
© Louis Monier/Gamma |
Jacques Serena est né en 1950.
Il a fait paraître aux Editions de Minuit :
Isabelle de dos
1989, 128 p., 14 €
Basse ville
1992, 128 p., 9,91 €
Lendemain de fête
1993, 176 p., 16,50 €
Rimmel (théâtre)
1998. 104 p., 8,99 €
Plus rien dire sans toi
2004. 160 p., 11,50 €
L'Acrobate
2004. 128 p., 13 €
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Présentation
Un type s'incruste chez une « Great
Lady » pour se remettre en selle, et pouvoir s'en sortir avec son amie. Il
sent qu'il a encore en lui des richesses, se donne à fond, il est subtil,
audacieux, devient indispensable, mais, pour l'instant, il est le seul à
l'avoir remarqué. Dommage, dit son amie, on le sous-emploie, vraiment
dommage, renchérit son amie, à qui il envoie des provisions, bien qu'un soir
à Montfort-sur-Argens elle ait salement merdé et ne le reconnaîtra jamais.
Presse
Un
peu comme le Jack du livre, Jacques Serena a publié trois romans, le dernier
il y a près de dix ans, depuis, comme Jack, il a écrit pour le théâtre.
Souvent, comme Jack, il a l'air malheureux. On ne sait pas s'ils ont d'autre
point commun, sinon ce superbe bagout de raconter la vie des gens comme si
on était dans leur tête, une tête justement où on aimerait ne pas être, vu
le bordel qu'il y a là-dedans, et pourtant on reste parce qu'on a commencé
et qu'il faut bien finir ce qu'on a commencé, fallait pas commencer,
maintenant on est pris, on se sent responsables de ce type que Serena vient
nous coller sur les bras, au début on voudrait que ça finisse bien, à la fin
on voit bien que cette histoire était foutue d'avance, responsables mais
aussi coupables de l’écouter sans savoir l'interrompre, de l'écouter comme
des voyeurs (peut-être existe-t-il un mot pour les voyeurs qui écoutent), et
pour finir on se dit si ça se trouve ce type est un sale type, qu'il se
démerde, après tout, il l'a bien cherché, c'est vrai quoi.
C'est vrai, mais c'est trop tard, on a tout lu, éberlués, magnétisés par
ce monologue entêté et tortueux, au fil pourtant limpide comme ces ruisseaux
en cascades qui plongent plus bas que terre et resurgissent n'importe où
entre vos jambes, avec l'évidence d'une même eau ininterrompue. Cette
limpidité est une illusion, un truc de magicien, le coup du type qui parle
tout seul à tue-tête dans un livre écrit et lu en silence, pas facile, il
faut jouer avec le son, que tout s'entende, les virgules et les points ne
sont pas à la disposition du lecteur comme ailleurs, pour se reposer les
yeux, non, ils battent la mesure, les points tombent au tempo tant pis si la
phrase n'est pas finie, mais du coup elle est finie puisqu'il y a un point,
il faut un sens entre les points, la grammaire attendra, c'est le souffle
qui commande, un mauvais souffle de fumeur, sans compter son poumon malade,
une respiration à reprendre ou un silence obligé entre deux mesures, on
écrit et on lit des choses comme ça : « Marrant que je ne me rappelle pas
le mot, parce que moi, d'habitude, les mots. » ou : « Sinon, dans
l'ensemble, ça va. » Des courtes au début pour se faire l'oreille,
trente pages plus loin on est capable d'entendre : « Moi, je veux bien te
dire, en ce qui me concerne, s'il faut ça pour bien te convaincre que je
suis, moi, mal placé pour jeter la pierre à qui que ce soit, parce que moi,
tu peux croire que j'ai vécu des moments bien plus forts, bien meilleurs et
bien pires, dans ce domaine, et dans pas mal d'autres, des choses qui,
franchement, en comparaison. » Point et fin du paragraphe, ligne blanche
le temps de tourner une page de la partition, le son reste suspendu et
reprend par cette phrase sœur : « Mais bien sûr qu'à l’époque, sur le
coup. » Point. Comme quoi il ne faut pas manquer le début quand on
écoute aux portes, sinon on ne comprend rien.
Parce que ce que dit Jack ne nous regarde pas, c'est privé, il s'adresse
à une femme, la sienne, au moins qui fut un moment la sienne, elle en sait
assez de leur histoire pour qu'il n'ait pas à mettre les points sur les i,
et pourtant il ne fait que ça lui mettre les points sur les i, d'autres
points sur d'autres i, surtout depuis qu'à Montfort-sur-Argens, un soir, à
deux reprises elle est allée à l'autre table, elle a goûté les spaghettis
d'un autre,; lui a dessiné ou écrit sur la nappe en papier, et même offert
un rouleau de réglisse. Bref, comme il dit, elle a merdé et tout a merdé. On
se doute bien qu'elle n'entend pas, on sait qu'elle ne répond pas, il répond
pour elle, il dit «Tu me diras», mais elle, on ne l'entend pas. Lui
aussi a merdé, bien sûr, mais ne se sent pas encore tout à fait largué,
comme ces zonards qui parfois traversent comme des ombres son discours, il a
de l'énergie à revendre, il en vend et il en donne, il en donne à son
discours faisant défaisant et refaisant sans cesse le coup de
Montfort-sur-Argens parce que la main sur la cuisse de l'autre ce n'est tout
de même pas lui qui l'a mise, elle a beau dire que c'était pour son bien à
lui Jack, difficile à avaler, le reste de l'énergie, il le vend sans trop
s'en vanter à la Great Lady. Jack vit chez la Great Lady, une vieille
chanteuse, buveuse de cocktails, fumeuse de pétard, embrumée de tulle lilas,
impotente potentat d'opérette, courtisée de fantômes, et plus si affinités.
Il est arrivé là en tant qu'auteur pour écrire en nègre l'autobio de
l'artiste qui peut-être acceptera de le citer sur la couverture. Il la
porte, la nourrit, la lave, la frictionne, et plus si affinités. Il la vole
un peu aussi, il gratte sur les courses pour en envoyer à son amie, qu'il
dit. Il lui mange ses médicaments pour se charger un peu. Moitié esclave,
moitié gigolo, feignant d'être libre et perspicace, Jack se lance dans les
160 pages du monologue de la jalousie, pitoyable et apitoyé, il se noie puis
surnage dans un discours qu'il ne prononce peut-être pas mais que Jacques
Serena a écrit pour lui dans une langue inouïe. Inouïe mais entendue, et
reçue en plein cœur par qui porte en soi quelque échantillon de la faiblesse
humaine.
Jean-Baptiste Harang, Libération,
jeudi 17 octobre 2002
En
2000, Jacques Serena publiait aux Solitaires intempestifs Velvette,
texte créé sur scène par Joël Jouanneau, avec Jeanne Balibar accompagnée à
la guitare par Rudolphe Burger. En avant-propos, ces mots : « Tout ce que
j’écris a toujours un rapport avec le Velvet Underground. Celui qui a choisi
de s'en tirer. Se survivre, une des tentations. Celle qui a été jusqu'au
bout des conséquences. L'autre tentation. Ce texte est un de ceux qui
tournent au plus près autour de ça, d'elle.» Dans Plus rien dire sans
toi, la silhouette de Nico, la blonde égérie du Velvet, apparaît de
nouveau en fantôme, jamais nommée vraiment, toujours devinée, ressuscitée
sous les vapeurs d'encens de sa chambre lilas. Jack, le narrateur du roman,
décide d'écrire la biographie de la « Great Lady » et devient l'homme de
chevet de cette femme fatale plutôt décatie. La nuit, de retour chez lui, il
prend les trains du passé qui le ramènent vers son ancienne compagne. Vers
celle « avec qui je comptais un jour vivre, c'est-à-dire partager ma seule
et unique vie, la fille pour qui, dans le seul but de rendre ma vie possible
avec elle, je m'accrochais à la Great Lady ». Mais elle lui tourne le dos,
le lui tournait déjà avant, récurant là une casserole, ici essuyant un
verre, jamais présente en même temps que lui au même moment. Alors il parle
à son absence, dans cette langue abrupte, heurtée et haletante précipitée
vers l'avant, ou vers l'autre, avec « la pensée qui se cogne aux murs, sans
savoir si ça va rebondir, s'écraser ou si ça va quelque part ». Et même si
l'on a parfois du mal à savoir où va ce rapide qui semble avoir été pris en
marche et où la cadence effrénée des phrases va se modifier, on reste
scotché à ce flux de paroles fiévreuses. Happé par leur vibration, comme par
un appel d'air.
Catherine Dupérou, Page, novembre 2002
Une ancienne actrice, très âgée, qui a
toujours un joint au bec, un cocktail à la main et des courtisans à ses
pieds, s'offre un nouveau caprice: un nègre. Pour écrire son autobiographie.
Coucher sur le papier la vie de l'ex-star n'est déjà pas une sinécure, mais
il faut aussi changer ses draps, ses couches et lui tenir le crachoir. Au
propre et au figuré. Il faut même réveiller ses fantasmes en participant à
des tableaux vivants. Lestes, pour le moins. Et, après le départ des autres
figurants, il faut encore soigner sa libido, avec un doigté d'infirmier.
Ainsi fait donc le nègre en question auprès de celle qu'il surnomme «Great
Lady». Et qui l'appelle Jack.
Pour remplir leur fonction, les mercenaires de la plume ont recours au
même truc que ceux du plumard; il leur suffit de penser à quelqu'un d'autre
pour trouver l'inspiration. D'ailleurs, d'une façon générale, sans la
liberté de fermer les yeux, au lit, la fidélité tournerait vite au fiasco.
C'est la permutation des présences qui permet de garder le cœur à l'ouvrage!
Jack, pour tenir le coup, ne cesse donc de penser à une femme dont il est
fou. Et de lui parler intérieurement. Il lui raconte tout ce qu'il fait à
Great Lady. Ce tout constitue le cinquième roman de Jacques Serena: Plus
rien dire sans toi.
Auteur oublié, mais publié naguère et même joué au théâtre, le
nègre-narrateur de ce roman a du vocabulaire, du style, un tempo, bref, un
don littéraire qui ne trouve plus à s'employer que dans ce monologue
intérieur. De même, l'ex-star, si absente des médias que d'aucuns la disent
«clamsée», n'a plus d'autre public que ses groupies prosternés. Des «tarés»
aux yeux du nègre, caustique à souhait. Leur idole est décatie, mais dans
son sanctuaire tamisé, fleuri de lilas blanc, elle leur apparaît comme une
déesse, une Dietrich, une Garbo, une Arletty. En vérité rien ne prouve
qu'elle ait jamais atteint ce degré de célébrité. Eux, pour se faire bien
voir, passent «leur journée à guetter le meilleur moment pour lui lire une
page de manuscrit débile, ou lui montrer un dessin inepte, ou un press-book
risible, ou se mettre tout à trac à lui beugler un couplet de leur
composition, en précisant que c'est d'eux, comme si on pouvait en douter».
Sous la plume de Jack, la comédie jouée chez la vieille vedette
s'interrompt souvent pour faire place à une scène de ménage, qu'il revit de
manière obsessionnelle depuis des années: un soir, dans un restaurant de
Montfort-sur-Argens, cette femme dont il est fou, qui venait de lui jurer
encore un amour éternel, a préféré s'asseoir à la table à côté. Elle semble
même avoir flirté avec un des convives. Jack déroule le film de cette soirée
image par image. Il décortique le dialogue. Interprète chaque silence. Se
repaît sans fin de sa souffrance. Il passe du chagrin à la fureur, de
l'imprécation à l'imploration, et puis ça repart, dans l'autre sens. «Fini,
dit-il, mon côté mortifié incurable, l'éploré déplorable ne s'y croit plus à
plein temps. Maintenant, la plupart du temps, moi, c'est recul, lucidité,
humour, il faut bien.» Cette bonne blague !
On imagine la femme à laquelle ce discours s'adresse. On comprend
que, soûlée de tirades, elle ait préféré se concentrer sur son évier, ses
passoires et ses tâches ménagères quand reprenait, à plein volume, le grand
air de la jalousie. On comprend qu'elle ait justement voulu changer d'air.
En changeant de table, de compagnie. Mais lui exige qu'elle s'explique. Son
silence le tue: «Avec les mots en trop on peut toujours s'arranger, alors
qu'avec les mots en moins.»
Le despotisme peut commencer avec la volonté d'être écouté. C'est le rêve
de tout amoureux. Comme c'est celui de tout écrivain d'être lu. Et, une fois
le lecteur accroché, de le tenir en haleine, captif. Non plus par une
permutation mais par une transmutation qui est le miracle même de l'art.
Tout ce qui dans la «vraie vie» est à fuir peut devenir source de plaisir.
En l'occurrence le ressassement du discours jaloux. Avec, attention! cet
élément capital que Great Lady se plaît à rappeler et qui vaut pour le
plaisir sexuel comme pour le textuel: «Connaître d'instinct la dose de
satisfaction et de frustration». Serviteur de deux maîtresses, une rupine et
une pauvresse, Jack est obligé de conserver l'une pour reconquérir l'autre.
Scribe accroupi, amoureux agenouillé, il est deux fois nécessiteux.
Quand les miettes du festin ne suffisent plus, lui viennent des idées de
butin. Mais un Christ grandeur nature, au fond d'un placard, le tient à
l'œil. Cette présence ajoute au mystère de l'endroit. Planent sur ce roman
bien d'autres mystères. Dont celui d'un règlement de comptes dans la nuit
des forains. Et la mort ne rôde pas seulement autour du tube à oxygène de
Great Lady. Jack a eu de très graves problèmes pulmonaires. Qui pompe l'air
de qui? Quand la dictée devient-elle diktat? Quand les fauchés seront-ils
écoutés? Le tout, dans le despotisme, c'est d'être éclairé. A ce titre,
l'écriture de Jack ou plutôt de Jacques Serena exerce un pouvoir dont l'abus
même devrait être encouragé.
Jean-Pierre Tison, Lire, décembre 2002
Trouver le rythme,
la bonne vitesse de lecture. Ni trop lente ni trop rapide. Soutenue. Ne pas
se laisser bercer. Nous ne sommes pas, mais alors pas du tout dans une de
ces fameuses « petites musiques » tellement agréables à l'oreille. Encore
moins dans une berceuse. Dans Basse ville, son deuxième roman publié
chez Minuit en 1992, puis dans Lendemain de fête un an plus tard,
Jacques Serena invitait son lecteur à lâcher prise pour écouter ce
qu'habituellement il résiste ou répugne à entendre : les naufrages
ordinaires, les mondes parallèles, la misère refoulée aux portes des villes,
la précarité sans solution... Serena n'avait pas trouvé un style adapté,
comme de l'extérieur, aux histoires qu'il racontait.
Ce rythme saccadé, haletant de l'écriture était la substance même de son
propos. Les personnages semblaient avoir été conçus dans la matière de la
langue. Près de dix ans plus tard, après un détour par le théâtre, Jacques
Serena revient au roman avec un livre plus radical que les précédents. Le
titre circonscrit déjà cette radicalité : Plus rien dire sans toi. Au
bord de ce refus farouche et d'un silence annoncé, le narrateur monologue.
Près de lui, il y a « Great Lady », une vieille artiste fanée, une
« cinglée au bout du rouleau » noyée dans ses rêves alcoolisés et
envahis par la fumée du cannabis. Il est censé l'aider à rédiger son «
autobio ». Maigre lien avec une réalité dont la littérature est la
caricature. En attendant donc, il parle sans fin à la femme qui
l'a abandonné. Ce n'est pourtant pas l’heure des bilans que l’homme trompé,
jaloux, rumine pour guérir, ou pour se faire plus mal encore. «... Quand
on n'a rien compris à ce qu'on a vécu, on est bien condamné à le revivre, et
le revivre, et le revivre, alors, fatigue, inanité, gâchis... » Le
drame se joue et se noue au cœur même des phrases. Loin de toute caricature.
Avec une force et une âpreté magnifiques.
Patrick Kéchichian, Le Monde,
vendredi 20 décembre 2002
Il y a une dizaine d’années, Jacques Serena a publié
chez Minuit trois romans : Isabelle de dos, Basse Ville et
Lendemain de fête. A l'époque, il gagnait sa vie sur les marchés de la
Côte d'Azur en vendant des bracelets de sa fabrication. On sentait bien que
ce travail de forain était une alternative à des dérives autrement violentes
qui se reflétaient dans ses livres où les êtres se débrouillent à l'extrême
limite de la déchéance totale. Pendant les dix ans qui ont amené à Plus
Rien dire sans toi, Serena a écrit pour le théâtre (Rimmel, 1998)
et dirigé des ateliers d'écriture en milieu carcéral.
Celui qui mène son monologue obsessionnel dans ce nouveau roman a trouvé
une niche dans les marges d'un monde qui lui est très hostile. C'est de cet
étrange abri qu'il adresse un discours en boucle à une femme à l'extérieur,
dont on ne sait rien mais dont on peut imaginer qu'elle se clochardise
lentement. Ce serait son destin à lui aussi s'il n'avait trouvé sa place aux
côtés de la Great Lady. Elle a connu des heures de gloire comme chanteuse.
Il lui reste une fortune que convoite un troupeau de parasites qu'elle élit,
rejette et reprend selon son caprice. Lui veille sur les moindres désirs de
la diva, soigne ce corps friable et décrypte habilement les exigences
muettes et compliquées de sa patronne. A lui seul, elle consent à livrer
quelques souvenirs: il est son nègre, chargé de rédiger son autobiographie.
On l'a crue morte d'une chute à vélo comme Nico, l'égérie du Velvet
Underground, mais elle est bien là dans son enveloppe charnelle quasi
momifiée.
Il la sert, donc, et la vole aussi un peu : de la nourriture qu'il envoie
à la femme du dehors; des médicaments pour lui, en souvenir d'autres
défonces. Le soir, parfois, il erre dans les rues et observe de loin les
clochards auxquels il pourrait ressembler. Un jour, espère-t-il, il héritera
ou s'emparera de quelques-uns des fabuleux bijoux pour vivre en paix avec
son aimée. En attendant, il ressasse, regardant sans cesse les mêmes
fragments de film, creusant jusqu'à l'os un vieux et inépuisable grief : un
soir, cette femme à laquelle il s'adresse a commis une trahison. Avec un
soin paranoïaque, il analyse les moindres détails de cette soirée à
Montfort-sur-Argens au cours de laquelle elle a «tout foutu en l'air». La
phrase se déroule, enserre l'adversaire, le prend en défaut, puis s'arrête
net, brisée, suspend son élan, reprend. On étouffe dans ce filet de mots,
englué dans la rhétorique d'une monstrueuse scène de jalousie. Lui
s'accroche à son discours, c'est tout ce qui le tient debout même s'il n'y
croit probablement plus. A bout de souffle, il conclut: «[...] Au fait, tu
ne m'as encore rien dit, pas grave, on commence à y voir plus clair on
dirait.» Tu parles : on le sent prêt à recommencer, mendiant l'attention,
odieux et pathétique, qu'on voudrait fuir et qui vous retient attaché
jusqu'à la dernière ligne.
Isabelle Rüf, Le
Temps, samedi culturel, 4 janvier 2003
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