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Samuel Beckett

Malone meurt

Collection « Double », 192 p, 6,70 €, ISBN 2.7073.1890.6

Les premières pages

Toutes les œuvres de Samuel Beckett sont publiées aux Éditions de Minuit.

Présentation

     De même que Dante chemine de cercle en cercle pour atteindre son Enfer ou son Paradis, de même Samuel Beckett situe-t-il, chacun dans un cercle bien distinct, les trois principaux protagonistes des romans de sa trilogie. Molloy, Malone meurt et L'Innommable, afin qu'il atteignent, peut-être, le néant auquel ils aspirent. D'un roman à l'autre, ce cercle est de plus en plus réduit.
   Beaucoup plus à l'étroit que Molloy, voici donc Malone figé dans une chambre close, gisant quasi immobile dans son lit, attendant sa mort prochaine. Le seul cheminement apparemment possible est celui du regard qu'il pose sur les objets qui l'entourent. Cependant Malone possède un crayon et un cahier : il va écrire. Il va décrire son état par le menu, de façon tout à la fois savoureuse et bouleversante, mais aussi il va enfin s'exiler de soi vers la périphérie où réside l'imaginaire : il va pouvoir inventer. " Vivre et inventer. […] vivre, faire vivre, être autrui, en moi, en autrui. ". Dès lors, ce sont d'incessants allers et retours du centre jusqu'à la circonférence, cet ailleurs où prennent vie les personnages rocambolesques qu'il crée. " Et doucement mon petit espace vrombit, à nouveau. Vous me direz que c'est dans ma tête, et il me semble souvent en effet que je suis dans une tête, que ces huit, non, ces six parois sont en os massif, mais de là à dire que c'est ma tête à moi, non, ça jamais. " Malone gagne ce domaine périphérique où tantôt il semble s'inventer lui-même, tantôt il se métamorphose en l'un ou l'autre des personnages qu'il invente. Est-il encore Malone ou serait-il devenu Macmann ? Les limites deviennent floues, la frontière s'abolit entre l'écrivain Malone et ses personnages, comme aussi, fort subtilement, entre l'écrivain Samuel Beckett et Malone, son personnage.
   Malone meurt est l'œuvre dans laquelle, avec un humour extrême, une acuité et un sens poétique infinis, Samuel Beckett s'exprime le plus explicitement sur l'acte d'écrire et sur la complexité des rapports entre un écrivain, sa création et ses créatures.

Presse

    Ces deux romans, parus au début des années cinquante, forment avec Molloy, repris précédemment dans la même collection, une « trilogie » violemment drôle, gambadeuse, à la fois splendidement libre et vicieusement obsessionnelle. Il y a un pur plaisir à lire Beckett. Surtout si on s’intéresse moins à sa « pensée », à sa métaphysique, qu’à la vitalité de son écriture, à son invention, à son audace, car, certes, « les formes sont variées où l’innommable se soulage d’être sans forme », méditons, méditons, « eh oui, j’ai toujours été sujet à la forte pensée, spécialement au début de l’année » - c’est dans ces ruptures, dans les blagues – « je suis né grave comme d’autres syphilitique » -, dans la joie des histoires qui s’inventent, des digressions, des incises, des reprises, dans le commentaire et l’abandon à l’imaginaire et le sursaut de l’autodérision que se tient le bonheur énervé du lecteur, d’accord, « défungeons d’abord, nous aviserons ensuite », ce qui n’interdit pas, au contraire, de rire aux éclats, exactement – « je m’interromps pour noter que je suis dans une forme extraordinaire. C’est peut-être le délire ». En tout cas, ça contamine. Ces monologues de « défuncteurs » pascaliens mais pourvus d’un chapeau, rendent beau, aigu, et tout bruissant de l’infini des histoires possibles. Nous aussi, on est en pleine forme…

Evelyne Pieiller, La Quinzaine littéraire, 16 novembre 2004


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