Philosophie


Philosophie n° 139

à paraître

2018
96 pages
ISBN : 9782707344748
11.00 €

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L’article d’Erwin Straus intitulé « Sur les traces mnésiques », traduit et présenté par Romain Couderc, examine la pertinence de la notion d’engramme dans le domaine de la neurophysiologie de la mémoire. Le paradigme de la trace, élaboré dans la tradition philosophique, traduit l’idée d’une localisation spatiale du souvenir, ce dernier étant conçu comme une image affaiblie de la perception originale. Or, une compréhension phénoménologique des traces et des conditions de leur dévoilement remet en question ce paradigme : irréductibles à des images se répétant d’elles-mêmes, les traces impliquent un travail de déchiffrement qui permette de saisir le passage du présent dans le passé.
L’article de Grégoire Lefftz intitulé « L’identité numérique des personnes est-elle déterminée narrativement ? » interroge le rapport de la catégorie philosophique traditionnelle d’identité numérique avec celle, plus récente, d’identité narrative, afin de sonder la robustesse métaphysique de la seconde : se réduit-elle à un récit que l’on se raconte, ou fournit-elle au contraire un véritable critère permettant de juger que deux personnes sont réellement (numériquement) distinctes ou identiques ? Après avoir examiné les critères rivaux visant à déterminer l’identité numérique des personnes et conclu à leur échec, l’auteur défend le caractère métaphysiquement substantiel de l’identité narrative, et conclut à un déflationnisme en matière d’identité personnelle : celle-ci n’est pas quelque chose que nous trouverions, mais bien quelque chose que constituons activement.
Dans « Science moderne, principe d’inertie et mathématisation », Jean-Pierre Castel met en question la thèse des philosophes et des historiens de la science qui caractérisent le tournant de la science moderne par l’émergence de la mathématisation de la nature, attribuant conjointement au principe d’inertie une origine mathématique (Koyré) ou médiévale (Duhem), quand ils ne l’éludent pas purement et simplement (Husserl, Kojève). Or, on ne peut mathématiser une théorie physique que lorsqu’on a identifié les bons concepts physiques, l’outil mathématique n’intervenant qu’après coup, en vue de leur formalisation rigoureuse et de la description de leurs relations – et ce chez Archimède, comme chez Galilée et Newton. De fait, depuis  l’époque hellénistique la mathématisation de la physique était en marche, mais la théorisation du mouvement restait en panne, et c’est la découverte du principe d’inertie comme principe proprement physique, au XVIIème siècle, qui permit de débloquer la situation.
Enfin, dans « Concevoir l’action psychophysique : une critique de l’argument causal de Kim », Joël Dolbeault examine l’argument que Jaegwon Kim développe contre le dualisme psychophysique : dans le dualisme, l’esprit est dénué de spatialité ; or, la relation causale requiert des relations spatiales entre la cause et l’effet ; par conséquent, dans le dualisme, l’esprit ne peut être ni cause, ni effet. Après avoir exposé en détail cet argument, l’auteur en discute les prémisses, et développe notamment l’idée que la relation causale est concevable sans aucune relation spatiale entre la cause et l’effet ; en se référant aux thèses de Hume, il montre qu’il n’y a là aucune nécessité, puis, s’appuyant sur la physique contemporaine, il s’intéresse à la possibilité de relations causales non spatiales.
D. P.

Sommaire

Erwin Straus
Sur les traces mnésiques
Traduit et présenté par Romain Cuderc

Grégoire Lefftz
L’identité numérique des personnes est-elle déterminée narratives ?

Jean-Pierre Castel
Science moderne, principe d’inertie et mathématisation

Joël Dolbeault
Concevoir l’action psycho-physique : une critique de l’argument causal de Kim

Note de lecture

 





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