logominuit25.gif (963 octets)   Les Editions de Minuit


 




   Les parents du jeune Z moururent lorsque celui-ci n’était encore qu’un enfant et ce fut une vague tante qui l’éleva. Les rapports distants, presque soupçonneux, que, circonspect de nature, il entretenait avec Tante, femme avisée, grave et peu expansive, par leur étrangeté l’ame- nèrent très tôt a réfléchir sur l’existence qui était la sienne, puis, comme son expérience s’élargissait au fil des années, à mille autres choses, qu’il faisait cependant toujours, de près ou de loin, revenir a lui-même. Sans doute ne s’agit-il la que de très ordinaire et ne peut-on jamais s’oublier quoi que l’on fasse. Néanmoins le jeune Z, lorsqu’il s’en rendait compte, éprouvait de l’embar- ras : il se trouvait secrètement pédant et sa plus grande crainte était que l’on s’en aperçût, bien que, pour ne pas avoir l’air de cacher ses défauts, il ne se formulât jamais cette pensée. Il était pourtant vital pour lui de réfléchir a lui-même, de mettre, comme il le disait, les choses en ordre, afin de sentir les jours reliés entre eux et d’exercer par la une subtile, mais certaine, emprise sur le temps. Semblables termes, le jeune Z fût mort trois fois plutôt que de les prononcer ; mais ils correspondent

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assez précisément à ce qu’il ressentait et sont donc, malgré leur emphase, non dépourvus d’utilité. Plus tard il prit l’habitude d’écrire soigneusement, par ordre d’apparition des sentiments et, puisqu’il comptait bien que cela ne se lirait jamais, sans les embellir ni leur donner quelque tour mystérieux, tout ce qu’il éprouvait, en usant par modestie de la troisième personne du singulier - mais ce simple choix lui causa bien du tracas Si le « je » lui semblait fat, il craignait que le « il » ne parût littéraire et affecté, comme une fantaisie où il se fût plu par amour de l’ambiguïté et des rapports faussement ténébreux...