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Marie NDiaye

Hilda

96 p., 10 €

Les premières pages

Marie Ndiaye © Jean-Yves Cendrey
© Jean-Yves Cendrey

Marie NDiaye est née en 1967 à Pithiviers.

Elle a fait paraître aux Editions de Minuit :
Quant au riche avenir
1985, 120 p., 12,50 €
La femme changée en bûche
1989, 160 p., 12,04 €
En famille
1991, 320 p., 14,94 €
Un temps de saison
1994, 144 p., 10,52 €
La sorcière
1996, 192 p., 12,96 €
Hilda
1999, 96 p., 10 €
Rosie Carpe
2001, 344 p., 19,06 €
Papa doit manger
2003, 96 p., 9 €
Tous mes amis
2004. 176 p., 13 €
Les serpents
2004. 80 p., 6,50 €

Coll. de poche « Double »
La Sorcière
2003. Vol. double, 5,30 €
Un temps de saison
2004. Vol. triple. 6,70 €

Présentation

     Mme Lemarchand se met en quête d’une femme de peine, qui aura pour tâche à la fois de s’occuper de la maison et des enfants, et de l’aider à supporter la mortelle longueur des journées.
Mme Lemarchand jette son dévolu sur Hilda dont elle a entendu dire beaucoup de bien. En premier lieu, qu’Hilda est parfaitement belle de visage et de corps. Puis, qu’Hilda ne fume pas, ne prend pas de médicaments.
     Mme Lemarchand n’a pas l’intention d’exploiter Hilda, ni même de la regarder comme sa bonne. Mme Lemarchand est une femme de gauche. Elle veut éduquer sa servante, la former à la chose politique, lui apprendre à penser.
     Mais, Mme Lemarchand va se heurter à la résistance d’Hilda, inexprimée mais sourdement hostile. Cette muette et sotte rébellion, elle fera tout pour la vaincre, pour le bien d’Hilda. Elle aimera sa bonne contre son gré et tentera de la façonner et de la modeler, éventuellement de l’imiter.

Presse

Marie Ndiaye, ou l’inimitable
par Marie-Laure Delorme, Le Journal du dimanche, 17 janvier 1999

     Ils sont peu nombreux à pouvoir rivaliser avec son talent. A 31 ans, Marie NDiaye est l’une des romancières les plus accomplie de sa génération. Elle écrit loin et fort. Dans chacun de ses romans, des mots sans coque font exploser un univers à la singularité envoûtante. Aujourd’hui, elle revient sur le devant de la scène avec un texte en forme de pièce de théâtre dialoguée. Hilda est un livre éblouissant sur cette forteresse imprenable qui s’élève à l’intérieur des êtres humiliés, dominés, imités. Car il demeure au fond d’eux-mêmes – tel un coffre fermé dont personne n’a la clé – quelque chose d’inaliénable.
     Mme Lemarchand, bourgeoise de gauche, convoque Franck Meyer. Elle veut engager son épouse Hilda comme femme de peine. Pour 50 F de l’heure, il s’agit de faire le ménage, de s’occuper de ses trois enfants et de lui tenir compagnie tout au long de la journée. Pourquoi Mme Lemarchand veut-elle employer Hilda et personne d’autre ? Elle a entendu dire que cette dernière était saine d’esprit et belle de corps. L’apparence est primordiale pour Mme Lemarchand qui veut camoufler sa solitude et exposer son confort. « J’ai besoin d’Hilda pour affronter la longueur des jours, pour sourire à mes enfants et résister au désir de nous faire, tous, passer de l’autre côté. »
     Mme Lemarchand va profiter d’un affaiblissement de Franck – un accident de travail à la scierie le laisse sans argent – pour accroître son pouvoir sur Hilda. Elle l’emploie puis la loge sous son propre toit. Elle la conseille puis l’habille de la tête aux pieds Elle l’interroge puis l’imite dans ses moindres manies. Mme Lemarchand désire faire d’Hilda sa servante, son amie. Sa chose. Face à cette emprise croissante, Hilda se mure dans le silence. « Mais on ne peut rien changer au fait qu’Hilda est elle-même, n’est-ce pas, et que l’intérieur de son petit crâne nous demeure étranger, n’est-ce pas, Franck ? »
     En fait, que possède la patronne de sa servante ? Ses gestes automatiques, sa présence fantomatique et le droit de répéter son prénom. L’essentiel d’Hilda – ses sentiments et ses pensées – lui demeure étranger. Comme une enveloppe dont on ne pourrait jamais lire la lettre. Quand Franck tente de récupérer son épouse, Mme Lemarchand le menace : « J’aurai votre peau. » Mais justement, on n’obtient rien ainsi, si ce n’est la peau des êtres. C’est beaucoup mais ce n’est pas tout. D’ailleurs, la pièce est construite autour de l’affrontement de Franck et de Mme Lemarchand. Hilda est discutée, manipulée sans jamais avoir droit à la parole. Elle est réduite à ce qu’elle fait et non à ce qu’elle est.
     Une guerre se perd toujours à deux. Hilda n’est pas un texte manichéen avec des personnages stéréotypés. La patronne se croit affectueuse la servante renonce à fuir. L’une dit agir au nom de l’amitié, l’autre semble s’incliner face au destin. Au fur et à mesure de la pièce, nos certitudes sont broyées. Le silence est une défaite les bonnes raisons sont de mauvaises excuses et l’imitation, une violation. Il y a, tout au long du texte, des phrases assassines sur l’imitation – cette tentative d’être l’autre quand on n’arrive pas être autre – qui explose en une cruelle évidence Mme Lemarchand réussira seulement à reproduire cette manière de pencher la tête qui appartenait en propre à Hilda.

     Au moment de la sortie de La sorcière, en 1996, Pierre Lepape écrivait dans Le Monde :
     Marie NDiaye s’impose en premier lieu par son originalité ; elle a un propos et une voix qui ne ressemblent à rien de connu. Cette originalité s’accompagne d’un métier. La sorcière est mieux qu’un livre d’auteur comme il y en a tant, c’est un livre d’écrivain : entendez que celle qui écrit sait disparaître derrière ce qu’elle écrit pour ne laisser deviner qu’une ombre vague et secrète, une présence.
     Dans une société littéraire dominée par le spectacle, cette position constitue un handicap, et nul doute que la réputation de Marie NDiaye serait beaucoup plus grande et ses lecteurs plus nombreux si elle consentait à livrer un peu de sa personne à travers ses personnages. Mais ce n’est pas son travail. Le sien consiste à s’améliorer de livre en livre, à creuser plus net le sillon, à traquer les facilités de plume, à parfaire son observation du monde et à se méfier, en bon classique, de ses dons, qui sont riches et nombreux.

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© Les Éditions de Minuit
Conception et réalisation : Philippe Menestret