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Pierre Vidal-Naquet

La torture dans la République
Essai d’histoire et de politiques contemporaines (1954-1962)

« Documents », 208 p. , 11,43 €


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© John Foley

Présentation

     La torture a été officiellement abolie en France en 1788. La révolution n’en usa pas, ni l’Empire. En 1959, pourtant, quatre étudiants portaient plainte à Paris, pour avoir subi la question des mains de policiers en service, rue des Saussaies, à deux pas de l’Elysée. Encore ne représentaient-ils qu’un cas parmi les milliers qu’on aurait découverts au même instant dans ces départements français que formait alors l’Algérie.
     Comment en était-on arrivé là ? Historien, Pierre Vidal-Naquet est animé d’une passion, celle de la justice. Il démonte ici la logique d’un système qui, une fois mis – ou plutôt remis – en marche, est bien difficile à bloquer. Comme il paraît tentant en effet, lorsqu’on est persuadé d’avoir raison, d’user de sa force pour écraser le « rebelle » désarmé ! Raison d’Etat. C’est précisément contre cette forme de régression que les hommes ont inventé le droit. On voit dès lors où se situe le combat véritable, et comment, même gagnées, les « batailles d’Alger » sont toujours des défaites.

Extrait de l’ouvrage

     Un pays de tradition libérale peut-il voir en quelques années ses institutions, son armée, sa justice, sa presse, corrodées par la pratique de la torture, par le silence et le mensonge observés autour de questions vitale qui mettent en cause la conception même que l’Occident affirme se faire de l’homme ? Peut-il une fois la page tournée reprendre son chemin comme si rien n’était survenu ? Tel est le problème que nous voudrions traiter, brièvement, dans ces pages. La torture, et avec elle bien d’autres procédés de répression, des exécutions sommaires aux déplacements massifs de population, ont été couramment employés pendant la guerre qui s’est achevée en 1962 le fait n’est nié par aucun esprit sérieux mais, précisément, les « esprits sérieux » s’imaginent volontiers que ce qu ‘ils savent est connu et assimilé par autrui. L’enquête la plus sommaire montre qu’il n’en est rien, et les « esprits sérieux » ont une part de responsabilité dans cette ignorance fort générale. Certes, tous les témoignages possibles et imaginables ont été publiés : témoignages des victimes et témoignages des bourreaux. Tout dernièrement, le plus notoire d’entre ces derniers, le général Massu, a pris la parole et fait l’apologie d’une torture fonctionnelle, comparable à l’acte médical du chirurgien ou du dentiste. Sur le plan des faits, la portée du témoignage est fiable. Le général Massu n’a pratiquement rien révélé qui ne fut très largement connu, mais connu, répétons-le, de ceux-là seuls qui ont eu la volonté, ou ont été dans l’obligation, de s’informer. Un débat public qui a duré ce que durent les débats publics s’en est suivi. Mais il me semble que le problème n’a pas été posé dans sa totalité. On a évoqué son aspect moral le plus évident, on a évoqué ses conséquences immédiates, le rôle qu’ont joué ou que n’ont pas joué ces méthodes dans la « perte » de l’Algérie. Mais ce qui n’a pas, à mon sens, été traité, c’est précisément l’essentiel, la dimension proprement politique de la torture quand elle est une institution d’Etat, ce qu’elle fait à des titres divers pendant la guerre d’Algérie, dans l’Allemagne de Hitler, dans l’U.R.S.S. de Staline.

     Ce livre écrit au lendemain de la guerre d’Algérie est d’abord paru en Angleterre et en Italie. Il a été publié aux Editions de Minuit en 1972, puis il a été repris dans la petite collection Maspero en 1983.

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© Les Éditions de Minuit
Conception et réalisation : Philippe Menestret