
© Louis Monier |
Pierre Bayard, né
en 1954, est professeur de littérature française à l'université
Paris 8 et psychanalyste. Il est l'auteur de nombreux
essais sur la littérature, dont certains, comme Enquête
sur Hamlet. Le Dialogue de sourds (2002), ont également
une force policière.
Il a fait paraître aux Éditions de Minuit :
Le paradoxe du menteur. Sur Laclos
1993, 192 p., 14,48 €
Maupassant, juste avant Freud
1994, 232 p., 22,11 €
Le hors-sujet. Proust et la digression
1996, 192 p., 14,94 €
Qui a tué Roger Ackroyd?
1998, 168 p., 14,98 €
Coll. poche « Reprise »
2002, 176 p., 8 €
Comment améliorer
les œuvres ratées
2000, 176 p., 14,94 €
Enquête sur
Hamlet.
Le dialogue de sourds
2002, 192 p., 15 €
Peut-on appliquer
la littérature à la psychanalyse ?
2004. 176 p., 15 €
Demain est
écrit
2005. 160p., 15 €
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Présentation
Alors que la psychanalyse appliquée
recourt à des modèles constitués pour lire les œuvres littéraires - avec le
risque de donner toujours des résultats identiques -, la méthode que nous
présentons ici, appelée littérature appliquée à la psychanalyse, recherche
dans les œuvres et dans leurs représentations singulières de la vie
psychique des éléments permettant de construire de nouveaux modèles.
En effet, d'Homère à Chrétien de Troyes et de Shakespeare à Proust, les
écrivains ont proposé sur nous-mêmes des hypothèses qui ne se confondent pas
avec celles de la psychanalyse. Plutôt que d'interpréter leurs œuvres au
moyen d'une théorie extérieure, pourquoi ne pas prendre au sérieux leur
capacité de penser ce qui nous échappe, en prolongeant leurs intuitions et
en mettant en forme les théories originales qu'ils esquissent ?
Il est vrai qu'une telle méthode n'a guère de chance de fonctionner. Mais
si ce projet se révèle impossible pour une série de raisons que ce livre
détaille, un travail de réflexion sur une méthode inopérante - alors que
sont sans cesse privilégiées les méthodes efficaces - permet d'étudier avec
précision les contraintes que la critique exerce sur le texte et les
difficultés qu'elle rencontre, mais aussi ses motivations inconscientes et
son noyau de délire, bref d'interroger l'acte de lecture.
Presse
Lire l'article de Catherine
Clément, Magazine littéraire, février 2004 consacré à l'œuvre de
Pierre Bayard.
Pierre Bayard aime les paradoxes et ne s'en cache pas.
C'est donc presque par jeu qu'il renverse les termes. Plutôt que d'utiliser
la psychanalyse pour lire les œuvres littéraires, pourquoi ne pas utiliser
la littérature pour lire la psychanalyse, la reconstruire; voire la dépasser
? Freud vérifiait sur Œdipe, non sans succès, son analyse de
la vie psychique. Pourquoi l'œuvre de Sophocle ne contiendrait-elle pas, à
l'inverse, des modèles nouveaux que la psychanalyse ne repère pas ?
Psychanalyste lui-même et professeur de littérature française à Paris
VIII, Pierre Bayard expose donc ici, non sans humour, sa théorie de la
«littérature appliquée à la psychanalyse» qui est aussi, d'une manière
plus large, une volonté d'appliquer la littérature à nos connaissances au
lieu d'appliquer nos connaissances à la littérature. Cette démarche,
écrit-il, tente «de ne pas projeter sur les textes littéraires une
théorie extérieure, mais au contraire de produire de la théorie à partir de
ces textes». Ce faisant, l'intrépide explorateur donne un remarquable
petit cours de méthode critique accompagné d'une fine réflexion sur quelques
grandes œuvres.
Pierre Bayard n'en est pas à son premier coup. On lui doit déjà,
notamment, d'avoir débusqué le véritable meurtrier de Roger Ackroyd sur
lequel Hercule Poirot s'est, contre, toute attente, mépris (Qui à tué
Roger Ackroyd ?, Minuit, 1998). De même a-t-il révélé qui est le
véritable assassin du père de Hamlet (Enquête sur Hamlet, Minuit,
2002). Dans un esprit malicieux, voisin de la présente «littérature
appliquée», il avait également expliqué Comment améliorer les œuvres
ratées, Minuit, 2000 (lire La Croix du 28 décembre 2000).
Le savoir humain sur le psychisme, explique-t-il, n'a pas été une lente marche de l'Antiquité jusqu'au XIXe siècle, vers l'éclatante
découverte de Freud. Pierre Bayard s'intéresse donc d'abord au monde
d'«avant» la psychanalyse. Et l'on retrouve avec plaisir Homère, Sophocle,
Chrétien de Troyes, Shakespeare, mais aussi Choderlos de Laclos, Le Horla
de Maupassant ou L'Image dans le tapis de Henry James. Il examine
ensuite quelques contemporains, non freudiens, de Freud, tels Pessoa et
Proust. Puis passe aux écrivains d'«après» la psychanalyse qui, tous,
doivent tenir compte de son existence, qu'ils la rejettent ou non: André
Breton, Paul Valéry, Sartre ou l'indispensable Agatha Christie.
Pierre Bayard montre ainsi que la littérature, par sa logique propre, ne
cesse d'inventer. À notre insu, des «théories autres» se trouvent toujours
dans les œuvres littéraires que nous croyons un peu vite parfaitement
interpréter, et notamment des théories encore à découvrir qui «prendront
peut-être un jour l'ascendant» sur la psychanalyse. «Aussi toute
œuvre littéraire, dans le même temps où elle confirme sans cesse la
psychanalyse et les interprétations que celle-ci en donne, en annonce-t-elle
d'une certaine manière la fin, en offrant à la lecture des modes de pensée
qui en prendront un jour la succession. »
Pierre Bayard ménage enfin quelques surprises supplémentaires. Il
s'attache, en effet, à démontrer lui-même... l'inefficacité de sa méthode et
de sa théorie. Mais c'est pour mieux souligner la grandeur et servitude des
sciences humaines. Celles-ci sont nécessaires pour découvrir combien l'homme
est plus vaste que son propre savoir. Et comment la littérature ne s'épuise
jamais dans une interprétation définitive. Jean-Maurice de Montremy, La Croix, jeudi 22 avril 2004
Pierre Bayard a un style. En quinze ans et huit livres, il a montré,
après quelques autres mais peu nombreux, qu'on pouvait être essayiste et
écrivain. Parmi les traits de ce style, on relèvera la figure, du paradoxe,
bien sûr, et le goût pour l'enquête, dont Qui a tué Roger Ackroyd ?
fut la démonstration la plus représentative, mais surtout un mélange d'understatement
et de formules vives qui est le propre de son ironie, de sa façon
d'interroger les œuvres et les effets qu'elles ont sur nous. II faut, le
souligner, car l'ironie qui avance à découvert est rare et elle donne à
l'argumentation sa force de distraction autant que son pouvoir de
conviction.
Dire ainsi que la méthode qu'il propose se révèle inopérante n'est pas
une façon faussement modeste d'affirmer qu'elle marche quand même ; c'est
tenir une vérité qu'il va s'agir d'interroger dans ses implications et ses
limites. Dans ce qui fait le style de Pierre Bayard, on doit noter aussi un
goût pour le ratage, l'échec, la faillite et l'erreur, qui lui permettent
d'opérer sur les textes, de les rectifier (Enquête sur Hamlet), de
les retoucher (Le Hors-sujet. Proust et la digression), ou de même de
les remanier entièrement (Comment améliorer les œuvres ratées ?) Dans
Peut-on appliquer la littérature à la psychanalyse ?, c'est son
propre travail qui fait l'objet d'une remise en cause générale et qui est
soumise à un mouvement de vérification (mais non de correction).
Le lien entre littérature et psychanalyse a donné lieu à deux méthodes
dominantes qui toutes deux relèvent de la psychanalyse appliquée qui soumet
le texte à une théorie extérieure : soit l'on recherche une signification
inconsciente de l'œuvre littéraire (rapportée ou non à son auteur), soit
l'on montre comment l'auteur a devancé les théories psychologiques modernes.
Au contraire, la littérature appliquée que propose Pierre Bayard « consiste
à prendre au sérieux ces modèles, en ne les situant pas à toute force dans
une progression et en acceptant l'idée qu'ils ne sont pas nécessairement
inférieurs en justesse ou en beauté poétique à ceux que vont élaborer plus
tard les théoriciens du psychisme » Il s'agit de ne plus faire de la
littérature le lieu d'une confirmation de la psychanalyse - ce qui est
lisible même chez Freud - mais d'y lire des modèles différents à partir
desquels il soit possible de produire de la théorie. « Qu 'est-ce que
l'œuvre de tel auteur, si l'on prend au sérieux les formulations qu'elle
avance sans chercher à les faire coïncider avec les théories connues, est à
même de nous apporter d'original dans le champ de la psychologie ? »
Ainsi Les Liaisons dangereuses peuvent offrir, avant la psychanalyse,
une grammaire des mécanismes de défense et Yvain ou le Chevalier
au lion une réflexion troublante sur les procédures d'animalisation. De
même, juste avant ou juste après Freud, on lit dans certaines œuvres
littéraires des façons différentes de décrire certains fonctionnements
psychiques, comme la séparation de soi à soi chez Maupassant ou chez Borges,
qui inventent l'un et l'autre des modèles fantastiques de mise en pièces de
l'identité. Considérer alors que les textes proposent ne serait-ce que des
ébauches de théorie, c'est ce que la littérature appliquée se propose de
montrer.
Définissant le modèle comme une forme exemplaire suffisamment générale «
pour fournir une lisibilité supplémentaire à une, multitude de cas
cliniques, ou plus simplement; de situations de la vie, et d'en faire
avancer la compréhension », voire l'appréhension, Pierre Bayard donne un
certain nombre d'exemples illustrant la capacité d'invention de la
littérature dans le domaine psychique. Empruntant ses exemples à des livres
importants et magnifiques, du Marchand de Venise de Shakespeare à
La Fin des temps de Murakami Haruki, de Don Quichotte au
Livre de l'Intranquillité, il voit trois niveaux où cette capacité
s'exerce : l'invention de noms (Horla, intranquillité), l'invention de
modèles du moi (l'âme, le dibbouk) et l'invention de modèles de l'autre pour
la description des relations intersubjectives : l'analyse de l'articulation
de la folie et du politique, dans l'œuvre de Shakespeare, est
particulièrement suggestive, comme celle du désir de destruction qui hante
les personnages des romans de Zola.
On s'étonne alors, après avoir retraversé ces histoires et s'être
convaincu de leur caractère exemplaire, de l'échec dans lequel l'auteur
tient sa méthode. Mais son objection est majeure et elle devient nôtre
aussitôt : la puissance des modèles littéraires tient à leur fugacité, à la
substitution du concept par la lettre, à son imprécision théorique (les
œuvres ne contiennent que des potentialités ou des fragments de théorie, qui
impliquent la participation de lecteurs capables de mettre au jour cette
opération de « préthéorisation » par quoi la littérature pense et fait
penser). Mais pour en faire un système concurrent du modèle freudien, il
faudrait retransformer la lettre en concept, ce que fait la psychanalyse. Où
l'on voit que le parricide conduit au suicide. La méthode, en l'absence de
cadre conceptuel, ne peut se transmettre ; et adossée à la singularité de
chaque texte et dépendante de l'enseignement qu'il délivre, elle laisse le
lecteur seul, dans son « mode de rencontre personnel avec les textes ».
L'importance de la littérature appliquée prend alors une dimension tout
autre mais qui n'est pas des moindres : elle expose inlassablement, à coup
d'analyses précises et jamais définitives, l'avenir de pensée qu'ouvrent les
textes littéraires et leurs modes toujours singuliers d'inventer. Sans
renoncer tout à fait à la théorisation (mais en en exhibant ironiquement la
folie), la proposition de Pierre Bayard invite surtout à se laisser porter
par la lettre, celle des autres, la sienne propre, c'est aussi un des traits
de son style.
Tiphaine Samoyault, La
Quinzaine littéraire, 15 avril 2004
L’irritation contre la psychanalyse est légitime quand
cette science des phénomènes psychiques sert à légiférer, en sortant de son
domaine propre. Un conflit surgit-il dans une hiérarchie, entreprise,
institution, famille ? Le refus d’obtempérer sera rapidement invalidé comme
« œdipe mal liquidé », la révolte sociale comme « fixation au
stade anal ». Mais il y a, pour ceux qui aiment la littérature, un autre
sujet d’agacement.
Le rapport de domination de la psychanalyse sur les formes de savoir qui
portent sur le même objet, la psyché, était là au départ, montre Pierre
Bayard, avec un humour agressif. Freud, en effet, a cherché dans la
littérature la confirmation des théories qu’il inventait. La littérature
tendait vers la psychanalyse sans le savoir, et la psychanalyse l’a en
quelque sorte résorbée du fait même qu’elle a pris naissance comme avènement
de tous les savoirs potentiels. Ce n’est pas Sophocle qui a inventé
l’œdipe ; il en était seulement le messager, un messager ignorant le contenu
du message qu’il transportait.
Le paradigme de la psychanalyse (ou, pour parler ancien, son système de
pensée, sa grille de lecture) exerce aujourd’hui une telle souveraineté
qu’il ressemble, ce paradigme, à un système d’exploitation en informatique.
La psychanalyse, c’est le « système Windows » de l’appareil psychique ; la
suprématie de Freud est de même ordre que celle de Bill Gates ; le freudisme
a pris la place, dans toutes les approches de la psyché, de Microsoft pour
les ordinateurs personnels. Les applications – ce qui permet de lire un
fichier informatique (ou un fait psychique) – doivent être compatibles avec
le système, sinon elles périssent de non-emploi. Dès lors, la question, si
l’on veut continuer à produire de la pensée sur soi et sur les relations
entre les êtres humains, est : comment sortir du paradigme de la
psychanalyse ?
Pierre Bayard, dont les travaux de critique littéraire sont très
inspirés, au meilleur sens du terme, par la psychanalyse, a trouvé pour son
compte une réponse à la question « Comment sortir de la psychanalyse non pas
à reculons, mais à l’avenir ? » : par la littérature. Il propose d’appliquer
la littérature, ou au moins certaines grandes œuvres de la littérature, à
l’étude de la psyché. La littérature en effet, produit des concepts.
Ainsi, on doit à Pascal l’idée du « divertissement » contre l’angoisse
existentielle, à Cervantès et à Flaubert celle de la « maladie de la
lecture » et du « lieu commun », à Proust la distinction du « moi profond »
et du « moi social », à Valéry le concept «d’implexe » ou la vie psychique
comme flux incessant, à Breton la notion du rêve prophétique, à Sartre
l’idée de la liberté comme création, à Nathalie Sarraute celle de
« tropisme » psychique.
La psychanalyse s’est appliquée à la littérature en y cherchant l’annonce
de ses propres concepts ; il serait temps d’appliquer la littérature à la
psychanalyse. Ce programme, finit par admettre Pierre Bayard avec un humour
autoravageur, est paranoïaque, car la littérature est ce qui nous analyse en
tant que sujet singulier. Tant mieux, « enfin seul », conclut notre
auteur, qui tient beaucoup à ne partager avec personne la pratique de la
littérature appliquée. On lui conseille cependant la lecture d’un livre déjà
ancien par lequel un psychanalyste, Alain de Mijolla, révélait, sur le cas
de Rimbaud, l’existence d’habitants masqués de notre for intérieur, Les
Visiteurs du moi.
Michel Contat, Le Monde,
vendredi 30 avril 2004
Les œuvres de fiction éclairent-elles les méandres
de nos esprits embrumés ?
L’essai littéraire est-il un genre en voie de
disparition ? Pierre Bayard ne s’en soucie pas trop, ni son éditeur, les Editions de Minuit. Tous les deux ans depuis une décennie, le premier donne
invariablement chez le second un ouvrage sur une question de littérature qui
se signale toujours par quelque chose d’excitant et d’inattendu. En fait,
Bayard est convaincu que la critique littéraire est en péril et que bien des
méthodes interprétatives ont fait faillite. Mais il n’en défend pas moins
une méthode, dite de la « littérature appliquée », en conjuguant la rigueur
d’une investigation serrée pour penser la littérature et un humour
pince-sans-rire qui ne croit pas trop au bien-fondé de la critique ou de la
théorie.
Ainsi, tour à tour, Bayard a démonté un roman d’Agatha
Christie pour prouver qu’Hercule Poirot s’était trompé de coupable (Qui a
tué Roger Ackroyd ?), s’est interrogé sur la possibilité de rattraper
des œuvres manquées de grands écrivains (Comment améliorer les
œuvres ratées ?), a montré que la disparité des lectures empêchait toute
interprétation stable d’un chef-d’œuvre – non sans s’être fendu de son
interprétation personnelle (Enquête sur Hamlet). Bref, il a
tout ensemble mis la critique en procès et jonglé avec quelques-unes des
possibilités méconnues qu’elle offre.
Dans son nouveau livre, Pierre Bayard attaque très fort
dès le titre : Peut-on appliquer la littérature à la
psychanalyse ? Boutade ? Paradoxe ? Car l’habitude est de se demander si
l’on peut appliquer la psychanalyse à la littérature. Non, Pierre Bayard est
sérieux – enfin presque. Très au fait de la théorie freudienne, il tient que
rabattre la psychanalyse sur le texte littéraire ne conduit pas à mieux
comprendre ce dernier mais tout au plus à apporter des confirmations à la
théorie de départ. Retrouver le complexe d’Œdipe dans Hamlet, c’est
s’assurer de la pertinence du modèle mais ce n’est pas éclairer l’œuvre. La
démarche s’enferme dans un cercle et ce cercle est vicieux.
La méthode Bayard, quant à elle, inverse les choses et
demande ce que la littérature peut dire à la psychanalyse. En regard de la
théorie du psychisme la plus élaborée dont nous disposions, elle se demande
ce que, à travers leurs fictions, les écrivains disent d’éclairant sur la
vie de l’esprit – bien souvent sans le dire vraiment. A partir de quoi, le
livre nous entraîne dans une promenade délicieuse, qui va d’Homère et
Chrétien de Troyes jusqu’aux fines pointes de la modernité. De chaque texte,
le critique extrait une proposition originale quant au fonctionnement de
l’esprit humain. Et cela nous vaut de petits démontages alertes et astucieux
où l’on croise du très beau monde, de Laclos à Maupassant, de Pessoa à
Murakami, de Borges à Calvino.
L’idée finale est qu’il ne faut pas violenter les
textes, les surinterpréter, mais bien les « mettre en suspens », faire en
sorte que leur sens se prolonge en nous, que s’en dégagent les éléments de
connaissance qu’il contiennent de façon disséminée et comme voilée. Démarche
que Bayard compare d’ailleurs au travail de la cure. Le grand attrait du
livre est que le critique ironise sans trêve sa méthode. Non content de
relever qu’elle n’a suscité aucun disciple, il se plaît à en pointer la
mauvaise foi ou les tendances paranoïaques. Coquetterie ? Convaincu de
l’extrême subjectivité de l’expérience critique comme du fait que le texte
perd beaucoup de son efficience dès que l’on en fixe le sens, Bayard estime
que sa méthode est vouée à une permanente déception. Mais il tient aussi que
se produisent à travers elle d’heureuses rencontres entre sujet et œuvre.
Jacques Dubois, Les Inrockuptibles, 9 juin 2004

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