
© Louis Monier |
Pierre Bayard, né
en 1954, est professeur de littérature française à l'université
Paris 8 et psychanalyste. Il est l'auteur de nombreux
essais sur la littérature, dont certains, comme Enquête
sur Hamlet. Le Dialogue de sourds (2002), ont également
une force policière.
Il a fait paraître aux Editions de Minuit :
Le paradoxe du menteur. Sur Laclos
1993, 192 p., 14,48 €
Maupassant, juste avant Freud
1994, 232 p., 22,11 €
Le hors-sujet. Proust et la digression
1996, 192 p., 14,94 €
Qui a tué Roger Ackroyd?
1998, 168 p., 14,98 €
Coll. poche « Reprise »
2002, 176 p., 8 €
Comment améliorer
les œuvres ratées
2000, 176 p., 14,94 €
Enquête sur Hamlet.
Le dialogue de sourds
2002, 192 p., 15 €
Peut-on
appliquer la littérature à la psychanalyse ?
2004. 176 p., 15 €
Demain est
écrit
2005. 160p., 15 €
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Présentation
Même sils nont pas lu le
chef-duvre dAgatha Christie, Le meurtre de Roger Ackroyd, de
nombreux lecteurs, surtout parmi les amateurs de romans policiers, connaissent le
procédé qui la rendu célèbre et croient pouvoir affirmer lassassin est le
narrateur.
Mais est-ce si sûr ? Comment se fier a un texte où
les contradictions abondent et qui sorganise autour dun récit unique, celui
du prétendu criminel ? Et qui peut dire quHercule Poirot, dans son euphorie
interprétative, ne sest pas lourdement trompé, laissant le coupable impuni ?
Roman policier sur un roman policier, cet essai, tout en
reprenant minutieusement lenquête et en démasquant le véritable assassin,
sinspire de luvre dAgatha Christie pour réfléchir, avec
laide de la psychanalyse, sur ce qui constitue la limite et le risque de toute
lecture : le délire dinterprétation.
Arrêt sur énigme de Josyane Savigneau
(extrait)
Qui a tué Roger Ackroyd ? A la
lecture de l'essai-enquête de Pierre Bayard, les lecteurs d'Agatha Christie
pourraient avoir à réviser leurs conclusions.
Comment, en posant une question à laquelle tant de gens pensent pouvoir
répondre - « Qui a tué Roger Ackroyd ? » -, Pierre Bayard parvient-il à
faire à la fois le plus excitant roman policier d'énigme de l'année et un
essai subtil sur la narration et la lecture, sur leurs limites, leurs
périls, leurs délires, au premier rang desquels le délire d'interprétation ?
Ceux qui connaissent les ouvrages de Pierre Bayard, sur Laclos, Maupassant
et Proust notamment (1), ne seront pas étonnés que cet esprit original - qui
incarne au plus juste le titre de la collection des éditions de Minuit dans
laquelle il est publié, « Paradoxe » - ait réussi ce tour de force (2).
Quant aux autres, le suspense, la virtuosité logique, la force de conviction
et le style de cette histoire policière si particulière leur permettront
sans doute un premier accès au travail de Bayard, l'un des plus stimulants
qui soient.
Qu'on aime ou non les romans policiers, qu'on connaisse bien ou mal
Agatha Christie, on est généralement en mesure de dire qui a tué Roger
Ackroyd, car Le Meurtre de Roger Ackroyd - un des premiers livres
d'Agatha Christie, bien qu'Hercule Poirot y soit à la retraite - a
immédiatement assuré la renommée de la romancière, même s'il n'a pas fait
l'unanimité à sa parution, Agatha Christie y enfreignait « un élément
essentiel du pacte de lecture implicite qui lie l'auteur d'un roman policier
à son public » et qui veut que l'assassin ne soit jamais le narrateur. Or,
dans Le Meurtre de Roger Ackroyd, l'assassin est le narrateur. Le procédé a
fait de ce livre l'un des plus célèbres de l'histoire littéraire, bien
au-delà du genre policier. Il a été l'objet de nombreuses études - de Roland
Barthes à Umberto Eco - « pour traiter des problèmes théoriques qu'invite à
poser la particularité de sa construction ».
Donc, jusqu'ici, l'affaire était entendue : le narrateur du Meurtre de
Roger Ackroyd est le meurtrier, il s'appelle le docteur Sheppard. Quand
il est désigné par Hercule Poirot, il décide de se suicider. Le seul terrain
de réflexion sur ce livre demeure celui de la construction : comment faire
de l'assassin le narrateur ? Où est le moment de l'omission principale de
son récit - celle du crime ? Comment l'assassin peut-il être confondu, dans
cette histoire qu'il raconte lui-même ? La question « Qui a tué Roger
Ackroyd ? » ne serait donc pertinente que dans un jeu du genre Trivial
Pursuit, le gagnant répondant sur-le-champ : « le narrateur. » Mais voici
qu'entre en scène un détective insoupçonné, Pierre Bayard, qui a décidé de
reposer la question en refaisant l'enquête.
Le Monde, 20 novembre 1998
(1) Le Paradoxe du menteur : sur Laclos ;
Maupassant, juste avant Freud ; Le Hors-sujet ; Proust et la digression,
tous aux éditions de Minuit.
(2) Voir l'article de Jean Bellemin-Noël « Hercule Poirot exécuté, ou la fin
des paradoxes », dans la revue Critique (n° 618, novembre 1996, 65 F)
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