
© John Foley/Opale |
Tanguy Viel est né en 1973.
Il a fait paraître aux Editions de Minuit :
Le Black Note
1998, 128 p., 12 €
Cinéma
1999, 128 p., 9,91 €
L'absolue
perfection du crime
2001, 176 p., 11,89 €
Insoupçonnable
2006. 144 p., 13 €
ISBN 2.7073.1941.4
Collection de poche "Double" :
L'Absolue
perfection du crime
2006. 176 p., 6 €,
ISBN 2.7073. 1944.9 |
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Présentation
Marin, Andrei, Pierre, c'étaient tous des
caïds.
Et dans ce monde de traîtres, leur disait l'oncle, pour que
la « famille » survive, il faut frapper toujours plus fort. Alors quand Marin
est sorti de prison, lui, le neveu préféré, il a dit : le hold-up du casino, ça
nous remettrait à flot.
Presse
Une bien étrange « famille »
Pour aller plus loin dans ces singulières retrouvailles, dans ce
règlement de comptes qui est, au fond, familial - comme si l’oncle avait
vraiment fait de son petit gang une famille avec ce que cela porte de
violence quand l’un se sent trahi -, il faut suivre Tanguy Viel, qui mène
avec une belle maîtrise cette course-poursuite qu’on lit avec une sorte
d’urgence, tant ce qui la motive - la vengeance - est effrayant. Au dernier
moment « le vent était tombé, constate le narrateur, (…) comme si même le
ciel voulait qu’on règle nos comptes sans lui »…
Josyane Savigneau, Le Monde, 19 octobre 2001
Le
coup du siècle
L'Absolue perfection du crime, troisième roman
de Tanguy Viel, pousse encore plus loin un travail sur les codes et les
images entrepris par un jeune écrivain atypique. Qui revisite ici un mythe
absolu et absolument moderne : le hold-up.
Viel, en allemand, signifie beaucoup.
Tanguy Viel n'a rien de germanique : il est né à Brest et vie aujourd'hui à
Nantes, après un détour par le Berry puis Tours. Mais on devine beaucoup de
mer dans les rares silences de ce jeune homme souriant qui aime Conrad et
Melville autant que Beckett et Blanchot. Pères et mer, donc. On lui sait
aussi beaucoup de dons, et sans doute beaucoup d'avenir, depuis qu'on l'a
découvert en 1998 avec Le Black Note, un premier roman qui aurait dû
s'appeler My Favorite Things, en hommage au quartette de John
Coltrane. Jérôme Lindon n'avait pas voulu de ce titre, mais bien d'un livre
qui révélait une écriture prête déjà à la réflexivité, au retravail des
clichés. Tanguy Viel avait 25 ans, et l'impatience obstinée d'un pur
écrivain, soucieux des formes et de leur histoire, doué d'une intelligence
narrative assez phénoménale. Cinéma, son deuxième roman publié en
1999, confirmait cette impression, en réussissant une sorte de pari
romanesque un peu fou : tout le livre était construit à partir du dernier
film de Joseph Mankiewicz, Le Limier, dont le déroulement finissait
par se confondre avec la vie du narrateur. A la fois exercice de style
virtuose et réflexion en abyme sur la représentation, Cinéma
témoignai d'un goût très fort pour les dispositifs fictionnels, comme si
l'auteur s'interrogeait sur l'après possible de la postmodernité…
L'Absolue perfection du crime, qui paraît aujourd'hui, semble
pousser plus loin encore ce travail de recyclage des codes et des images,
puisque ce n'est plus une œuvre particulière, mais une sorte de mythe
moderne que revisite cette fois Tanguy Viel : le hold-up. Pas n'importe quel
hold-up : le casse d'un casino, coup du siècle potentiel qui a fourni au
cinéma quelques-uns de ses meilleurs scénarios. Le point de départ, le voilà
: un cambriolage, prévu pour être le dernier et donc le seul parfait, conçu
par une petite bande de bras cassés, avec ce qu'il faut de rivalité et de
violence, de bord de mer et de famille vaguement mafieuse, d'alcool fort et
de sentiments crus. Des poncifs, donc. Mais aussi les ingrédients d'un
formidable travail d'écriture.
Le livre a d'abord pour soi l'absolue perfection à suspens où même les
poursuites en voiture ont un air d'intelligence. De passage à Paris,
installé à une table du Saint-Malo, Tanguy Viel sourit quand on lui dit que
son roman aurait pu s'appeler Casino : "Mon fichier d'ordinateur
s'appelait Casino, et c'est resté très longtemps un titre
préparatoire. Mais il y a le film de Scorsese, et après Cinéma
j'avais peut être envie de rompre avec quelque chose de cet ordre… Il faut
dire que Cinéma m'a u peu coincé dans mon travail. C'était presque une
impasse, dans la mesure où il y avait un principe formel très fort : j'avais
fini par radicaliser inconsciemment l'idée que l'écriture n'était que de la
mise en scène et que le scénario, on s'en fichait. J'ai écrit alors quelque
chose qui tournait un peu à vide, parce que j'étais dans l'idée d'une
écriture dont la chair, la consistance, n'importait pas : c'était très
mauvais ! Donc je suis parti vers autre chose, avec un scénario, des
personnages, un décor, beaucoup de notes… La matrice est venue assez vite,
avec l'influence des films de gangsters, ceux de Ferrara, de Scorsese ou de
Kitano, que j'adore, ou des thrillers plus anciens des années 50. Il n'y a
pas de modèle précis, cette fois, même si j'ai beaucoup pensé à Nos
funérailles d'Abel Ferrara."
Qu'on ne fasse pas pour autant de Tanguy Viel un spécialiste du cinéma
: rien ne l'agace plus que d'être réduit à une sorte de formalisme
citationnel. S'il emprunte des références à une certaine mythologie
contemporaine - le film de genre ou le jazz de Coltrane ("mais ça aurait
dû être le Velvet Underground", précise-t-il au sujet du Black
Note) -, c'est pour toucher à l'universel. De fait, au-delà de son brio
stylistique et de ses scènes de bravoure - dont une reconstitution du casse
déjà anthologique -, L'Absolue perfection du crime reste un drame
familial, où les personnages incarnent à leur manière l'éternelle tragédie
du destin. Comme dans les romans précédents, on trouve chez ces médiocres
gangsters bretons l'expression d'un idéal presque abstrait - ou métaphysique
- qui se confronte durement à l'obstacle du réel. On n'est pas étonné alors
d'entendre Tanguy Viel citer Cervantès, Dostoïevski ou Conrad, dont Lord Jim
est devenu dans le roman le nom d'un bar… "Koltès disait que Conrad est
génial parce qu'il a réussi à mettre en scène le drame des hommes sur le
mer. Ce qui compte dans l'expression, c'est bien sûr le drame des hommes.
Dans mon écriture, il y a sans doute des structures archaïques qui
reviennent, une sorte de conflit oedipien avec une figure tutélaire, presque
paternelle. Ca touche aussi à quelque chose de purement biographique : le
décor de la Bretagne, c'est celui de mon enfance, et la figure du "parrain",
ce vieil oncle qu'il faut aller voir le samedi après-midi, c'est quelque
chose que j'ai vraiment connu, même s'il n'était pas du tout gangster.
Laurent Mauvignier, qui est un ami, m'a dit que ça lui faisait penser à la
Sicile en Bretagne."
La formule est juste : L'Absolue perfection du crime réussit à
réinventer les paysages de la mythologie des gangsters. C'est aussi un livre
de couleurs, de lumières, d'atmosphère : tout le contraire d'un pur exercice
théorique. L'Absolue perfection du crime propose une passionnante
expérience de l'altérité : ses personnages se dédoublent, s'aiment ou se
disputent magot et héritage, mais jamais ils ne sont quittes de leurs
dettes, à leur territoire d'enfance comme aux mythes qui ont fondé leur
idéal. Ce pourrait être une métaphore de l'écriture, à la recherche de cet
impossible absolu du livre… C'est en tout cas une invitation à la rencontre
: celle de Tanguy Viel, d'abord, dissimulé dans les marges marines d'un
roman formidable, qui ne devrait pas rester sans lecteurs. Il en mérite
beaucoup.
Fabrice Gabriel, Les Inrockuptibles,
21 août 2001
Son troisième roman est un chant crépusculaire
sans aucune fausse note
Il y a quelque chose qui tient à
l'essence même de la littérature. Un assemblage parfait entre des éléments -
une écriture et une histoire, un style et un propos - se sublimant les uns
les autres. Le livre devient alors rencontre singulière, choc frontal.
Croisée des mondes. L'Absolue perfection du crime est un chant
crépusculaire sans aucune fausse note. Rien ne vient troubler l'étrange
fluidité du récit. La rareté des dialogues - des sourires ambigus, des
regards lourds, des gestes brusques font office de paroles - accentue cette
impression de film muet. Extraordinaire rencontre entre deux anciens amis.
"Et il souriait toujours, et je le lui rendais, je forçais mes lèvres à
s'étirer, qu'il ne sache rien, de mes écarts intérieurs, de mes tourbillons,
des spirales et des nœuds formés sous mon crâne, rien." Tanguy Viel - né en
1973 à Brest - a écrit un roman âpre et plein où l'écriture éclate comme des
taches de soleil.
L'Absolue perfection du crime métamorphose, par la grâce d'une
écriture si travaillée qu'elle en devient oublieuse d'elle-même, un
classique polar en une œuvre littéraire. Le roman fait songer à ces films de
série B des années 50 devenus, par le génie d'un metteur en scène, des
chefs-d'œuvre du cinéma mondial. Les références sont nombreuses. On se
trouve à la fois dans un film d'action de Jean-Pierre Melville (univers
masculin, silencieux et orgueilleux, traversé par la silhouette lointaine de
Jeanne) et dans un pur roman ciselé avec finesse (l'histoire, découpée en
trois actes, est construite de manière étourdissante). Les poursuites sont
décrites comme des ballets sanglants. Il y a, dans la confrontation des
personnages, une tension soulignée par la description minutieuse des gestes
et des réactions. Toutes les scènes de genre sont présente (les
retrouvailles, les préparatifs, les trahisons, les vengeances) mais
renouvelées par le regard insolite d'une jeune écrivain.
Le roman est à la fois jubilatoire et profond. Tanguy Viel brasse, à
travers une histoire de truand de province, divers thèmes. L'Absolue
perfection du crime est ainsi une réflexion sur la liberté, le passé,
l'honneur, la trahison. La manière dont nous creusons, jour après jour,
notre propre tombe.
L'auteur du Black Note (Minuit, 1998) et de Cinéma
(Minuit, 1999) a écrit un roman en noir et blanc. Une partition envoûtante
sur le passé répété et l'amitié éventrée. On croit être en dehors alors que
l'on est dedans. On croit être parti alors que l'on est toujours là. Car le
crime parfait n'existe pas. Nulle part et jamais. L'homme ne peut vivre sans
laisser de traces, sans laisser derrière lui quelques brisées de son être.
Marie-Laure Delorme, Le Journal du
Dimanche, 26 août 2001
Les choses de la vie
Il va falloir apprendre à compter avec
Tanguy Viel, car il ira loin. Son récit est celui de la préparation d'un
hold-up par trois jeunes gens. Des personnages troubles, peu aimables (sauf
le narrateur, un Petit Meaulnes du milieu), trois ressorts tendus par
l'action, rattachés à l'enfance par un certain souci de la pureté et par des
règles qui n'appartiennent qu'à eux et les protègent des autres (les
adultes, les gens normaux ; autrement dit : le monde des traîtres). Peu de
paroles, un silence chargé de violence, des yeux pour sonder les âmes et
poser les questions qui sont restées sur la langue, la présence d'une femme
intouchable, le poids de la fatalité : "Tant qu'à faire, on n'a qu'à se
déguiser en bagnards…" Et un enchaînement de plans-séquences construit selon
un schéma de tragédie, et livré au lecteur avec une certaine distance. "Il
arrive un temps, on rêve d'autre chose. Mais si soi-même on ne veut pas
finir au fond d'une carrière […], on continue." Les personnages de Tanguy
Viel habitent des fidélités impossibles, ce sont des hommes qui se déchirent
le cœur pour ne pas mourir.
Daniel Rondeau, L'Express, 13
septembre 2001
Comme au cinéma
Un roman, au montage exceptionnel, au
récit tendu, aux images bouleversantes. La scène des préparatifs du hold-up,
dans ce hangar où chacun - déjà dans le match - avale son cognac sans un
mot, est une scène chargée d'électricité, servie par une écriture blanche
comme le stress, nerveuse à en devenir palpable. On tourne les pages avec le
creux des mains glissantes d'angoisse en sachant, déjà, que tout finira mal.
Voilà peut-être le charme absolu des truands.
Tanguy Viel n'a pas 30 ans. Il est fou de cinéma et semble se moquer du
reste. Il vit à Nantes et sait déjà que lorsqu'un type est sous contrat, il
y a deux sortes d'hommes, ceux qui ont du style, qui restent "chez eux à
attendre et ceux qui partent en courant".
Inutile de préciser que Viel est du genre à attendre chez lui. Il en a
profité pour faire un fascinant bouquin.
Nicolas Rey, Le Figaro Magazine, 8
septembre 2001
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