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Yves Ravey

La concession Pilgrim

64 p., 6,86 €

Les premières pages

 


© John Foley/Opale

Yves Ravey est né en 1953 à Besançon où il enseigne les lettres et les arts plastiques.

Il a fait paraître aux Editions de Minuit :
Bureau des illettrés
1992, 160 p., 11,89 €
Le cours classique
1995, 144 p., 11,43 €
Alerte
1996, 128 p., 10,52 €
Moteur
1997, 136 p., 10,52 €
Monparnasse reçoit
1997, 128 p., 8,99 €
La concession Pilgrim
1999,
64 p., 6,86 €
Le drap
2003, 80 p., 8 €
Pris au piège
2004. 112 p.. 10 €
Dieu est un steward de bonne composition
Théâtre. 2004. 80 p. 6,50 €

Présentation

     Le jour où Tyrone Pilgrim découvre dans la fosse commune une mâchoire surmontée de son crâne et de deux dents en or, il décide avec son père, le fossoyeur, de réhabiliter tous les morts anonymes victimes de la milice en leur offrant une sépulture. Le projet est interrompu par un incendie dans lequel ils meurent calcinés.
     C’est Angelica Pilgrim qui reprend la vente des concessions, mais elle n’avait pas prévu l’arrivée de son beau-frère, qui réclame sa part de cette affaire juteuse.

Entretien

     Sous le titre « Interrogations autour d’une fosse commune », Jean-Louis Perrier écrivait dans Le Monde à propos de cette pièce :
     « Dans cette affaire, tout le monde tient tout le monde », proclame Angelica Pilgrim, maîtresse femme d’affaires et propriétaire de la concession du même nom. Dans le cimetière de la ville de Drau, la concession Pilgrim couvre l’espace de la fosse commune où ont été jetés les corps des milliers de personnes assassinées par la milice qui a ravagé le pays, il n’y a pas si longtemps. Après que son fils y a mis au jour une mâchoire et des dents (en or), identifiables, Angelica, qui est aussi l’épouse du fossoyeur, s’est offert les lieux pour cent quatre-vingt-dix-neuf ans afin de les revendre par lots aux familles des disparus. Une belle affaire immobilière. Taillée dans ce que les investisseurs appellent une niche, valorisée par le silence sur le massacre, la honte des survivants, l’enfouissement des remords. Habilement mis en valeur, en circulation, les morts devraient saisir les vivants et leur enjoindre de payer au comptant leur repentance. Mais à qui au juste appartiennent les morts ? Leur corps, leur trace, leur souvenir, leur image, argentique ou mentale. Que leur doit-on de piété pour avoir la vie sauve ? En quoi engagent-ils leurs descendants ? Comment porter le deuil ? Les trois personnages de La concession Pilgrim – Angelica ; Donowitz, son beau-frère, venu toucher sa part ; et Klima, fille d’un des disparus, et acheteuse d’un lot –, s’accrochent autour d’une série d’interrogations sans fin, où se mêlent histoire collective et responsabilité individuelle ; droit moral et devoir de mémoire ; patrimoine plus ou moins solide et espèces liquides. Avec la mise en jeu de cette matière presque abstraite : la terre. Donnée, prêtée ou louée, le temps d’oublier. Angelica est une femme de ce temps. Elle ne trouve pas scandaleux de commercialiser l’holocauste. Mais se révèle plus complexe qu’il n’y paraît, lorsqu’elle avoue payer de sa propre poche à la banque la concession qu’elle est censée avoir vendue à sa cliente. Qu’est-ce qui les lie alors ? Quels morts ou quelles morts ? Que s’est-il passé exactement à Drau ?
     Ce nom étrange est celui que porte la Drave dans sa traversée de l’Autriche, avant de toucher la Slovénie, la Croatie et la Hongrie, et de rejoindre le Danube. Ce pourrait être sur ce fleuve frontière que se penche Klima au final pour y chercher les visages détestés d’Angelica et de Donowitz parmi « les déchets emportés par le courant ».
     Mais lorsque les acteurs prononcent Drau, c’est Dachau qu’on entend. Assurément, la pièce passe par là. Aussi.

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© Les Éditions de Minuit
Conception et réalisation : Philippe Menestret