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Hélène Bamberger est née à Paris en 1956.
Reporter photographe, elle collabore régulièrement avec la presse française et
étrangère : Géo, l’Express, Marie-Claire, ELLE, Stern, Der Spiegel, National
Geographic, et l’agence Cosmos.
Elle a notamment exposé en 1980 et 1983 à la BPI/Centre Georges Pompidou, en
1992, 1996 et 2002, à Visa pour l’Image/Perpignan, et, pour sa série Marguerite
Duras de Trouville à la Villa Montebello/Musée de Trouville durant l’été 2004.
Elle a notamment publié La Mer écrite, avec Marguerite Duras (1996,
Editions Marval), La Normandie (2004, National Geographic).
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Présentation
Quand j'ai rencontré Marguerite, je n'avais jamais lu Duras. Je l'ai lue ensuite ; elle m'a aussi fait découvrir La Princesse de Clèves ou Elizabeth Bowen, Jean Rhys, les auteurs anglaises du XIXe, et d'autres que je dois toujours lire, comme La Sorcière de Michelet ; j'ai dû l'acheter quinze fois !
Tout de suite, on s'est plu, et on a commencé les promenades dans l'auto de mon père, une vieille Peugeot rouillée.
L'été 80, c'était moi qui conduisais. Les années d'après, c'était Yann. On allait où elle voulait. Souvent dans les mêmes endroits (Fatouville, Quille-boeuf, Cormeilles, Antifer, Etretat, Jumièges) dans un rayon de cent kilomètres autour de Trouville. Chaque endroit avait un autre nom et une histoire : le pont de Tancarville franchissait le Mékong, les prés salés devenaient des rizières, on traversai" les forêts du Canad"…
Un jour, elle m'a montré une clématite bleu dur sur un mur gris granit, et elle m'a dit : "Tu vois, ça c'est l'intelligence".
Elle utilisait des mots comme échauguettes et ombellifères, dont je pensais qu'ils n'existaient pas, parce qu'elle en inventait aussi, en affirmant qu'ils existaient.
Tout de suite, j'ai fait des photos ; souvent elle me dirigeait et parfois se mettait en scène. Elle avait une idée très précise de la façon de s'habiller. De la sienne et de la mienne.
Avant de la connaître, je n'aurais jamais eu l'idée de photographier un paysage, et encore moins une flaque d'eau.
Hélène Bamberger
Duras à la carte
La place où court l’enfant aux yeux gris, Yann Andréa Steiner comme en miroir derrière une fenêtre en 1990, Yann et Marguerite à Etretat en 1980, la Seine qui ressemble au Mékong : Duras et sa légende de Trouville en trente photographies, autant de cartes postales, ces cartes postales dans un coffret gris. Le tout est noué d’un ruban rouge, ce détail n’est pas extravagant. Aux Roches Noires, comme à Neauphle et rue Saint-Benoît, l’écrivain a eu le goût des jolies choses. Un ruban rose cravate un abat-jour en dentelles. On peut vérifier que, dans la chambre, où elle travaille, le lit est fait. Dans chaque pièce, des fleurs, y compris sur la table de la cuisine. Sur le rebord d’une fenêtre, un bois d’épave supporte un bonhomme de galet.
Les « beaux livres », qui sont lourds et chers, sont aussi l’endroit de l’intimité avec le paysage, l’œuvre, l’inaccessible, l’inabordable. Marguerite Duras de Trouville, ouvrage d’Hélène Bamberger ni cher ni lourd, se feuillette comme une liasse de photos de famille. Ce n’est pas un « beau livre », nous le posons pourtant sur le haut de la pile. Il montre la Normandie par les yeux de Duras. Une fois à l’intérieur, sans indélicatesse aucune, liberté est donnée au lecteur visiteur de regarder à sa guise. Qu’est-ce qui est calé entre la boîte géante de pastilles Vichy et l’Atlas historique et géographique ? Un chéquier ?
Claire Devarrieux, Libération, vendredi 3 décembre 2004
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