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La musique invente, construit, fait des corps. Nos corps, mais qu'il nous reste à lire et relire. Ce sont non seulement des corps techniques - ces prothèses, ces artefacts que forment les instruments -, mais aussi des corps vivant d'une vie étrange, fantomatique et survivante : aussi inouïs qu'une main avec plus de cinq doigts, que des pieds qui respirent tels des poumons, qu'un toucher à distance et sans contact. L'Organologie, cette respectable discipline qui recense les corps sonores, est ici interrogée et quelque peu malmenée dans son corpus séculaire, pour qu'elle livre ce qu'elle recèle et préfère généralement cacher : des organes inédits, des hybridations et des greffes sorties d'une fiction agissante, des monstres et des chimères qui guettent l'occasion pour prendre corps, en effet(s). Au-delà de ces corps singuliers que la musique compose et dépose, ce sont enfin des figures d'un corps collectif, "social", qui surgissent au milieu d'un appareillage d'innervations à distance, télépathiques. Table des matières … je suis là, dans cette chambre…- Les corps interprétants
- Effictions - Organologiques (1) : l'effacement des corps - Retouches, ou
le retour des corps - Idiotismes, ou le dialecte des corps - Monk, une
légende - Trace de doigts - Rhétorique digitale - Ablations de greffes
("trop de doigts") - Doigts romantiques ("système du toucher") - Pieds -
Joyeuses tropiques (évolution, révolutions) - Deux dépêches (l'une fictive,
l'autre rêvée) - Organologiques (2) : l'autophonie - Genèse (1) : clavecin
oculaire, orgue de saveurs - Télépathie - Scrupules (clonages et suppléance)
- Conduire (vu de dos) - Genèse (2) : Fantasia, ou la "plasmaticité" -
Toucher à distance - Organologiques (3) : l'aréalité - Corps électriques -
Formations de masses - … j'étais transporté… (post-scriptum) Dans Membres fantômes, Peter Szendy parcourt l'histoire de l'organologie, cette ancienne discipline ayant comme objet les instruments musicaux, mais pour y adjoindre l’adaptation des organes humains nécessaires pour en jouer. Dans les deux cas, il s'agit d’une fabrication proliférante, voire d'une véritable transmigration de l'organique au machinique et vice versa. Songeons aux différentes pédales qu'on a appliquées à l'orgue, pour en réguler le vent (finalement réduites à deux dans le piano : pédales douce et forte justement) - avec ce singulier déplacement d'organes des poumons aux pieds. Suivons aussi, avec Szendy, l'extraordinaire façonnement de la main ( à partir de Couperin) pour obtenir une force comparable de chaque doigt sur le clavier et ainsi «lier les touches, lier les doigts, les mains, mais aussi se lier (à) soi en une phrase qui soit une, qui fasse corps et qui construise l'unité sonore de "mon" corps». Mais ce couplage de plus en plus serré du corps et de l'instrument, leur fécondation réciproque, finit par rencontrer - avec les moyens de transmission à distance,les instruments d'enregistrement et de réécoute - une autre spatialité, un milieu musical proprement fantomatique dans lequel les corps baignent au-delà de toute instrumentation organique. Jean-Baptiste Marongiu, Libération, 14 novembre 2002
A l'écoute de son corps. Musicologue dont les
traités marivaudent en terres fictionnelles, Peter Szendy n'aime rien tant
que ce «quelque chose qu'il y a en plus de la musique». Après un ouvrage
consacré aux circonvolutions des conduits auditifs (Ecoute, une Histoire
de nos oreilles, Minuit ; lire le Samedi Culturel du 10 février 2001),
l'auteur français s'attache aujourd'hui à la dissection d'appendices
impalpables, ces «Membres fantômes des corps musiciens» que négligent
d'ordinaire les traités musicaux. Nicolas Julliard, Le Temps, samedi culturel, 30 novembre 2002
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© Les Éditions de Minuit
Conception et réalisation : Philippe
Menestret