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Samuel Beckett

L'Innommable

Collection « Double », 216 p., 6,70 €, ISBN 2.7073.1891.4

Les premières pages

Toutes les œuvres de Samuel Beckett sont publiées aux Éditions de Minuit.

Présentation

   Le cercle imparti à l'Innommable se réduit à un point, c'est le trou noir au centre d'une galaxie, là où l'espace-temps se déforme, où tout est happé et s'engouffre sans pour autant disparaître.
   L'être qui réside en ce point est nécessairement sans nom puisqu'il s'agit de "je", ce "moi" à jamais non identifiable. Figé, le corps de l'Innommable est incapable du moindre mouvement. Cependant il a à parler. Ses précédents personnages, Molloy, Malone et les autres passent et repassent, tournant autour de lui. Ils semblent avoir ourdi un complot pour le contraindre à continuer d'être, le forcer donc à continuer de dire. Alors l'Innommable va créer d'autres mondes, donner voix à d'autres lui-même. Les personnages qu'il devra essayer d'être - avec lucidité, mais sans jamais se départir de son humour -, seront tour à tour Mahood, homme-tronc fiché dans une jarre, puis Worm, visage indistinct qui n'est qu'oreille tressaillante et terrible inquiétude d'un unique œil aux aguets.

Presse

    Ces deux romans, parus au début des années cinquante, forment avec Molloy, repris précédemment dans la même collection, une « trilogie » violemment drôle, gambadeuse, à la fois splendidement libre et vicieusement obsessionnelle. Il y a un pur plaisir à lire Beckett. Surtout si on s’intéresse moins à sa « pensée », à sa métaphysique, qu’à la vitalité de son écriture, à son invention, à son audace, car, certes, « les formes sont variées où l’innommable se soulage d’être sans forme », méditons, méditons, « eh oui, j’ai toujours été sujet à la forte pensée, spécialement au début de l’année » - c’est dans ces ruptures, dans les blagues – « je suis né grave comme d’autres syphilitique » -, dans la joie des histoires qui s’inventent, des digressions, des incises, des reprises, dans le commentaire et l’abandon à l’imaginaire et le sursaut de l’autodérision que se tient le bonheur énervé du lecteur, d’accord, « défungeons d’abord, nous aviserons ensuite », ce qui n’interdit pas, au contraire, de rire aux éclats, exactement – « je m’interromps pour noter que je suis dans une forme extraordinaire. C’est peut-être le délire ». En tout cas, ça contamine. Ces monologues de « défuncteurs » pascaliens mais pourvus d’un chapeau, rendent beau, aigu, et tout bruissant de l’infini des histoires possibles. Nous aussi, on est en pleine forme…

Evelyne Pieiller, La Quinzaine littéraire, 16 novembre 2004

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