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Nathalie Heinich

Le triple jeu de l’art contemporain

« Paradoxe », 384 p., 23 €

Les premières pages

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© John Foley/Opale

Nathalie Heinich est née à Marseille en 1955. Sociologue elle est chercheur au CNRS.

La gloire de Van Gogh. Essai d’anthropologie de l’admiration.
1992, 258 p., 22,56 €
Du peintre à l’artiste. Artisans et académiciens à l’âge classique.
1993, 304 p., 22,56 €
Ce que l'art fait à la sociologie
1998, 96 p., 10,37 €
Le triple jeu de l’art contemporain. Sociologie des arts plastiques.
1998, 384 p., 23 €

Présentation

     Depuis le début du siècle, et plus radicalement depuis les années cinquante, les avant-gardes artistiques réitèrent sous différents angles l’opération qui consiste à transgresser une frontière et, en la transgressant, à la donner à voir frontières de l’art lui-même tel que le définit le sens commun (beauté, expressivité, signification, pérennité, exposabilité, et jusqu’aux matériaux traditionnels que sont la peinture sur toile et la sculpture sur socle), frontières matérielles du musée, frontières mentales de l’authenticité, frontières éthiques de la morale et du droit. Ainsi s’est constitué un nouveau « genre » de l’art, occupant une position homologue de celle de la « peinture d’histoire » à l’âge classique.
     A cette déconstruction des principes canoniques définissant traditionnellement l’œuvre d’art, les différentes catégories de publics tendent bien sûr à réagir négativement, en réaffirmant – parfois violemment – les valeurs ainsi transgressées. Mais peu à peu, les médiateurs spécialisés (critiques d’art, galeristes, collectionneurs, responsables institutionnels) intègrent ces transgressions en élargissant les frontières de l’art, provoquant ainsi de nouvelles réactions – et de nouvelles transgressions toujours plus radicales, obligeant les institutions à toujours plus de permissivité, et instaurant une coupure toujours plus prononcée entre initiés et profanes.
     C’est là le jeu à trois partenaires, ce « triple jeu » qui donne sens aux étranges avatars des avant-gardes actuelles. Pour le comprendre, il faut donc s’intéresser non seulement aux propositions des artistes (peintures et sculptures, installations et assemblages, performances et happenings, interventions in situ et vidéos), mais aussi aux réactions auxquelles elles donnent lieu (gestes, paroles, écrits) et aux instruments de leur intégration à la catégorie des œuvres d’art (murs des musées et des galeries, argent et nom des institutions, pages des revues, paroles et écrits des spécialistes). Aussi faut-il associer ces trois approches trop compartimentées que sont la sociologie des œuvres, la sociologie de la réception et la sociologie de la médiation. C’est ce que propose ce livre, empruntant aux tendances les plus récentes des sciences sociales, à partir d’une analyse esthétique des œuvres d’art contemporain, ainsi que d’enquêtes auprès des publics, d’observations de terrain, de statistiques et d’analyses de textes. Dans l’atmosphère de lutte de clans qui entoure aujourd’hui l’art contemporain, partisans et opposants se demanderont sans doute de quel bord est issue cette réflexion. Elle a toutes chances de conforter et d’agacer les uns comme les autres : elle agacera ses adversaires en confortant ses défenseurs, parce qu’elle montre que les pratiques artistiques les plus déroutantes obéissent à une logique, ne sont pas « n’importe quoi » ; et elle confortera ses adversaires en agaçant ses défenseurs, parce que la logique qu’on y découvre n’est pas forcément du même ordre que celle qu’y voient spécialistes ou amateurs. Mais il ne s’agit plus ici de prendre parti dans les querelles virulentes à propos de l’art contemporain : il s’agit de prendre pour objet (entre autres) ces querelles, en mettant en évidence ce qui les sous-tend – pour le plaisir de comprendre non seulement le jeu de l’art contemporain, mais aussi les valeurs dont il joue, et qui concernent tout un chacun.

Table des matières

Avant-propos – Prologue – LA MODERNITÉ – 1. Transgressions, réactions, intégrations – 2. Une partie de main chaude. I. TRANSGRESSIONS, L’EXPÉRIENCE DES LIMITES – 3. L’art aux frontières de l’art – 4. Aux frontières du musée – 5. Aux frontières de l’authenticité – 6. Aux frontières de la morale – 7. Aux frontières du droit
II. RÉACTIONS, DE L’INDIFFÉRENCE AU REJET – 8. Indifférences – 9. Interrogations – 10. Rejets profanes – 11. Rejets savants – III. INTÉGRATIONS, LES MURS ET LES MOTS – 12. Les attitudes des amateurs – 13. Les moyens des médiateurs – 14. La parole des experts – 15. Les écrits des spécialistes
Conclusion – Note bibliographique – Bibliographie – Index – Table des encadrés.

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