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Nathalie Heinich

Ce que l’art fait à la sociologie

« Paradoxe », 96 p., 10,37 €

Les premières pages

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© John Foley/Opale

Nathalie Heinich est née à Marseille en 1955. Sociologue elle est chercheur au CNRS.

Elle a fait paraître aux Editions de Minuit :

La gloire de Van Gogh. Essai d’anthropologie de l’admiration.
1992, 258 p., 22,56 €
Du peintre à l’artiste. Artisans et académiciens à l’âge classique.
1993, 304 p., 22,56 €
Ce que l'art fait à la sociologie
1998, 96 p., 10,37 €
Le triple jeu de l’art contemporain. Sociologie des arts plastiques.
1998, 384 p., 23 €

Présentation

     Conçu comme un manifeste ou comme un pamphlet plus que comme un manuel ou une histoire des sciences sociales, ce livre tente de faire le point sur des avancées récentes en sociologie qui, empruntant pour partie à la tradition ethno-méthodologique américaine, se sont développées en France ces dernières années à partir de divers travaux, portant notamment sur la science (Latour) et sur la morale (Boltanski-Thévenot). Mais c’est le domaine de l’art qui, aujourd’hui, s’avère particulièrement apte à engendrer des bouleversements majeurs de la tradition sociologique.
     L’art, en effet, est un objet critique de la sociologie, parce qu’il est investi des valeurs mêmes – singularité et universalité – contre lesquelles s’est construite une tradition sociologique fortement marquée par le privilège durckheimien accordé au « social ». La proposition paradoxale défendue ici est la suivante il ne s’agit plus ni de démontrer que la singularité est une illusion à dénoncer par la mise en évidence des phénomènes collectifs (c’est la voie largement suivie par les différents courants de la sociologie de l’art, et en particulier celle de Pierre Bourdieu), ni d’affirmer, à l’opposé, qu’il est de l’essence de l’art d’être singulier, selon une conception de sens commun relayée par les spécialistes d’esthétique. Il s’agit d’affirmer que ces deux positions antinomiques doivent être prises, symétriquement, pour objet de l’activité de recherche, en tant qu’elles relèvent l’une et l’autre de constructions idéologiques, de valeurs, de représentations – la première étant simplement plus instrumentée par les outils de la sociologie.
     Une telle décision constitue donc une sorte de pas de côté par rapport à la posture sociologique habituelle, puisqu’elle prend celle-ci pour objet, en montrant comment la critique de la « croyance » en l’universalité et en la singularité des valeurs artistiques fait partie du fonctionnement de ces valeurs. Elle va de pair avec l’observance d’un certain nombre d’attitudes épistémologiques, de postures de recherche, qui sont développées au fil des sept chapitres.
     Tout d’abord, elle exige la rupture avec le réductionnisme sociologiste, qui consiste à rabattre les conceptions de sens commun sur leurs déterminations « sociales », collectives, ou intéressées le rôle du sociologue n’est plus de dénoncer les illusions et les fausses valeurs, mais de comprendre la cohérence des systèmes de représentation et de valorisation. Il s’agit donc par la même de rompre avec la posture critique qui a largement alimenté la pratique sociologique dans la dernière génération, au profit d’une posture descriptive, privilégiant l’analyse du monde vécu par les acteurs plutôt que l’explication des déterminations « sociales », ou encore la prescription de ce que devrait être le « bon » rapport au monde. Dès lors, le chercheur est forcément amené à adopter une posture pluraliste, consistant à déployer l’ensemble des systèmes d’action, de représentation, de valorisation, sans en privilégier aucun. Cette attitude qui oblige à poser la question du relativisme, est conforme a l’exigence weberienne de neutralité a l’égard des valeurs, que le sociologue toutefois peut observer non pour s’abstraire des débats mais, au contraire, pour s’y engager avec d’autres armes que celles de l’opinion. Cette neutralité engagée exige, enfin, une attention particulière à l’usage que font les acteurs de l’analyse sociologique, autrement dit à l’épreuve de pertinence que constitue sa circulation dans le monde.
     Loin donc de ne concerner que la sociologie de l’art, cette série de déplacements épistémologiques touche l’ensemble de la pratique sociologique ce pourquoi elle concerne à la fois le public cultivé s’intéressant aux phénomènes artistiques, et les chercheurs et enseignants en sciences sociales.

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© Les Éditions de Minuit
Conception et réalisation : Philippe Menestret