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© Hélène Bamberger
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| Gilles Deleuze
est né en 1925. Il est mort en 1995..
Il a fait paraître aux Editions de Minuit :
PRÉSENTATION DE SACHER-MASOCH
(suivi du texte intégral de "La Vénus à
la fourrure"), 1967, 276 p., 16,50 €
SPINOZA ET LE PROBLÈME DE L’EXPRESSION
1968, 336 p., 17,53 €
LOGIQUE DU SENS, 1969
392 p., 18 €
L’ANTI-ŒDIPE
(en collaboration avec Félix Guattari)
1972, 496 p., 25 €
KAFKA. Pour une littérature mineure
(en collaboration avec Félix Guattari),
1975, 160 p., 11 €
RHIZOME
(en collaboration avec
Félix Guattari), 1976 (repris dans Mille
plateaux)
SUPERPOSITIONS
(en collaboration
avec Carmelo Bene)
1979, 136 p., 9,91 €
MILLE PLATEAUX
(en collaboration
avec Félix Guattari)
1980, 648 p., 19 illust., 29,75 €
SPINOZA. Philosophie pratique
1981, 180 p., 10,52 €
Cinéma 1 - L’IMAGE-MOUVEMENT
1983, 296 p., 17,50 €
Cinéma 2 - L’IMAGE-TEMPS
1985, 384 p., 19,85 €
FOUCAULT
1986, 144 p., 10,67 €
PÉRICLÈS ET VERDI. La philosophie de François
Châtelet
1988, 32 p., 4,57 €
LE PLI. Leibniz
et le baroque
1988, 192 p., 14,94 €
POURPARLERS
1990, 256 p., 12,04 €
QU’EST-CE QUE LA PHILOSOPHIE ?
(en collaboration avec Félix Guattari),
1991, 208 p., 14,79 €
L’ÉPUISÉ (in Samuel Beckett, QUAD)
1992, 112 p., 8,99 €
CRITIQUE ET CLINIQUE
1993 192 p., 13,42 €
L'ÎLE DÉSERTE
2002.
416 p., 25,50 €
SPINOZA
PHILOSOPHIE PRATIQUE
Collection "Reprise"
2003. 176 p.,
10 €
POURPARLERS
Collection
"Reprise", 256 p., 10 €
FOUCAULT
Collection "Reprise", 144 p.,
8 €
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Présentation
« Quoi de plus gai qu’un air du temps ? Il y a
actuellement beaucoup d’études profondes sur ces concepts de différence et
de répétition. Tant mieux si j’y participe, et si, après d’autres, je pose
la question : comment faire en philosophie ? Nous sommes à la recherche
d’une "vitalité". Même la psychanalyse a besoin de s’adresser à une
"vitalité" chez le malade, que le malade a perdue, mais la psychanalyse
aussi. La vitalité philosophique est très proche de nous, la vitalité
politique aussi. Nous sommes proches de beaucoup de choses et de beaucoup de
répétitions décisives et de beaucoup de changements. »
Gilles Deleuze, mars 1968.
Table des matières
Présentation
1. Causes et raisons des îles désertes
2. Jean Hyppolite, Logique et existence
3. Instincts et institutions
4. Bergson, 1859-1941
5. La conception de la différence chez Bergson
6. Jean-Jacques Rousseau précurseur de Kafka, de Céline et de Ponge
7. L’idée de genèse dans l’esthétique de Kant
8. Raymond Roussel ou l’horreur du vide
9. En créant la pataphysique Jarry a ouvert la voie à la phénoménologie
10. "Il a été mon maître"
11. Philosophie de la Série Noire
12. Gilbert Simondon, L’individu et sa genèse physicobiologique
13. L’homme, une existence douteuse
14. La méthode de dramatisation
15. Conclusions sur la volonté de puissance et l’éternel retour
16. L’éclat de rire de Nietzsche
17. Mystique et masochisme
18. Sur Nietzsche et l’image de la pensée
19. Gilles Deleuze parle de la philosophie
20. Spinoza et la méthode générale de M. Gueroult
21. Faille et feux locaux
22. Hume
23. A quoi reconnaît-on le structuralisme
24. Trois problèmes de groupe
25. "Ce que les prisonniers attendent de nous…"
26. Les intellectuels et le pouvoir (avec Michel Foucault)
27. Appréciation
28. Deleuze et Guattari s’expliquent
29. Hélène Cixous ou l’écriture stroboscopique
30. Capitalisme et schizophrénie (avec Félix Guattari)
31. "Qu’est-ce que c’est, tes "machines désirantes" à toi ?"
32. Sur les lettres de H.M.
33. Le froid et le chaud
34. Pensée nomade
35. Sur le capitalisme et le désir (avec Félix Guattari)
36. Cinq propositions sur la psychanalyse
37. Faces et surfaces
38. Préface à L’Après-Mai des Faunes
39. Un art de planteur
Bibliographie générale
Index
Le Magazine littéraire de février 2002 consacre son dossier à Gilles
Deleuze.
Le n°47 de la revue Philosophie (ISBN 2.7073.1528.1) sur Gilles
Deleuze est toujours disponible (96 p., 9,76 €).
Presse
Deleuze, accélérateur
En vitesse. Car c'est sa manière
singulière d'exister, la vitesse. Ou plutôt l'accélération. Il existe en
effet des régimes de vélocité uniformes et linéaires, rien à voir avec celui
de Deleuze, quelle que soit leur grandeur. Lui se reconnaît entre tous à une
modalité particulière d'accélération. Pas commode à décrire. Vibrante,
variable en intensité et incessante en mouvement, elle s'empare des textes,
des concepts, du lecteur pour les faire entrer, à leur tour, dans un
mouvement imprévisible, et comme dépourvu de centre. Cette accélération a
quelque chose d'un grand vent, elle est tout entière agitée mais elle n'a
pas d'intérieur, rien ne l'enclôt. On se souvient peut-être que le jeune
Sartre écrivait, en commentant Husserl : "Si par impossible vous entriez
"dans" une conscience vous seriez saisi par un tourbillon, et rejeté au
dehors, près de l'arbre, en pleine poussière. Car la conscience n'a pas de
"dedans"." C'est une expérience analogue, à peu près, que connaît tout
lecteur d'un texte de Deleuze : on n'y entre pas, on y est pris comme dans
un tourbillon et lancé sur de nouveaux circuits.
Exemple. Vous n'avez sans doute jamais réfléchi à ce qu'est une île.
Vous n'y avez peut-être jamais vu, bêtement, qu'un bout de terre. Alors que
seule importe l'eau, l'étendue autour, la séparation qui constitue l'île
comme lieu sans lien. Dans le texte, inédit et très beau, qui ouvre ce
recueil, Deleuze accélère à sa manière cette séparation, finissant par
montrer qu'en un sens toute île est déserte. Quand bien même elle est
habitée. Les hommes vivant sur l'île deviennent la conscience de sa
séparation. Mais il ne suffit pas encore de mettre en mouvement, l'un par
l'autre, la géographie et l'imaginaire. Il faut encore intensifier le
mouvement, considérer les romans consacrés aux îles comme des manières de
mettre en scène le psychisme, en venir à cette définition inattendue : "La
littérature est le concours des contresens que la conscience opère
naturellement et nécessairement sur les thèmes de l'inconscient ; comme tout
concours elle a ses prix." C'est un article de 1953. Deleuze
avait 27 ans. Il commençait à trouver sa vitesse.
Les textes réunis dans ce volume font voir, de façon ramassée, comment
l'accélération deleuzienne se développe au fil des ans selon des modes
différents. L'ensemble s'échelonne sur une vingtaine d'années, de 1953 à
1974, et regroupe des articles, comptes rendus, préfaces, entretiens. On y
trouve du sérieux, soumis à l'inévitable décalage qui emballe en secret les
rouages. Bergson, Rousseau, Kant, Nietzsche changent ainsi d'allure. Des
contemporains aussi : Kostas Axelos, Gilbert Simondon, Martial Gueroult,
Michel Foucault, Hélène Cixous, Jean-François Lyotard, auxquels Deleuze
consacre des études presque toutes passionnantes. On s'attardera sur du
curieux : la philosophie de la Série noire, Alfred Jarry précurseur de la
phénoménologie, ou encore un article de 1964, surprenant et superbe, en
hommage à Sartre, dont on oublie souvent que Deleuze l'a lu et admiré.
Roger-Pol Droit, Le Monde, 8 mars 2002
Une boîte à outils
Les publications posthumes sont
souvent décevantes. Utiles certes, nécessaires même pour que l'accès à
certains textes redevienne possible. Mais pour un article essentiel, combien
de scories, phrases volées dans un entretien sans importance, billets de
circonstance, écrits de jeunesse si éloignés des préoccupations à venir… ?
L'Ile déserte et autres textes, recueil des textes introuvables
publiés par Deleuze entre 1953 et 1974, ne décevra pas ses lecteurs : pas de
fonds de tiroir, pas de textes antérieurs à la publication de Nietzsche,
pas de communiqués, ni réponses à des questionnaires ou pétitions, etc.
Ainsi l'avait voulu Deleuze. Autre choix éditorial visible : les textes sont
là, sans cet apparat critique qui, à force de vouloir les éclaircir, les
rend trop souvent illisibles - monuments inaccessibles enfouis sous les
commentaires et les défenses d'entrer. Tout juste ce qu'il faut pour situer
une intervention, retrouver une référence, identifier un protagoniste. Ici
encore, on ne saurait rêver posture plus appropriée au souhait du
philosophe : "C'est ça, une théorie, c'est exactement comme une boîte à
outils. Rien à voir avec le signifiant… Il faut que ça serve, il faut que ça
fonctionne. Et pas pour soi-même. S'il n'y a pas des gens pour s'en servir,
à commencer par le théoricien lui-même qui cesse alors d'être un théoricien,
c'est qu'elle ne vaut rien, ou que le moment n'est pas venu" (texte 26 :
"Les intellectuels et le pouvoir", entretien avec Michel Foucault du 4 mars
1972, p. 290). A nous, donc, de faire fonctionner tout ça.
David Rabouin, Magazine littéraire,
février 2002
Irrécupérable
Deleuze est mort - et il faut un nouveau
livre pour nous ramener à l'évidence. Un livre sans vie : rien sur le Maître
et ses disciples (auto)proclamés, rien sur les heures héroïques de
Vincennes, pas de photos et pas un mot sur les surfeurs qui avaient trouvé
dans Deleuze un penseur branché pour les jours de tempête. Un recueil
d'articles et d'entretiens qui font de Deleuze une pensée vivante et un
classique de la philosophie. Vu ainsi, L'Ile déserte ressemble
étrangement au paysage deleuzien : un bout de terre émergé, détaché du
continent de la philosophie académique, un pli et une fracture issus des
mouvements tectoniques de la pensée française des années 50-60.
L'Ile déserte, qui couvre la période des premiers écrits sur
Bergson jusqu'à L'Anti-Œdipe, de 1953 à 1974, démontre à quel point
la pensée de Deleuze a pu, à partir d'un socle philosophique lourd,
essaimer, se ramifier et s'aventurer dans les espaces jusque-là délaissés
par la philosophie : la Série Noire, où Deleuze analyse les régimes de
réalité du roman policier et met en lumière l'équivalence des figures du
flic et du criminel ; l'art contemporain, dans un article sur la peinture de
Fromanger, révolutionnaire parce que débarrassée de "toute cette chierie
des faux grands peintres", ou dans un dialogue avec un jeune
artiste polonais inconnu, Stefan Czerkinsky, qui se suicide trois mois après
son exposition ; l'appel pour les prisons publié dans Le Nouvel
Observateur en 1972, qui marque le rapprochement avec Michel Foucault
sur les questions carcérales…
Dans ce réseau d'intérêts éclectiques, une sorte de méthode, et
d'impact, propres à Deleuze, se mettent en place : construire sa propre
démarche au contact d'objets a priori interdits de philosophie et, en
retour, activer, féconder des espaces de création artistiques, théoriques ou
politiques.
Prison, polar ou peinture, Hume, Bergson ou Nietzsche : les "cas"
intéressent plus Deleuze que les théories générales et les notions
abstraites. Et il se propage dans l'histoire de la philosophie de la même
manière, à la recherche de rencontres inédites, de terrains
d'expérimentation, en faisant revivre les "minoritaires" oubliés par
la tradition. "Ma manière de m'en tirer à l'époque, c'était de concevoir
l'histoire de la philosophie comme une sorte d'enculage ou, ce qui revient
au même, d'immaculée conception. Je m'imaginais arriver dans le dos d'un
auteur et lui faire un enfant qui serait le sien et qui serait
pourtant monstrueux" - (Pourparlers).
Nicolas Demorand, Les Inrockuptibles,
19 février 2002
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