Accueil Nouveautés Catalogue Historique Brèves Lettre d'informations Ind. uvres Ind. auteurs Contacts
|
||||
![]()
|
||||
|
La torture a été officiellement abolie en
France en 1788. La révolution nen usa pas, ni lEmpire. En 1959, pourtant,
quatre étudiants portaient plainte à Paris, pour avoir subi la question des mains de
policiers en service, rue des Saussaies, à deux pas de lElysée. Encore ne
représentaient-ils quun cas parmi les milliers quon aurait découverts au
même instant dans ces départements français que formait alors lAlgérie. Extrait de louvrage Un pays de tradition libérale peut-il voir en quelques années ses institutions, son armée, sa justice, sa presse, corrodées par la pratique de la torture, par le silence et le mensonge observés autour de questions vitale qui mettent en cause la conception même que lOccident affirme se faire de lhomme ? Peut-il une fois la page tournée reprendre son chemin comme si rien nétait survenu ? Tel est le problème que nous voudrions traiter, brièvement, dans ces pages. La torture, et avec elle bien dautres procédés de répression, des exécutions sommaires aux déplacements massifs de population, ont été couramment employés pendant la guerre qui sest achevée en 1962 le fait nest nié par aucun esprit sérieux mais, précisément, les « esprits sérieux » simaginent volontiers que ce qu ils savent est connu et assimilé par autrui. Lenquête la plus sommaire montre quil nen est rien, et les « esprits sérieux » ont une part de responsabilité dans cette ignorance fort générale. Certes, tous les témoignages possibles et imaginables ont été publiés : témoignages des victimes et témoignages des bourreaux. Tout dernièrement, le plus notoire dentre ces derniers, le général Massu, a pris la parole et fait lapologie dune torture fonctionnelle, comparable à lacte médical du chirurgien ou du dentiste. Sur le plan des faits, la portée du témoignage est fiable. Le général Massu na pratiquement rien révélé qui ne fut très largement connu, mais connu, répétons-le, de ceux-là seuls qui ont eu la volonté, ou ont été dans lobligation, de sinformer. Un débat public qui a duré ce que durent les débats publics sen est suivi. Mais il me semble que le problème na pas été posé dans sa totalité. On a évoqué son aspect moral le plus évident, on a évoqué ses conséquences immédiates, le rôle quont joué ou que nont pas joué ces méthodes dans la « perte » de lAlgérie. Mais ce qui na pas, à mon sens, été traité, cest précisément lessentiel, la dimension proprement politique de la torture quand elle est une institution dEtat, ce quelle fait à des titres divers pendant la guerre dAlgérie, dans lAllemagne de Hitler, dans lU.R.S.S. de Staline. Ce livre écrit au lendemain de la guerre dAlgérie est dabord paru en Angleterre et en Italie. Il a été publié aux Editions de Minuit en 1972, puis il a été repris dans la petite collection Maspero en 1983. |
|||
© Les Éditions de Minuit
Conception et réalisation : Philippe
Menestret