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Nous sommes à Berlin, en novembre 1949. HR, agent subalterne d'un service français de renseignement et d'interventions hors normes, arrive dans l'ancienne capitale en ruine, à laquelle il se croit lié par un souvenir confus, remontant par bouffées de sa très jeune enfance. Il y est aujourd'hui chargé d'une mission dont ses chefs n'ont pas cru bon de lui dévoiler la signification réelle, préférant n'en fournir que les éléments indispensables pour l'action qu'on attend de son aveugle fidélité. Mais les choses ne se passent pas comme prévu A noter que les Éditions Bourgois font paraître le 4 octobre Le voyageur. Ces Textes et entretiens (1947-2001) dAlain Robbe-Grillet ont été choisis et présentés par Olivier Corpet. Le retour de
Robbe-Grillet au roman est une grande nouvelle, une bonne nouvelle certainement pour les
amateurs de la littérature française qui ne reculent pas devant la modernité.
« Quoi, me dira-t-on, Robbe-Grillet, la modernité, avec son nouveau roman vieux
d'un demi-siècle ? Mais c'est un classique, pas un écrivain
d'aujourd'hui ! » Eh bien non, vous avez tort, cher interlocuteur, et je vous
somme impérativement de lire ce livre, sitôt paru : vous ne trouverez pas
d'écriture plus fraîche, plus brillante, plus scandaleuse, plus drôle aussi (quel
contraste avec l'absence d'humour aujourd'hui si répandue !) que dans ce roman qui
rompt un long silence. Le dernier roman de Robbe-Grillet, Djinn, date de
1981 ; la trilogie des « Romanesques », autobiographie fictionnelle ou
bien fiction autobiographique (Le miroir qui revient ; Angélique ou
l'enchantement ; Les derniers jours de Corinthe), fut publiée entre 1985 et
1994. Et voici qu'au seuil de ses quatre-vingts ans, après avoir annoncé qu'il
renonçait à l'écriture romanesque, Robbe-Grillet revient avec une jeunesse
époustouflante au genre qu'il a le plus pratiqué et le plus marqué. (J'écris
« roman » même si ce mot ne paraît pas sur la couverture, car c'est bel et
bien une fiction, en dépit de nombreux clins d'il autobiographiques. D'ailleurs,
Robbe-Grillet lui-même n'a-t-il pas déclaré, à la grande surprise de ses lecteurs,
qu'il n'a jamais écrit sur autre chose que lui-même ?) Un roman, oui. Un grand roman, même. Un roman dans
lequel Robbe-Grillet, qui ressemble décidément plus à Barbe-Bleue qu’au
fameux « pape du Nouveau Roman », reprend les thèmes de la tragédie antique
– l’inceste, la gémellité, l’aveuglement – pour donner au siècle qui vient
l’un de ses textes fondateurs. Alain Robbe-Grillet qui préfère la littérature à la
psychanalyse « parce que les psychanalystes manquent d’humour » nous offre
le livre le plus drôle et le plus moderne de la rentrée, un labyrinthe où
l’on aime à se perdre entre les pépites d’enfance que ce malicieux petit
poucet y a semées. La Reprise invente
au nouveau roman une postérité qu’on n’attendait plus. Une combinaison
de l’intime et d’un univers purement objectal. Comme une invite à investir
à nouveau ce terrain, alors même que le monde contemporain à la fois
sacralise ses objets et se laisse aller à une subjectivité débridée.
Le roman, tel qu’Alain Robbe-Grillet le conçoit, ne cesse décidément
pas d’être ce miroir qui revient. On ne saurait, raisonnablement, raconter, résumer ce
roman. Le lecteur y trouvera les fantasmes de l’écrivain, le thème du
double, bien évidemment, celui d’Œdipe, bien sûr, les scènes d’érotisme
sadique dont il nourrit l’imaginaire de ses personnages. Mais il me semble
que, dans cette Reprise, il y a bien dépassement de l’œuvre
précédente. En insistant sur une caractéristique trop souvent oubliée des
commentateurs, l’humour, qui agite personnages et situations d’un grand rire
silencieux. On admire l’exploit, le pied-de-nez de début de
siècle à tous ceux, éditeurs, auteurs et critiques, qui ont affirmé depuis
vingt ans, pour mieux vendre leur absence de style et de pensée, que le
nouveau roman et Tel quel avaient tué la littérature française. La Reprise est
un des romans les plus modernes, les plus ludiques qu’on ait lu récemment.
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© Les Éditions de Minuit
Conception et réalisation : Philippe
Menestret