
© Jean-Michel Rillon |
Christian Gailly est né en 1943.
Il a fait paraître aux Editions de Minuit :
Dit-il
1987, 192 p., 65 F
K. 622
1989, 128 p., 65 F
Lair
1991, 160 p., 75 F
Dring
1992, 160 p., 78 F
Les fleurs
1993, 96 p., 59 F
Be-Bop
1995, 192 p., 78 F
Coll. de poche « Double »
2002, 160 p., 5,30 €
Lincident
1996, 256 p., 98 F
Les évadés
1997, 256 p., 95 F
La passion de Martin Fissel-Brandt
1998, 144 p., 68 F
Nuage rouge
2000, 192 p., 85 F
Un soir au club
2002, 176 p., 11,90 €
Dernier amour
2004, 128 p., 12 €
Collection « Double »
Un soir au club
2004. 176 p., 5,30 €
|
|
|
Présentation
Sait-il, vraiment, Simon Nardis, qu'il rate son train
pour ne pas laisser passer sa chance ? Une chance double, celle de retrouver
la musique qu'il avait perdue et la femme qu'il n'espérait plus. Seulement
voilà, qui dit train dit horaire, qui dit horaire dit morale, qui dit morale
dit vie conjugale. Simon Nardis était déjà marié.
Presse
Love session
Nous avions laissé Christian Gailly dans les vapeurs troubles d'un très
beau Nuage rouge. Deux ans plus tard, le voici qui revient dans d'autres
fumées, plutôt bleutés, pour Un soir au club. Le titre est plus feutré, le
livre moins épais : serait-ce un roman en deux sets, une rhapsodie plus
modeste ? On ne sait jamais, avec cet écrivain de l'improviste, si la pièce
de chambre ne se transformera pas en symphonie free : Gailly aime les couacs
et les faux rythmes, les désaccords biffés à la main, en marge de ses
portées. C'est un drôle de musicien, en tout cas, qui a composé - de
K.622 à Be-bop, aujourd'hui réédité en poche - le parcours
faussement fléché de sa bibliographie zigzagante, slalomant sans cesse entre
Mozart et les standards. Un soir au club raconte à sa manière - retorse - ce
pont entre classique et jazz : retour, détour, renaissance. Le personnage
principal est un pianiste repenti, dont la carte de visite se confondrait
presque avec une pochette de disque Riverside : il s'appelle Simon Nardis,
Nardis est un thème de Miles Davis, et l'homme un ex-prodige pour happy few,
qui a quitté le smoking de virtuose ivre pour l'harmonie grise d'une vie
plus ordinaire.
Si son clavier réchauffait autrefois le public des clubs, son travail
consiste désormais à vérifier le chauffage de salles industrielles ou
commerciales : tout l'art de Gailly tient à de tels glissements de détail,
comme si - en passant de la moiteur figurée des concerts au propre du métier
d'ingénieur - le destin du personnage se trouvait déjà déterminé.
Fabrice Gabriel, Les Inrockuptibles, 8
janvier 2002
Façons de s'accorder
Voici un livre à la fois drôle et cruel, émouvant et brillant, sans
discontinuer d'une prodigieuse sensibilité. L'histoire ? Celle d'un coup de
foudre entre deux êtres plus très jeunes, qui eut lieu pendant un week-end
de juin, dans une ville quelque part en bord de mer. L'amour du jazz les
avait fait se rencontrer. Ils ne s'étaient plus séparés, comme prolongeant
l'accord musical qu'ils avaient tout de suite trouvé. Lui, ingénieur venu de
Paris pour une intervention dans une usine du coin. Elle, chanteuse,
propriétaire d'une boîte non loin de la gare. Il y buvait un verre, avant de
prendre le train du soir : le précédent était déjà parti. Un piano se
trouvait là, il n'avait pu résister à la tentation. Elle l'avait entendu,
avait pris le micro… La musique, comme référence ou comme rythme même de
l'écriture, habite en permanence les romans de Christian Gailly.
Jean-Claude Lebrun, L'Humanité, jeudi
10 janvier 2002
Christian Gailly, entre le jazz et l'âge
avoué
La mort de Suzanne sera le dénouement du livre, la révélation, le coup
de théâtre qu'on est en droit de révéler puisque tout le livre le promet et
tient cette promesse. Gailly s'explique : « Quand je tiens mon scénario, que
je sens que l'histoire ne m'échappera pas, je n'hésite pas à l'aborder dans
le désordre, dire la fin, je sais que je ne me perdrai pas. J'hérite alors
d'une situation proche du plaisir de raconter les choses oralement, avec les
incises, des digressions. » Du coup, tout le monde sait très vite que
Suzanne va se tuer en voiture, que Simon épousera Debbie en secondes noces,
et toutes ces choses qui font que le récit d'une seule journée d'été dans la
vie d'un homme, un soir, au club, couvre le passé et l'avenir de
quelques-uns.
Jean-Baptiste Harang, Libération,
jeudi 10 janvier 2002
Entre la fin et le commencement
Simon Nardis a renoncé au jazz, après une vie de pianiste pendant
laquelle il a chauffé bien des salles enfumées. Il est devenu technicien
chauffagiste, autre façon de s'occuper des espaces, et un dépannage
d'urgence le conduit dans une petite ville industrielle et balnéaire.
L'ingénieur qui l'accueille lui propose de terminer la soirée dans un club,
avant que le train ne le ramène à Paris où l'attend Suzanne, sa femme, et
quelques corvées familiales. Il manquera ce train et le suivant parce
qu'entre-temps, il aura vu un piano et rencontré Debbie.
L'histoire de Simon et Debbie, ce qu'il advient de Suzanne, nous
l'apprenons par un narrateur témoin, à tous les sens du mot. D'abord il a
été celui de Simon lors de son mariage. Ensuite il sait tout ce qui s'est
passé, et parfois plus. Ce narrateur accompagne ses amis dans l'espace et
dans le temps. Il revient en arrière, il anticipe, il raconte même ce qu'il
ne voit pas et curieusement, cette apparente incohérence dans le point de
vue sonne juste : Gailly travaille en peintre autant qu'en musicien ; il
compose. Et pour reprendre la belle formule de Picasso, quand il n'a pas de
bleu il prend du rouge.
Norbert Czarny, La Quinzaine littéraire,
16 janvier 2002
Le retour du pianiste de jazz
Les romans de Christian Gailly s'écoutent. Mélodies entêtantes -
phrases reprises où l'on introduit d'infimes modifications jusqu'à obtenir
la note désirée - sur les bouleversements silencieux de l'existence.
Romancier de l'infime et de l'invisible. Du médiocre transmué en
extraordinaire. Du quotidien transformé en aventure. Coloriste subtil de nos
grisailles ordinaires. La beauté d'un bleu sombre, le pli intérieur d'une
cuisse, l'affleurement d'une émotion, l'odeur revigorante de la mer.
L'arrivée de la vie quand on ne l'attend plus.
Marie-Laure Delorme, Le Journal du
dimanche, dimanche 20 janvier 2002
Jusqu'au bout de la nuit
Avec cette distance apparente, travaillée, qui fait le charme de toutes ses
narrations, Christian Gailly nous promène dans une histoire d'amour et de
passion qui est certes celle de son personnage, Simon Nardis, pianiste de
jazz jadis reconnu retrouvant son clavier, mais aussi la sienne. Pour
raconter ainsi les retrouvailles d'un musicien avec son instrument, évoquer
le fluidité d'un toucher, l'harmonie d'un duo, le délire jubilatoire d'une
improvisation et ce sentiment inouï que soudain tout décolle, que l'air
n'est plus que vibration et musique, il faut comme Gailly être un fou de
jazz. Car tout est jazz dans ce roman rose et noir où la vie et la mort se
croisent comme deux thèmes antagonistes. C'est la vie qui l'emporte bien
sûr, mais sans pouvoir tout à fait faire oublier la voix qui s'éteint et
dont le souvenir persiste, mélancolique et noir comme le son tourmenté d'une
contrebasse. On n'oublie rien, mais on avance.
Michèle Gazier, Télérama, 30 janvier
2002
Quand le jazz est là
Quand on aime à la folie certains livres, on se dit qu'on devrait leur
consacrer un immense article, mais l'occasion serait si belle qu'on en
dirait forcément trop. Tout ce que l'on veut faire savoir, c'est que Un soir
au club est, à la lettre, irrésistible. Passé la première page, comme la
porte du club, impossible de s'arracher à sa musique. La cadence de cette
prose, ses rythmes, ses ruptures, ses malices, son intensité, son
hypersensibilité font qu'on se met illico à la place du narrateur et que,
comme lui, on comprend la rechute de son ami Simon Nardis. Ou plutôt son
ressaisissement.
Jean-Pierre Tison, Lire, Février 2002
Sur un air de Gailly
Gailly est aujourd'hui sans conteste un écrivain béni, qui a su
inventer sa voix et faire une œuvre malicieuse, grave, subtile et même
dangereuse.
Simon Nardis est donc un déserteur qui, pour sauver sa peau - "nuit,
jazz, alcool, drogue, femme" -, a fui et trahi la musique. Avant, il
swinguait ; aujourd'hui, il chauffe les usines. Il va bientôt savoir qu'en
matière de chaleur il a perdu au change. Son drame : il doutait qu'il avait
un style. Doute fatal pour un musicien. Et puis, un soir au club, la musique
l'a repris par le plus grand des hasards. Cela s'est passé au Dauphin vert,
petit club d'une station balnéaire où il était venu régler un problème de
chaufferie ; un jeune pianiste a attaqué "On Green Dolphin Street". Il
découvrit alors son clone musical. Son imitateur parfait : un jeune qui
jouait comme lui jadis. Deux-trois vodkas fatales, lui qui était abstinent
depuis tant d'années, firent le reste. Le déserteur regagnait après une si
longue absence son vrai camp.
Gilles Anquetil, Le Nouvel Observateur,
jeudi 7 février 2002
Variations pour une rédemption
Le récit de la réintégration de Simon dans ses fougues vitales, lui qui
"périssait de tristesse" dans la sécurité. La tragédie qui, dès lors, se
trame, nous est d'avance annoncée, due à la fatalité du bonheur, celui de
Simon et de ses rythmes restitués mais aussi de Simon et d'une femme autre
que Suzanne : Debbie, chanteuse, propriétaire du club et d'évidence promise
à Simon, comme il lui était promis. Mais nous découvrirons que la tragédie
s'apprivoise. Car, au cours de ce bref passage professionnel par une ville
maritime, comment Simon échapperait-il à la nuit, l'alcool, le jazz, puis à
l'âpre fraîcheur du matin sur une plage, aux clartés de la mer, à l'émotion
d'une femme, au rétablissement de son destin ? Comment ne raterait-il pas un
train après l'autre et ne se dégagerait-il pas d'une indifférence qui lui
permettait de vivre sans amertume dans la perte ? Comment n'obéirait-il pas
à une force souterraine qui surgit irrépressible et l'expose aux périls de
la félicité ? Comment Suzanne échapperait-elle à l'intuition de cette fuite,
à l'inquiétude, à la décision de venir chercher celui qu'elle aime tant
protéger ? Comment Debbie ne tenterait-elle pas d'entraîner un homme qui lui
appartient déjà, auquel elle se sait vouée ?
Viviane Forrester, Le Monde, vendredi
8 février 2002
 |