
© John Foley/Opale |
Yves Ravey est né en 1953 à
Besançon où il enseigne les lettres et les arts plastiques.
Il a fait paraître aux Editions de Minuit :
Bureau des illettrés
1992, 160 p., 11,89 €
Le cours classique
1995, 144 p., 11,43 €
Alerte
1996, 128 p., 10,52 €
Moteur
1997, 136 p., 10,52 €
Monparnasse reçoit
1997, 128 p., 8,99 €
La
concession Pilgrim
1999, 64 p., 6,86 €
Le drap
2003, 80 p., 8 €
Pris au piège
2004. 112 p.. 10 €
Dieu est un steward de bonne composition
Théâtre. 2004. 80 p. 6,50 € |
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Présentation
Le jour où Tyrone Pilgrim découvre dans
la fosse commune une mâchoire surmontée de son crâne et de deux dents en or, il décide
avec son père, le fossoyeur, de réhabiliter tous les morts anonymes victimes de la
milice en leur offrant une sépulture. Le projet est interrompu par un incendie dans
lequel ils meurent calcinés.
Cest Angelica Pilgrim qui reprend la vente des
concessions, mais elle navait pas prévu larrivée de son beau-frère, qui
réclame sa part de cette affaire juteuse.
Entretien
Sous le titre « Interrogations autour
dune fosse commune », Jean-Louis Perrier écrivait dans Le Monde à
propos de cette pièce :
« Dans cette affaire, tout le monde tient tout le
monde », proclame Angelica Pilgrim, maîtresse femme daffaires et
propriétaire de la concession du même nom. Dans le cimetière de la ville de Drau, la
concession Pilgrim couvre lespace de la fosse commune où ont été jetés les corps
des milliers de personnes assassinées par la milice qui a ravagé le pays, il ny a
pas si longtemps. Après que son fils y a mis au jour une mâchoire et des dents (en or),
identifiables, Angelica, qui est aussi lépouse du fossoyeur, sest offert les
lieux pour cent quatre-vingt-dix-neuf ans afin de les revendre par lots aux familles des
disparus. Une belle affaire immobilière. Taillée dans ce que les investisseurs appellent
une niche, valorisée par le silence sur le massacre, la honte des survivants,
lenfouissement des remords. Habilement mis en valeur, en circulation, les morts
devraient saisir les vivants et leur enjoindre de payer au comptant leur repentance. Mais
à qui au juste appartiennent les morts ? Leur corps, leur trace, leur souvenir, leur
image, argentique ou mentale. Que leur doit-on de piété pour avoir la vie sauve ?
En quoi engagent-ils leurs descendants ? Comment porter le deuil ? Les trois
personnages de La concession Pilgrim Angelica ; Donowitz, son
beau-frère, venu toucher sa part ; et Klima, fille dun des disparus, et
acheteuse dun lot , saccrochent autour dune série
dinterrogations sans fin, où se mêlent histoire collective et responsabilité
individuelle ; droit moral et devoir de mémoire ; patrimoine plus ou moins
solide et espèces liquides. Avec la mise en jeu de cette matière presque
abstraite : la terre. Donnée, prêtée ou louée, le temps doublier. Angelica
est une femme de ce temps. Elle ne trouve pas scandaleux de commercialiser
lholocauste. Mais se révèle plus complexe quil ny paraît,
lorsquelle avoue payer de sa propre poche à la banque la concession quelle
est censée avoir vendue à sa cliente. Quest-ce qui les lie alors ? Quels
morts ou quelles morts ? Que sest-il passé exactement à Drau ?
Ce nom étrange est celui que porte la Drave dans sa
traversée de lAutriche, avant de toucher la Slovénie, la Croatie et la Hongrie, et
de rejoindre le Danube. Ce pourrait être sur ce fleuve frontière que se penche Klima au
final pour y chercher les visages détestés dAngelica et de Donowitz parmi
« les déchets emportés par le courant ».
Mais lorsque les acteurs prononcent Drau, cest Dachau
quon entend. Assurément, la pièce passe par là. Aussi.
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