avec les paysans qui le voyaient
enfouir la graine comme eux par tous les temps, nourrir le sol, repiquer les pousses et
greffer les plants, saigner les arbres à laube et transporter leur sève à la
petite usine de la plantation, près de la mare passementée de kapok sur pied. Il avait
perfectionné son malais, sétait mis au chinois auprès des contremaîtres, il
nabusa jamais de son état de gérant. Il partageait les nouilles rurales, les
couches rurales ; on lui attribua, dans une exploitation voisine, deux enfants
quil entretenait volontiers. Il sut se faire populaire.
Le parachèvement de cette nouvelle vie, si bien transformée, ne
consisterait-il pas dans ladoption dun nouveau nom ? Limaginatif
Pons eût par exemple aimé se faire appeler Tuan, titre éprouvé de noblesse locale,
mais les employés se montrèrent réticents. Duc, songea-t-il un soir. Duc, peut-être.
Sonnant assez comme un prénom du cru, cette appellation fut mieux acceptée. Duc, duc
Pons, riaient les ruraux qui se prêtèrent de bonne grâce à linnocente lubie.
Elle passa bientôt dans lusage. En peu de temps Pons devint le duc Pons, connu sous
ce titre jusque chez les banquiers de Kuala Lumpur, les hommes daffaires de
Singapour avec lesquels il traitait de plus en plus, de mieux en mieux. Dès 1967 en
effet, la plantation retrouvait une prospérité oubliée, la surpassait même en
débitant une grosse tonne de gomme par hectare et par an.
Ses héritiers, naturellement, ne sétaient accordés nulle trêve
ni compromis, bloquant le conflit au point quil ne pût se résoudre que par décès
dune des parties. Cela se produisit de longues années plus tard en faveur
dune madame Luce Jouvin, épouse dun ingénieur des eaux. Un 2 novembre à
Kuantan, Luce et Raymond Jouvin sortirent en titubant
dun 337 du
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