logominuit25.gif (963 octets)   Les Editions de Minuit

 

 

 

APPROCHE - ÉLOIGNEMENT

 

 

 

 

 

   Ce qui nous apparaît, ce que nous forgeons, ce qui dis- paraît exigent une approche, s’approchent de nous et s’éloignent. Un questionnement, le questionnement même, s’approche de nous et nous de lui; en même temps il s’éloigne de nous et nous nous éloignons de lui. L’approche Inclut l’éloignement et l’éloignement l’approche. Nous, c’est-à-dire ? Etrange question. « Sommes »-nous ? Et qui ? Nous ne coïncidons pas avec nous-mêmes. Nous nous appelons hommes. Nous nous trouvons traversés par « quelque chose » - un jeu, le jeu - qui joue en deçà de nous, avec nous, par-delà nous. Ce qui nous questionne, nous met en question, nous qui mettons en question. Pourtant le questionnement n’est pas, n’existe pas: dans son inlassable exercice, il se déploie, il joue. Nous nommons jeu ce qui n’a pas de signification, de réglementation qui lui soient extérieu-res. Il joue « parce qu’ » il joue. Toutes les approches empiriques, réflexives ou scientifiques de ce jeu, qui peuvent parler plusieurs langages, se déroulent toujours à l’intérieur de lui.  Est-il  donné  à  l’homme  de  commencer  son  question-

 

10                                    CE QUESTIONNEMENT

nement en se demandant  : qu’est-ce qu’il y avait d’abord là ? Cette question apparemment primordiale se trouve posée au cours d’un cheminement parvenu à une certaine étape. Ce qui se donne « tout d’abord », ce « sont » les « hommes » et les « choses ». Plus explicitement : chaque homme, les autres hommes, les données naturelles, ce qui est élaboré et travaillé par les hommes. Ou encore : les questionneurs-questionnés, les choses cosmiques et naturelles ainsi que les produits de leur pensée et action. Les hommes, cependant, et leurs produits, sont produits tout le long du cheminement du questionnement. Celui-ci correspond à un appel qu’il reçoit. L’histoire humaine, préhistoire et posthistoire y compris, est l’histoire d’une quête. Pleine de conflits. Solitairement et communautairement, les humains désirent, fantasment, parlent et agissent toujours avec et contre leurs semblables, en lutte avec ce qui les détermine et les englobe, la nature. Hommes, femmes et enfants sont désirants et/ou désirés, jeunes et/ou vieux, sains et/ou malades, forts et/ou faibles, vivants et/ou morts. Eros et thanatos les tiennent sous leur joug. Ils les fascinent et les troublent, semblent demander, exiger une prise en charge. L’éros se fait canaliser et le thanatos conjurer. Le gisant, immobile, sidère l’homme, provoque une sainte terreur, attend une sépulture et un culte. Les hommes vivent d’emblée sous une constellation magique et mythique, bien avant que celle-ci ne devienne religieuse, puis métaphysique et enfin technico-scientifique. Les « choses » qui les regardent s’imposent à eux : la lumière changeante du soleil et des autres astres, comme les ténèbres de la nuit; l’eau, la terre, le feu et l’air; la vie des plantes et le mouvement des animaux. Ce qui, forgé par leurs mains, se tient à portée de leurs mains : les outils qui assurent la subsistance de l’individu et de l’espèce. Pensée et action ne cessent d’être aux prises avec l’espace et ses lieux, le temps et ses moments, espace-temps constituant et constitué.
   Ce qui, dans le jeu de la proximité et de la distance, questionne l’homme, ce jeu en question se rencontre inex-tricablement  avec le  jeu de l’homme.  Qui n’est,  primordia-