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Le cercle imparti à l'Innommable se réduit à un point, c'est le trou noir au centre d'une galaxie, là où l'espace-temps se déforme, où tout est happé et s'engouffre sans pour autant disparaître. Ces deux romans, parus au début des années cinquante, forment avec Molloy, repris précédemment dans la même collection, une « trilogie » violemment drôle, gambadeuse, à la fois splendidement libre et vicieusement obsessionnelle. Il y a un pur plaisir à lire Beckett. Surtout si on s’intéresse moins à sa « pensée », à sa métaphysique, qu’à la vitalité de son écriture, à son invention, à son audace, car, certes, « les formes sont variées où l’innommable se soulage d’être sans forme », méditons, méditons, « eh oui, j’ai toujours été sujet à la forte pensée, spécialement au début de l’année » - c’est dans ces ruptures, dans les blagues – « je suis né grave comme d’autres syphilitique » -, dans la joie des histoires qui s’inventent, des digressions, des incises, des reprises, dans le commentaire et l’abandon à l’imaginaire et le sursaut de l’autodérision que se tient le bonheur énervé du lecteur, d’accord, « défungeons d’abord, nous aviserons ensuite », ce qui n’interdit pas, au contraire, de rire aux éclats, exactement – « je m’interromps pour noter que je suis dans une forme extraordinaire. C’est peut-être le délire ». En tout cas, ça contamine. Ces monologues de « défuncteurs » pascaliens mais pourvus d’un chapeau, rendent beau, aigu, et tout bruissant de l’infini des histoires possibles. Nous aussi, on est en pleine forme… Evelyne Pieiller, La Quinzaine littéraire, 16 novembre 2004 |
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© Les Éditions de Minuit