aperçoit de rien. Mais quand Tony part sans prévenir personne, c’est à Pauline que son père va demander de l’aide. Et cette fois, il faudra bien que tout soit dit. » On pouvait ajouter que Guillaume revient (on le sait), que Pauline quitte l’appartement de Tony pour le rejoindre. Qu’importe : les livres de Laurent Mauvignier ne se résument pas comme des vaudevilles. Ils sont des travellings sur les gris du réel, les mauvaises dents, les trains de nuit, ceux qu’il faut laver à grande eau entre deux trajets (c’est le travail de Tony), les lunettes toujours sales qu’on ne sait pas essuyer, une mère morte avant qu’on ait l’âge de comprendre que tout le monde meurt. Une petite fille disparue, mal photocopiée sur les pompes des stations-service, les caisses de supermarchés. La caisse du chat que l’on change les jours d’espoirs, qui s’englue quand tout va mal. Les vrais semblants. La politesse du désespoir, ce silence qui ment. Des gens qui s’aiment, qui ne savent pas s’aimer, qui ne s’aiment pas pareil, de l’amour contre de l’amitié, de la haine contre de la maladresse. Le mal de vivre tue.
   Les livres de Mauvignier donnent une voix aux taiseux, à ceux qui ne peuvent ou ne savent pas dire. Ici, le désordre, la douleur et la tragédie sont terrés dans la pensée de Tony. Tony se tait et Mauvignier lui prête deux voix, des voix qui ne sont pas les siennes, celles du père longtemps haï, celle de Guillaume, son rival transparent, et il réussit ce tout de force de nous imprégner de la pensée de Tony, de sa douceur et de sa douleur, de sa patience et de sa folie, par le truchement de ceux qui ne le comprennent pas, ce n’est pas une pensée, c’est une folie, un désordre amoureux, une vie en biais, faussée par un mauvais départ, par une fausse patience. La folie de Tony est d’aimer, d’aimer Pauline, de l’aimer à la folie, avec la discrétion et la tendresse de trop vieux amis, dans un jeu de rôle où l’on n’est dupe que de soi-même, jusqu’à ce qu’une colère éclate plus grosse que la honte, plus lourde que l’impuissance à dire, que le malheur soit assez grand pour recouvrir l’entièreté d’un bonheur perdu. Et qu’on en parle plus.

Jean-Baptiste Harang, Libération, 15 janvier 2004

 

   Une fois n'est pas coutume, je vais m'offrir - vous offrir - une citation. La voici : « Je pensais que c'était ça que je finirais par oublier. Mais non. Des nuits entières. Ma vie ne passe pas. Il y a des gouffres qui reviennent dans mes rêves, des espaces qui vibrent, des murs liquides, c'est de l'eau noire qui s’infiltre et déborde, et puis la nuit jette ses nuages, sa lune voilée. Et quand je ne pense plus à rien et que c'est plus doux, ça revient aussi : la honte de n'avoir pas su me tenir à la hauteur de ma peur. »
   Qu'en pensez-vous ? Je trouve cela très beau : l'eau noire... les murs liquides… Il y a là du désespoir, de la nuit, de la simplicité et quand même un fond de mystère et de peur. Ce sont les qualités de Seuls, quatrième roman de Laurent Mauvignier, dont on avait déjà aimé Loin d'eux, Apprendre à finir, Ceux d'à côté.
   
Qui est seul ? Ou « qui sont seuls ? » diront les apprentis grammairiens facétieux. Jusqu'à la dernière page les personnages de Mauvignier vont clamer leur vocation à la liberté et à l'égalité. Egalité, ici, relative : celle des vies grises, des lents étouffements. Version banlieusarde de la Mort du loup. L'auteur est excellent quand il fait parler les éternels muets de cette tragédie en mineur que composent les amours à contretemps. On se rappelle la trouvaille que fit un jour Mme Marcelle Segal dans son Courrier du Cœur : «Je ne l'aime pas, il ne m'aime pas - que faire ?... » Des incohérences de cette sorte malmènent les trois personnages de Seuls : Pauline, Tony, son père. Du temps qu'ils étaient étudiants, Pauline et Tony ont partagé un appartement, ce qui ne signifie pas coucher, en tout cas pas pour eux, mais assiettes sales, divan convertible, et cette humiliation qu'éprouve un homme quand il voit, par l'entrebâillement d'une porte, la fille qu'il aime enfiler du linge et une robe qu'un autre lui retirera tout à l'heure. Pauline est partie, à la traîne d'un type, comme d'habitude, puis revenue après un échec. La « vie d'étudiante », quoi ! Réinstallée chez Tony, et ne voulant pas voir le désir du garçon, qui crève les yeux, elle va provoquer beaucoup de dégâts. Et le père de Tony, que fait-il là-dedans ? Il tient le stylo, m'a-t-il semblé, il était quand même plus facile de lire Capitaine Fracasse que d'affronter l'éternel « Qui parle ? » des romans d'aujourd'hui ! Improbable, dangereux, le trio est en place : la tragédie peut commencer.
   J'éprouve beaucoup de plaisir à savourer l'art d'écrire de Laurent Mauvignier. Ce n'est pas du joli style. C'est râpeux, épais, parfois même un peu charabia : de la pâte à pain dans un vieux pétrin. Au volant de son camion, l'auteur ne feint pas de déraper dans les pièges d'un rallye : pas de contorsions pour avoir l'air d'un acrobatie, il s'acharne à exprimer le plus fin de ses sensations sans abandonner sa façon d'écrire, avec sa robustesse, ses déboires répétitifs, son poids. Là où la chèvre est au piquet, elle broute. C'est bien la sensation que me donne Mauvignier, d'un écrivain qui, lorsque son récit en a besoin, se porte au-dessus de lui-même, s'opiniâtre, se force, se bat sans se croire obligé de risquer quelque morceau de bravoure. Mauvignier n'est pas l'écrivain des prouesses, mais il donne à la sourde misère des petits-bourgeois cette rugosité et cette patine qui sont d'autres formes de la prouesse littéraire. Le lecteur ne sait pas pourquoi, mais il marche. L'émotion naît. Naturalisme pas mort : un réalisme aléatoire, détaché, « décalé ». (« Déconstruit » et « décalé » sont des mots à la mode, bien commodes quand même...) Lisez, page 78, le monologue du père venu demander à Pauline de l'aider à sauver Tony de ses démons : c'est d'une qualité et d'une ambition rares.

François Nourissier, Le Figaro Magazine, 21 février 2004

 

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