LE RENARD ET LA BOUSSOLE
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même, Il ma dit : « Je te laisse ma femme et mon
enfant. » Déjà maintenant si je me questionne jai beau savoir que cest
faux, si je continue dy pen- ser ça marrive de plus en plus, jaime tant
mon frère sans le lui dire, on se chamaillait, il ne me ressemble pas mais cest mon
frère, que lorsque je le vois mort tout gonflé jai peur, sa femme et son enfant je
nai pas le sou pour les nourrir, il va falloir vendre la baraque, est-ce quils
voudront ? Ces questions tout à coup sont ma punition dêtre muet, je ne leur
ai jamais dit que je les aime, il faut leur écrire, mon frère me répondra :
« Ten fais pas, jai un testament, cest tout réglé davance,
depuis mon mariage jai des soucis, il faut tout prévoir, une femme et un enfant,
ça te met du plomb dans laile, ten fais pas, essaie de penser à autre
chose. » Je veux bien penser à autre chose mais nempêche quil me
répond, lui aussi il a vu les guêpes, lui aussi est inquiet ? Si on savait comme je
suis on ne me dirait pas : « Ra- contez tout simplement lhistoire qui
nous in- téresse, pourquoi compliquer. » Ils sont heureux. Si, si, les gens sont
heureux. Ils parlent du mal- heur par manie, ils disent que le café augmente, la viande,
les impôts, les gosses, mais il faut être heureux pour dire : « Je ne
comprends pas, quil aille se faire pendre avec ses casse-tête, laissons
lAllemagne aux Allemands et les aliénés à la- sile. » Les gens qui ne
comprennent pas, sache-le bien, les gens qui hésitent, qui se réservent, ils sont
heureux, cest un signe infaillible. Ils revien- nent chaque soir du travail, ils
enlèvent leurs chaussures, ils ouvrent la T.S.F. et ils attendent la soupe. Ces gens-là
jai essayé de les aimer, ils ont |