
© Joss Dray |
Mahmoud Darwich est né en 1942 à Binva, près de
Saint-Jean-dAcre.
Il a fait paraître aux Editions de Minuit :
Plus rares sont les roses
Traduit de larabe par Abdellatif Laâbi.
1989.96 p., 8,38 €
Rien quune autre année. Anthologie poétique
(1966-1982)
Traduit de larabe par Abdellatif Laâbi
1983, 240 p., 12,20 € |
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Présentation
Le 28 avril 1988, quatre mois après le
déclenchement de la « Révolution des pierres », dans les territoires
occupés, le premier ministre dIsraël, Ytzhak Shamir, montait à la tribune de la
Knesset pour dénoncer... un poème :
« Lexpression exacte des objectifs recherchés
par les bandes dassassins organisés sous le paravent de lOLP, déclare-t-il,
vient dêtre donnée par lun de leurs poètes, Mahmoud Darwich, soi-disant
ministre de la culture de lOLP et dont on se demande à quel titre il sest
fait une réputation de modéré... Jaurai pu lire ce poème devant le Parlement,
mais je ne veux pas lui accorder lhonneur de figurer dans les archives de la
Knesset. »
Lhistoire de ce poème, « Passants parmi les
paroles passagères », et de lénorme tollé quil a provoqué en Israël
et dans la Diaspora doit être située dans le cadre des rapports complexes existant entre
lEtat juif et le peuple palestinien.
Ce livre comporte, en dehors du poème lui-même et de deux
commentaires rédigés à son propos par Mahmoud Darwich, trois contributions
dauteurs juifs israéliens : Simone Bitton fait lhistorique de
lévénement et de ses lointaines origines ; Mati Peled se livre à une
exégèse linguistique du poème ; quant à Ouri Avnéri, il montre que cette affaire
est aussi une illustration de larrogance dont tant de prétendus libéraux
israéliens font preuve à légard des Palestiniens.
Presse
Au moment de la sortie de ce livre, en
1988, Pierre Vidal-Naquet lui avait consacré un article dans La Croix :
Cest un petit livre des Editions de Minuit. Par sa
présentation et son format, il rappelle ceux qui ont fait la gloire de cette maison
pendant la guerre dAlgérie et qui ont attiré aussi sur elle la répression, ainsi la
Question dHenri Alleg. Personne ne saisira le livre de Mahmoud Darwich, mais les
polémiques que risque de susciter ce livre seront peut-être plus violentes encore, à
moins que le silence nétouffe cette voix. (...)
Limmense intérêt que suscite ce petit livre est
quil nous expose par la voix de trois Israéliens, ce que furent les réactions
israéliennes.
Sagissait-il dun appel pour mettre les Juifs à
la mer ? Cest ainsi que le texte fut reçu en Israël et fit scandale, y
compris chez des intellectuels de gauche, partisans du dialogue comme Amos Kenan. Mahmoud
Darwich sexpliqua dans la presse israélienne. Il ne sagissait pas de
détruire Israël, mais de sommer les Israéliens dévacuer les Territoires occupés
et de permettre aux Palestiniens de se constituer un Etat. Joserai dire pourtant que
cette question est secondaire.
Le problème, bien posé par Ouri Avnéri, est celui des
conditions mêmes du dialogue entre Israéliens et Palestiniens. Il importe peu, aux yeux
des Israéliens, que, eux-mêmes, dans quantité de textes, déclarent quEretz
Israël sétend aux deux rives du Jourdain. Telle est, par exemple, la doctrine
constante du parti de M. Shamir, le Hérouth. Comment admettraient-ils, dans ces
conditions, que les Palestiniens puissent aussi avoir droit à une patrie, voire
considérer que Jaffa, Nazareth et la Galilée, et même des terres tout à fait
hébraïsées, fassent partie de cette patrie ?
Entre les uns et les autres, il y a à la foi symétrie et
dissymétrie. Les deux camp revendiquent tout, mais les deux camps son inégaux. Lun
possède tout, lautre na que des pierres. Il est clair quil faut, en
cette matière, faire la même distinction quopérait jadis Mgr Dupanloup au moment
du Syllabus entre la « thèse » et « Lhypothèse ».
En droit, les libertés modernes sont condamnées ; en fait, lEglise peut
sen accommoder, et sen accommode même aujourdhui fort bien. En droit,
Israéliens et Palestiniens revendiquent lensemble de la Palestine ; en fait,
il faudra bien, un jour, quils se contentent dun partage. Mais pour que
lhypothèse devienne réalité, il faut commencer par admettre que lautre
existe, avec ses revendications et sa violence, et que cest lui qui est la victime
originelle de la création de lEtat dIsraël. Cest précisément cela
que les Israéliens ne semblent pas encore, dans leur masse, décidés à admettre. Tel
est lenseignement amer de ce petit livre.
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